L’itinéraire d’Ilia Delio – (2/3)

Comité de la Jupe
12 juillet 2016

Denise Delio, née en 1955 dans une famille d’immigrants italiens, a passé son enfance dans l’état du New Jersey. Sa mère était infirmière et son père travaillait pour la compagnie de chemins de fer. Dès son plus jeune âge, Denise Delio s’est rêvée religieuse, malgré tout ce que sa mère, sicilienne échaudée par l’expérience monastique négative de sa propre sœur, a pu faire pour l’en décourager.

Pendant quelques années, sa mère réussit à l’en éloigner. Étudiante douée pour les sciences, Denise Delio rêvait d’obtenir un jour un prix Nobel ! Elle a donc obtenu sa maîtrise en biologie, puis un doctorat en pharmacologie suivi d’une spécialisation en physiologie de la moelle épinière de la Faculté de Médecine de l’Université Rutgers (NJ). Sa recherche d’alors fut récompensée par une bourse de post-doc à la Faculté de Médecine de l’Université Johns Hopkins pour y étudier la pathologie de la maladie de Lou Gehrig. Cependant, quelques mois avant de commencer cette recherche, la lecture du livre de Thomas Merton The Seven Storey Mountain, renouvela son désir pour une vie contemplative : « J’ai vu ma vie dans sa vie. Je désirais profondément aimer le monde de loin et ne vivre que pour le Christ », dit-elle. Renonçant à sa bourse, elle laisse ses camarades de classe et ses futurs collègues complètement abasourdis. Elle en rit : « Ils étaient convaincus que j’avais soit respiré un produit chimique toxique, soit que j’étais déprimée ! »

Fidèle à la messe en latin, Delio recherchait une vie cloitrée austère. En 1984, elle rejoignit donc les Carmélites. Leur habit traditionnel représentait à ses yeux tout ce qu’elle recherchait : le caractère sacré et le sacrifice. Sur une photo prise le jour de ses vœux, elle ressemble même à Thérèse de Lisieux ! Une couronne de fleurs sur sa tête voilée symbolise son statut d’épouse du Christ. Considérant aujourd’hui cette photo, elle a ce commentaire : « Je fus heureuse pendant vingt minutes » ; mais retrouvant vite son sérieux, elle ajoute : « les Carmélites m’ont appris à prier vraiment. » Ce sont aussi elles qui lui donnèrent le nom d’« Ilia », traduction au féminin du grec Elijah (Élie), le prophète qui, selon les Écritures, monta au Mont Carmel pour affronter 450 prophètes du faux dieu Baal.

Mais sa vision romantique de la vie religieuse est vite confrontée à la réalité quotidienne d’une vie monastique fortement régulée : « Le Dieu qui m’attirait tellement commença à se fondre dans l’obscurité, écrivit-elle en 2009. Je me demandais si ce n’était pas le quartier d’isolement que j’avais choisi. » Aussi, après quatre années chez les Carmélites, elle demanda à quitter l’ordre et fut envoyée pour une année de discernement chez les Franciscaines à North Plainfield (N. J.). Si elles aussi portaient l’habit et suivaient une vie quelque peu réglementée, elles avaient cependant une ouverture d’esprit au monde qu’elle trouva libératrice : « En écoutant leurs histoires de mission, j’entrevoyais que Jésus se manifeste de différentes façons. »

Elle refit donc son noviciat et rejoignit les Franciscaines. Mais ses connaissances théologiques étaient toujours rudimentaires ; la communauté l’envoya donc poursuivre des études avancées à l’Université Fordham de New York (une université jésuite). Pendant l’année universitaire, elle vivait avec les Ursulines du Bronx. C’est grâce à leur soutien attentionné qu’elle arriva à conjuguer ses études doctorales et la direction des vocations pour sa communauté franciscaine. Elle ajoute que cela lui permit de voir ce qu’est réellement l’Incarnation : « Tout d’un coup, je vis Dieu présent dans ces religieuses qui portaient des blue jeans et des sweat-shirts ! »

À Fordham, elle étudia en profondeur l’histoire de la théologie, trouvant son inspiration chez les théologiens médiévaux, St Bonaventure en particulier, sur lequel elle écrivit sa thèse de doctorat. Son directeur de thèse, le spécialiste bien connu Ewert Cousins, l’introduisit aussi aux écrits de Pierre Teilhard de Chardin, le paléontologue jésuite dont les écrits mystiques sur le Christianisme et le cosmos ont inspiré des générations de théologiens catholiques. Elle fut particulièrement attirée par la manière dont il synthétisait une connaissance scientifique poussée et sa vision mystique du monde. Teilhard développa en effet le concept d’une chrétienté en évolution, élaborant la théorie selon laquelle toute la création progressait vers sa réalisation dans le Christ, le but de l’univers, qu’il nommait Point Oméga, étant la conscience en Dieu. « Il pensait que l’énergie de l’amour était à la base du Big Bang », explique-t-elle, ajoutant : « Au fur et à mesure que l’amour apparaît dans l’évolution, il y a un surcroît de conscience. »

Tout comme Teilhard de Chardin, Ilia Delio est profondément ancrée dans la science et tournée vers Dieu. Elle n’est pas une simple experte sur ses œuvres, elle partage son point de vue. « C’était un homme qui croyait profondément en l’esprit et en l’incarnation. On pourrait presque dire qu’il avait une résonance incarnée. » Et le dernier livre de Ilia Delio, From Teihlard to Omega : Co-creating an Unfinished Universe, comprend des essais par 13 chercheurs les plus pointus en sciences et en religion. À chacun, elle a demandé d’appliquer les aperçus de Teilhard de Chardin aux besoins du monde contemporain.

D’après Jamie Manson, The Evolution of Ilia Delio in « National Catholic Reporter », numéro du 15-28 août 2014. Et http://ncronline.org/blogs/grace-margins/evolution-ilia-delio – Traduction de Sylvie Rockmore

Crédit photo: 
http://iliadelio.com/
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