La « théorie du genre » expliquée aux cathos – par une catho

TELLOU
2 oct 2016

Je suis catho. Je suis féministe. Non ce n’est pas incompatible. Alors quand je lis à nouveau (pour la énième fois…) que le pape condamne la « théorie du genre », encore une fois j’ai envie de m’arracher les cheveux et de sortir de mes gonds.

Alors parce qu’apparemment un petit rappel n’est jamais vain, voici quelques points de base pour savoir de quoi on parle.

Quand on parle de « genre », mis à part de manière grammaticale, c’est pour parler des rôles sociaux basés sur le sexe biologique. (Chers amis de Vatican, n’hésitez pas à bien relire cette phrase pour bien l’imprégner…)

Et il n’y a pas UNE théorie, mais DES théories. (Chers amis de Vatican, n’hésitez pas encore une fois à bien relire cette phrase pour bien l’imprégner…) ; théories certes développées par les féministes essentiellement dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Les théories du genre distinguent donc le sexe de la représentation culturelle qui en est faite.

Le sexe : on est homme avec un zizi ou femme avec une foufounette. Biologiquement, nous avons des attributs mâles et femelles. Juste que là, on est d’accord avec Vatican (encore que je ne suis pas certaine qu’ils osent prononcer « foufounette »… bref).

Le genre : on est AUSSI homme ou femme suivant ce que la société attend de nous, ce qu’elle nous colle comme étiquette. Exemple : on va habiller son bébé garçon avec une jolie layette bleue et habiller sa petite fille avec une robe « Princesse des Neiges ». Autre exemple : on a attendu longtemps d’une femme qu’elle « tienne sa maison » alors qu’un homme « gagnait le pain ». Dernier exemple tiré du monde catho : les petits garçons servent la messe comme « enfant de chœur », les petites filles comme « servante d’assemblée ».

Est-ce que le fait de porter une robe princesse des neiges est INTRINSÈQUEMENT lié au sexe? NON. Un garçon pourrait très bien porter une robe. C’est techniquement et biologiquement possible. (Il a deux bras, hop il glisse les bras dans les manches, et il a une robe sur le dos. On notera à cet égard que beaucoup d’hommes portent des robes, que ce soient des aubes, des soutanes, des dishdash ou des djellaba au Moyen Orient, des kilts etc.). Ce qui fait qu’un petit garçon ne porte pas de robe « princesse des neiges » c’est parce que la société attend autre chose de lui. Qu’il porte plutôt un pyjama « Cars » ou « Spiderman ». En quoi le fait d’avoir un zizi ou une foufounette, des hormones, des muscles certes différents est-il pertinent pour servir la messe ?

Jusqu’ici je ne vois pas ce qui pose problème. Renier qu’il existe un aspect « culturel », « sociétal » au sexe, c’est quand même avoir de sacrées œillères devant les yeux !

Autrement dit :

Être une FEMME est autrement plus compliqué et complet qu’être une FEMELLE ;

Être un HOMME est autrement plus compliqué et complet qu’être un MÂLE.

Les deux ne s’opposent pas mais ils se complètent ! Sans être dans l’extrême à la Simone de Beauvoir, l’on peut aussi considérer que l’on peut être femme parce que l’on est aussi « femelle ». Dire qu’il existe des formes culturelles n’annihile pas forcement (cela dépend des auteurs féministes, on a tout le spectre…) le fait de reconnaître que le sexe biologique influence nos vies aussi.

Et cela demande juste un petit chouia d’attention et d’intelligence, pour distinguer parfois ce qui relève effectivement du sexe (les hormones ont des répercussions différentes selon les sexes, idem pour certains fonctionnements neurologiques, la masse musculaire etc.) de ce qui relève de la culture (il est décidé qu’une femme est « impure » parce qu’elle a ses règles).

Pour en revenir aux cathos, la Bible (Gn 1-3) dit bien que Dieu a créé un HOMME et une FEMME. Il n’a pas seulement créé une FEMELLE et un MÂLE.

Pour moi, quand le Pape renie ce qu’il appelle « théorie du genre » :

  • Il se fourvoie dans des théories qui n’existent que dans la tête de ses conseillers délirants qui ne se sont pas penchés sérieusement sur la question ;

  • Il prend les femmes pour des femelles et les hommes pour des mâles (c’est toujours sympa…) ;

  • Il est schizophrène, parce que l’on ne peut pas décemment lire les 3 premiers chapitres de la Genèse, défendre une certaine théologie de la Création et enfermer femmes et hommes dans des stéréotypes genrés. (Sinon, ok toutes les femmes accouchent dans la douleur comme Ève, mais alors tous les hommes sont des paysans comme Adam ?)

Par contre, il est fort probable que le pape et ses équipes vaticanesques aient peur de se pencher sur la question parce qu’il ne faudrait pas aller bien loin pour constater que :

  • L’Église s’est AUSSI bâtie sur une société patriarcale et donc a développé un fonctionnement où la femme est délibérément tenue à l’écart (oh ben ca alors !!!) et est maintenue dans des stéréotypes (type marial) qui ne sont même pas tenables (parce que Marie, Mère de Dieu, a beaucoup plus de dimensions que celle que l’on voudrait nous vendre…) ;
  • Et que remettre cela en question, c’est ouvrir la porte plus grande aux femmes dans les fonctions liturgiques, dans la conduite des communautés etc. C’est remettre en question Mulieris Dignitatem qui en aucun cas ne célèbre la dignité de la femme (désolée Saint Jean-Paul II, mais MD n’est pas ta plus grande réussite. C’est même assez infamant si tu veux mon humble avis de femme catholique).

C’était donc le billet du jour d’une femme, féministe, catholique.

PS : Vous noterez que je n’ai pas parlé d’homosexualité. Quand on ne comprend pas le concept de théorieS du genre et que l’on commence à y accoler « homosexualité », j’ai juste envie de mettre un smiley « perplexe » et d’écrire « WTF » ?

Tellou – 5 octobre 2016

http://tellou.com/theorie-genre-expliquee-aux-cathos-catho/

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