La femme, le médecin, la mère catholique et la théorie du genre

Elisabeth Saint-Pastou

Une petite phrase de trop...

Il y a 3 ans environ, je reçois via un ami catholique homosexuel un mail d'alarme concernant une dangereuse Théorie du Genre arrivant des États-Unis et que l'Éducation Nationale souhaiterait inculquer à nos enfants : l'être humain ne naîtrait pas homme ou femme et l'on pourrait choisir son orientation sexuelle selon son désir, et ce dès le plus jeune âge. Et pour ce faire il faut casser tous les stéréotypes hommes/femmes à grand renfort de livres pour enfants, et en réécrivant les manuels scolaires !

Évidemment, à l'époque, mon sang de mère catholique de trois jeunes adolescents n'a fait qu'un tour et j'ai continué à recevoir la newsletter de l'UNI pour me tenir informée.

Anatomiquement et hormonalement parlant, l'homme et la femme sont différents et cela influence inévitablement leur psychisme et leur rapport au monde, alors que l'on veuille faire rentrer dans le crâne de mes enfants que l'anatomie et la biologie comptaient pour du beurre me paraissait intolérable, tant de mon point de vue de femme que de celui de médecin. 

Malgré tout, je savais aussi de par mon vécu personnel et professionnel que tout n'est pas si simple dans la construction et l’expression d'une identité. L’image que nous nous forgeons de nous-mêmes s'élabore en fonction de ce que la vie nous donne à vivre, principalement au fil des identifications et confrontations aux manières d'être de nos parents, de leur expression de la féminité et de la masculinité ; elles-mêmes reçues de leurs propres référents, et incluant les représentations, les blessures et les histoires de vie de chacun.

Et j'ai appris qu'il ne suffit pas d'avoir un corps sexué et les hormones qui vont avec pour se couler avec facilité dans les schémas classiques véhiculés par l'inconscient collectif, ou même dans n'importe quel schéma, si parfait fût-il.

Ces dernières semaines, j’ai été sollicitée plusieurs jours de suite par Citizen.org pour signer une pétition à l'encontre de la Théorie du Genre, afin de contrecarrer le vote au Parlement européen du rapport Rodrigues.

J’avoue ne pas avoir ouvert les mails, parce qu'un rien désabusée et fatiguée de toutes les argumentations que je m’attendais à y trouver...Il faut dire que depuis la Manif pour Tous, j’ai du mal à adhérer à la vision de la famille que défendent certains mouvements. Les familles que je croise dans la vraie vie me renvoient tellement plus les couleurs de l’arc-en-ciel !

Et alors que dans le même temps circulaient sur les réseaux sociaux de nombreux posts sur les violences faites aux femmes dans le monde, cette petite phrase du début de la pétition, aperçue du coin de l’œil, m'a parue insupportable à lire et m'a finalement obligée à réagir (et à lire l’intégralité de la pétition !).

Les filles et les garçons ne sont pas égaux...

STOP !

Et voici le courrier que j’ai adressé à Citizen.org et que le Comité de la Jupe m’invite à vous partager :

« À l'heure actuelle où de nombreuses femmes dans le monde ne sont pas considérées comme des êtres humains à part entière, égales aux hommes dans leurs droits et leurs libertés, dans leur capacité d'être, de réfléchir, de penser, de se vêtir, d'apprendre, de vivre le quotidien, de disposer de leurs corps (et la liste est longue...), je trouve choquant de signer une pétition pour revendiquer que les filles et les garçons ne sont pas égaux...

Le féminin et le masculin sont complémentaires mais ils n'en demeurent pas moins égaux en dignité de corps, de cœur, d'âme et d'esprit, et je crois que les théories que vous repoussez à grands cris comme si elles étaient un crime contre l'humanité, ont juste le mérite de vouloir rappeler tout ceci à nos enfants et de ne pas vouloir enfermer les individus dans des clichés de genre... et non de supprimer lesdits clichés ou plutôt spécificités (et j'oserai même dire richesses !).

Je ne suis pas pro idéologie du genre mais je trouve qu'il n'est pas bon d'enfermer les personnes dans des critères définis qui pour la plupart sont le fait de nos constructions et de nos traditions, pas de la réalité intrinsèque des individus. Chacun de nous possède en lui le masculin et le féminin, et le développe à des degrés divers, même si bien sûr notre corps et notre génétique possèdent des spécificités différentes (et complémentaires) et que nous avons besoin de nous construire face à des référents. Mais il y a des milliers de manières d'être femme et autant de milliers d'être homme, en sachant que chaque individu est unique et tout en nuances, appelé à trouver sa propre vérité et à devenir un être libre. 

Et je trouve que nos sociétés ont encore du progrès à faire du côté de la reconnaissance de la dignité de la femme. Et en particulier l'Église catholique, qui semble depuis toujours considérer la femme comme non égale à l'homme dans de nombreux domaines... 

Pourtant nous sommes faits de la même chair, nous recevons le même baptême et c'est le même esprit qui nous conduit. Et notre potentiel humain et spirituel me parait équivalent en terme de foi, de sainteté et de charité... et il devrait l'être en terme de responsabilités et d'engagements dans la vie de l'Église, tout comme il l'est dans la société (du moins dans la nôtre, même si c'est encore en devenir dans de nombreux domaines).

Alors, désolée, mais je ne signerai pas la pétition, et votre « Les garçons et les filles ne sont pas égaux » m'a fortement donné envie de réagir, parce que lorsque je vois comment sont considérées les filles dans de nombreuses cultures, je trouve que c'est presque criminel d'écrire cela, et c'est, de mon point de vue, la porte ouverte à tous les abus qui sont faits aux filles et aux femmes dans le monde.

Merci de m'avoir lue et de votre compréhension. »

Puissent ceux qui le peuvent accueillir le cri d’indignation de mon cœur et de ma raison.

Élisabeth Saint-Pastou 

Être humain avant tout

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
anne soupa
Ah que cet article fait du bien ! Merci Elisabeth.

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