L’hommage à Simone Veil d’une femme catholique

Une femme catholique
05/07/2017

On n’entend que très discrètement la voix des prélats parmi les auteurs des hommages à Simone Veil. Saluer la mémoire de celle qui a fait entrer dans notre législation le droit pour les femmes de décider d’interrompre une grossesse ne semble pas envisageable pour l’Église catholique qui, on le sait, est opposée à l’IVG au nom du droit à la vie, même quand cette vie est le fruit d’un viol ou d’un inceste. Mais ce n’est pas l’objet de cette tribune de commenter ce point de vue.

Pour nous, femmes catholiques, les choses sont beaucoup moins simples et moins tranchées, sur la question de l’IVG, que pour l’Église catholique qui est dans son rôle quand elle s’y oppose.

Quelle que soit notre conviction à chacune sur l’interruption volontaire de grossesse, quelle que soit notre histoire personnelle, nous devons être conscientes de ce que nous devons à Simone Veil.

Pour son courage, d’abord. Car du courage, il lui en a fallu pour soutenir la loi qui porte son nom devant un Parlement alors composé, il faut le rappeler, presque exclusivement d’hommes. Quelques années plus tôt, en 1967, pendant les débats sur la loi Neuwirth, des élus estimaient que l’accès à la contraception allait précipiter la jeunesse vers la pornographie. D’autres soutenaient que l’achat de moyens contraceptifs devait être subordonné à l’autorisation du mari… Et il ne s’agissait que de la pilule, pas de l’avortement !

Nous savons que nos hémicycles, aujourd’hui, ne sont pas très accueillants pour les femmes et que, avec 25 % de députées (proportion antérieure à la nouvelle Assemblée nationale) et de sénatrices, les femmes y subissent régulièrement quolibets, caquètements et autres comportements sexistes… Imaginons-nous ce que cela devait représenter pour une femme, il y a 42 ans, de porter seule à la tribune de l’Assemblée nationale et du Sénat un sujet aussi sensible que l’IVG…

Simone Veil mérite notre reconnaissance, ensuite, parce qu’elle a donné aux femmes une liberté extraordinaire. Il ne s’agit pas d’être « pour » ou « contre » l’IVG. La question ne se pose pas – ou plus – en ces termes. Il s’agit simplement de respecter le droit d’y recourir.

Les femmes qui ont porté un enfant désiré et attendu dans la joie savent ce miracle d’amour qui fait que l’enfant, avant même la confirmation médicale de la bonne nouvelle, a déjà toute sa place dans notre cœur, dans notre corps et dans notre vie.

Et c’est précisément parce que les femmes possèdent en elles ce miracle d’amour qui ne demande qu’à naître et à s’épanouir qu’il faut faire confiance à celles qui, dans le plus intime de leur cœur et de leur chair, sentent qu’elles sont confrontées à une grossesse qui, pour une raison qui leur appartient, est un fardeau physique et moral dont elles ne peuvent assumer la charge.

Quand l’amour est impossible, il faut l’admettre et s’incliner devant le choix de celle qui, seule, peut prendre la décision de ne pas être mère.

Cela ne veut pas dire que l’avortement soit un acte anodin, ni pour la femme qui s’y résout, ni pour le médecin ou la sage-femme qui le pratique. Le seul terme d’« IVG de confort », que l’on entend parfois dans la bouche des militants pro-vie, est en lui-même révoltant et témoigne d’un manque d’humanité qui ne saurait être le fait de catholiques. Comme si subir une IVG était agréable !

Nous espérons que l’IVG sera toujours épargné à nos filles, à nos sœurs, à nos amies. Nous voulons que toutes les femmes puissent connaître ce bonheur intense, unique, que nous avons connu en attendant nos enfants et en les mettant au monde. Mais hélas, il y a des circonstances qui font qu’un enfant ne peut être accueilli par celle qui ne veut – ou ne peut – être sa mère. Dans ces circonstances, nous voulons que les femmes aient le droit de faire leur propre choix et nous remercions Simone Veil de l’avoir rendu possible.

Nous avons une autre raison d’être reconnaissantes à Simone Veil : la loi qui porte son nom est aussi une loi de justice. Elle a sauvé les femmes que leur pauvreté ou leur isolement obligeait à recourir à des méthodes dont une stérilité définitive ou la mort était trop souvent le prix. Elle a mis fin à l’hypocrisie qui permettait à certaines de franchir les frontières pour sortir d’une situation « embarrassante » dans la sécurité médicale, parfois d’ailleurs à la demande d’un homme qui, en public, pourfendait les « faiseuses d’ange » mais qui, pour préserver les apparences, n’hésitait pas à financer certaines excursions en Suisse ou en Angleterre…

Pour son engagement européen également, Simone Veil a droit à notre hommage. Qui mieux que celle qui avait vu de si près les ravages de la barbarie pouvait conduire ce combat, qui est avant tout porteur de paix ? Et qui mieux que les femmes, premières victimes de la guerre depuis les origines de l’humanité, savent à quel point la paix est précieuse ?

Enfin, quelle que soit notre opinion sur la loi Veil, nous devons être reconnaissantes à son auteure d’avoir, comme tant d’autres pionnières, ouvert la voie à d’autres femmes pour qu’aucune ambition ne leur soit impossible. Ministre, responsable politique de premier plan, membre du Conseil constitutionnel, académicienne : le parcours de celle qui fut aussi la première présidente du Parlement européen confirme que les femmes ont toute leur place dans un univers de pouvoir conçu par les hommes, pour les hommes.

Il reste à Simone Veil une étape à franchir, peut-être, pour parachever ce parallèle entre son parcours et celui d’autres « grands hommes ». Il lui reste à franchir à son tour les portes du Panthéon, après Geneviève Anthonioz de Gaulle, Germaine Tillion, Marie Curie et Sophie Berthelot, pour augmenter le nombre des « grandes femmes » auxquelles la patrie tout entière doit être reconnaissante.

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