La basse cour

Comité de la Jupe

palais-bourbonDans les châteaux au Moyen-âge, la basse cour était le lieu réservé aux manants… avant de désigner un lieu pour les poules. Quand un député caquette durant le discours d’une de ses consœurs (Véronique Massonneau en l’occurrence) il signifie, même inconsciemment, que les femmes n’auraient pas dû quitter la basse cour, autrement dit leur « place » à la cuisine et auprès des enfants et qu’elles n’ont rien à faire dans la noble cour des hommes !

Claude Bartolone eut du mal à faire taire le coq.

Pour le réseau Femmes et pouvoir, qui rassemble des femmes politiques de tous bords, de tels incidents ne sont pas anodins : « De façon récurrente, les parlementaires se sont rendus coupables de réflexions sexistes à l’Assemblée nationale ou au Sénat… ».

Les lois d’égalité n’y font rien, il y a toujours chez le mâle ce vieux réflexe de supériorité et cette propension à réduire les femmes au nom qui les a longtemps désignées : « les personnes du sexe ». Que de réflexions sur les tenues, les talons, les fesses, les jambes de leurs collègues députées ! Imagine t-on les femmes brocarder publiquement un député qui a sa cravate de travers ou dort sur son banc ?

Quand un sénateur lance à propos d’une sénatrice qui prend la parole « c’est qui cette nana ? » ou quand un député se croit malin de comparer Fleur Pellerin à un pot de fleur, ils signifient aussi que ces femmes n’ont rien à faire à ce poste.

Il est pourtant une évidence que les femmes qui ont des responsabilités politiques ou professionnelles sont souvent bien plus travailleuses et sérieuses que leurs confrères. Plus intelligentes aussi souvent, mais cela est difficile à reconnaître quand on est un homme. Maria Pintasilgo qui fut premier ministre au Portugal me raconta qu’il lui était souvent arrivé de faire une intervention qui passait inaperçue, et l’idée qui était reprise un peu plus tard par un homme était vivement applaudie. Toutes les femmes qui interviennent en public ont un jour fait cette expérience pénible. Sans doute la partie consciente des auditeurs masculins (et parfois féminins aussi) n’écoute pas car il a ce présupposé qu’il ne peut rien sortir d’intelligent d’une femme… tandis que leur partie inconsciente enregistre, s’approprie le message et le ressort autrement.

Allons, consolons-nous ! Il y a du progrès quand même ! Napoléon disait « La nature a fait de nos femmes des esclaves » et il l’avait traduit dans le code de droit civil de 1804, qui qualifie les femmes d’imbecillitas, terme du droit romain qui signifie que les femmes n’nt aucune capacité juridique. Et Marcelle Devaud, qui fut une grande et belle figure de pionnière dans la vie politique, se vit refuser en 1946 l’inscription comme candidate aux législatives, par un homme qui ne voulait pas cohabiter avec ce « représentant de Satan ». Trois ans plus tard elle était devenue vice-présidente du Sénat !

Monique Hébrard

 

Share

Commentaires

bel article Monique. MERCI. j'ajouterai pour la petite histoire, que les gradins les plus élevés des théâtres sont aussi appelés "poulailler". Les petites bourses mais aussi les oreilles mélomanes y trouvent leur bonheur. Dans ma bonne ville de Toulouse folle amoureuse de bel canto, ce sont souvent les huées du poulailler qui faisaient ou défaisaient les réputations des chanteurs. Leurs verdicts étaient sans appel. Que nos coqs apprennent à "chanter juste" bien ou il pourrait leur en coûter , on ne maltraite pas impunément les élues du Peuple. COT COT.

Nos chers représentants élus du sexe fort se prennent pour des coqs et le font savoir à leurs congénères de la gente féminine, mais à trop vouloir faire le coq de village on passe vite de "coq" à "âne".

Oui, nous avons toutes fait l'expérience de ces idées lancées et comme "inaudibles" venant de notre bouche de femme et qui reprises par un homme trouvent un auditoire "comblé" par tant d'intelligence. Nous sommes aimées et respectées en éminences "grises" mais peu écoutées sur le devant de la scène, ou alors de quelle voix, de quel brio , il faut faire la preuve ! Hélas, à être trop souvent l'éminence grise écoutée on arrive à ne plus savoir prendre vraiment la parole en public . Il faudrait aussi se pencher sur la plupart des cas de femmes qui ont réussi à se faire entendre, souvent elles portent la voix d'un autre, un mari mort, un père défunt.... La misogynie sournoise car peu assumée par ceux qui la pratiquent est encore bien vivante ; je me demande, d'ailleurs si elle ne reprend aujourd'hui pas "du poil de la bête".

Ajouter un commentaire