La Bible racontée comme un roman, par Christine Pedotti

Anne Soupa

Le dernier livre de Christine Pedotti a tout pour vous entraîner dans une addiction aussi délicieuse qu’inoffensive. En effet, sitôt que vous l’aurez ouvert, vous en demanderez, encore et encore, jusqu’à l’insérer dans tous les interstices de votre temps libre, jusqu’à être triste lorsque la dernière page du livre sera atteinte. Lire la Bible comme un roman, peut-on souhaiter meilleur projet ? Tout le monde a une Bible chez soi, tout le monde en a fait allègrement défiler les pages, mais peu sont entrés pour de bon dans une lecture suivie d’un seul de ses nombreux livres. 

Des deux grands ensembles qui la composent, le plus méconnu est l’Ancien Testament, qu’il vaut mieux appeler « Premier Testament », car son ancienneté ne le rend pas caduc. Gros, touffu, belliqueux, ce pauvre Premier Testament traîne derrière lui – chez les catholiques surtout – un gros paquet de préventions… Même si on laisse tomber tous ces poncifs, il faut bien reconnaître que les deux mille cinq cents ans qui nous en séparent font écran. Il est malheureusement difficile pour un lecteur d’aujourd’hui de s’approprier aisément les grands récits qui le composent. 

Et c’est là que le travail de Christine Pedotti offre une occasion extraordinaire de se rapprocher de ces récits lointains. Elle raconte ! À partir du moment où l’on accepte sereinement que la Bible ne soit pas un livre moralisateur qui nous dit ce que nous devons faire, mais que dans sa plus grande partie, il raconte la vie de « gens comme tout le monde », ce peuple juif élu, pétri de la même pâte que d’autres peuples, fait de passions, d’élans audacieux et de tiédeurs peu glorieuses, à partir de ce moment-là, tout change : Israël se fait proche, Abraham, Sara, Jacob, Moïse deviennent des familiers avec qui on se lie en enjambant, presque sans s’en rendre compte, les siècles et les cultures. 

C’est grâce à ce travail – en bonne partie caché au lecteur nouveau venu –, travail à la fois érudit, minutieux, et faisant preuve d’une grande empathie, que Christine Pedotti parvient à désacraliser cet objet lointain qu’est le Premier Testament pour trop de gens, chrétiens, mais aussi juifs (pourtant plus proches de cet univers), ou non croyants, curieux d’ouverture culturelle. Ce que Christine Pedotti nous apporte est précieux : ces Joseph, ces Sarah, ces Moïse, ces gens aux prises avec toutes les rugosités  de la vie, qui s’aiment et se déchirent, perdent et gagnent, deviennent pour le lecteur comme des frères et des sœurs de plus. C’est de l’ordinaire de leur vie que jaillit la grande aventure qui en fait le sel : ils rencontrent Dieu. Non pas dans la pompe de grandes célébrations, mais dans les modestes événements de leurs vies, parfois désordonnées, ni meilleures ni pires que la plupart des autres, mais « saintes » parce que Dieu les a visitées. Le Dieu de la Bible ne rejoint pas son peuple par l’intermédiaire des prêtres (encore que ce soit justement cette qualité d’intermédiaires que l’on prête au clergé du Premier Testament !), il se révèle au creux d’une vie, ou plus précisément, au creux de son récit, regardé de près, de loin, sous tous les angles possibles... C’est la relecture patiente d’une vie qui, souvent, révèle la présence divine en son sein. Voilà pourquoi il est important de raconter, encore et toujours, cette histoire ancienne et toujours neuve. 

Ce faisant, il me semble que Christine Pedotti re-sacralise la Bible, de la manière qui plairait sans doute le plus à ses lointains rédacteurs, car elle met de la chair entre leurs mots. Aussi lisez et offrez sans compter ce livre si facile à lire, si captivant, qui fait perdre pour toujours le complexe du mauvais lecteur de la Bible. Pour l’heure, le travail de Christine Pedotti couvre les livres de la Genèse et de l’Exode ; la suite pourrait bien venir… 

Anne Soupa 

Christine Pedotti, La Bible racontée comme un roman – Éditions XO, novembre 2015 – 349 pages

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
mariechristineb
Mon cadeau de Noël que j'ai lu comme un roman! J'attends la suite...

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