La journée des femmes…

Comité de la Jupe

... de ménage...

Prises que nous sommes, au comité de la jupe, par la difficulté d’être à la fois femmes, catholiques, et agissantes, nous ne mesurons peut-être pas combien les difficultés faites aux femmes sont  universelles. Certes, nous pouvons aller les débusquer en Iran ou en Inde, où elles sont hélas tragiques, mais il est de bonne charité de savoir aussi se laisser toucher par les réalités les plus proches. C’est ce qu’a fait dans son dernier  livre Le quai de Ouistreham (Editions de l’Olivier, 2010, 270 pages, 19 euros), Florence Aubenas, que je voudrais remercier pour ce témoignage sobre, pudique et sensible envers celles dont on ne parle jamais, les femmes de ménage.

Le mot, à lui seul, dit déjà l’anonymat, la vocation exclusive et obscure. On essaie aujourd’hui de le troquer pour celui de « personnel de nettoyage, d’entretien », mais il a la vie dure. Et vous aurez vite compris qu’il n’y a pas que le mot qui a la vie dure. Dans les entreprises, les femmes de ménage sont là tôt le matin et elles reviennent tard le soir. Sur le ferry de Ouistreham, près de Caen, où Florence Aubenas a choisi de s’immerger, sans se faire reconnaître, jusqu’à ce qu’elle décroche un CDI, elles travaillent de nuit, quand le bateau est au repos. Leurs trajets sont un cauchemar : des correspondances de bus - quand elles existent - à vous faire perdre un temps fou, des temps morts  d’attente sur le quai, des voitures trop vieilles qui menacent de panne. Sur place, elles doivent faire en une heure ce qui nécessiterait bien davantage. Mais la rallonge de temps n’est pas payée.

Les liens sociaux s’usent puis se brisent à être ainsi soumis à des variations d’horaires constants. La santé aussi, de ces femmes dont les recruteurs disent  qu’il ne faut pas leur donner plus de 20 heures par semaine, car physiquement c’est intenable. Maigre salaire, au bout du compte…

Bien sûr, parmi les acteurs de la recherche d’emploi, il y a plus ou moins d’humanité, les procédures de formation aux « métiers de la propreté » paraissent respecter la dignité des personnes, bien sûr, parmi les employeurs, il y a des gens bien et des brutes, en gros, le code du travail est respecté, on ne leur parle pas comme à des chiens, mais la question « récurrente » est que ces femmes font dans le « sale ». Elles récurrent ! Comme les éboueurs. Mais pour eux, avec le tri sélectif écologique, le métier s’anoblira peut-être, tandis que, pour les femmes de ménage, c’est loin d’être acquis. Sempiternellement, tous les jours que Dieu fait,  il y  a ceux qui salissent et ceux qui nettoient. Et tout pousse à accréditer l’idée que les salisseurs seraient des hommes et les nettoyeurs des femmes. Là, est l’anomalie, le cliché qu’il faudrait renverser. Chez soi, en famille, le ménage peut se faire par amour et les codes de genre peuvent se retourner. Mais dans des entreprises vides, entre femmes qui, chacune de son côté, plongent les bras dans les cuvettes sales, c’est plus difficile.  Si au moins on se connaissait un peu, la pudeur, le respect, la honte même, reprendraient peut-être le dessus et le lien, de nouveau, existerait. Or, comme le rappellent les formateurs : dans ce métier, la règle d’or, « c’est de se faire oublier ».

Merci à ce livre qui ne les oublie pas.

Anne Soupa

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