Jupe de vermeil du Comité de la Jupe 8 mars 2016 – Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

Comité de la Jupe
7 mars 2016

La lutte fut rude… pour trouver des compétiteurs ! Mais le résultat est à la hauteur et nous avons le plaisir de décerner la Jupe de vermeil à... Monseigneur Paul-André Durocher¹ !

Les hommes d'Église ne sont pas réputés briller par leurs déclarations féministes. Réjouissons-nous déjà quand ils ne tiennent pas des propos réactionnaires et machistes indignes de leur fonction et du message du Christ…

Pour cette compétition 2016 de la Jupe d'or, le Comité de la Jupe a décidé de positiver, et de remettre… une Jupe de vermeil : Qui d’entre ces hommes d’Église (car oui, il y en a !) a le mieux œuvré pour une réelle amélioration et émancipation du rôle des femmes dans l'Église catholique ? Qui parmi eux a le plus fait entendre qu'il faudrait quand même songer à faire évoluer les pratiques et les mentalités ?

Eh bien, le lauréat du prix est l'archevêque de la ville de Gatineau au Québec, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (rien que ça !). Il peut porter fièrement la jupe de vermeil pour avoir tenu à rappeler, au cours du Synode sur la famille qui s'est déroulé d'octobre 2014 à octobre 2015, l'appel du pape Jean-Paul II en faveur d’une « action pastorale spécifique plus vigoureuse et plus incisive afin que les offenses à la dignité de la femme soient définitivement éliminées ».

Mgr Durocher n'en reste pas là. Étayant son propos au sujet des violences faites aux femmes, il déclare que « malheureusement, plus de trente ans plus tard, les femmes continuent de subir discrimination et violence aux mains des hommes, y compris de leurs époux », et il poursuit : « devant cette triste et dramatique réalité, je propose que ce synode affirme clairement qu’une interprétation correcte de l’Écriture sainte ne permet jamais de justifier la domination de l’homme sur la femme […], encore moins la violence à son égard. »

Il a également fait plusieurs propositions :

- en faveur d'une prise de parole des laïc/que-s au sein des assemblées : « octroyer à des hommes et des femmes marié[e]s, bien formé[e]s et accompagné[e]s, la permission de prendre la parole lors des homélies à la messe afin de témoigner du lien entre la Parole proclamée et leur vie d’époux[ses] et de parents » ;

- pour l'accès des femmes aux postes décisionnels et à responsabilité : nommer des femmes « dans la Curie romaine et dans nos curies diocésaines » ;

- pour permettre aux femmes d'exercer un ministère : il propose prudemment « l’établissement d’un processus qui pourrait éventuellement ouvrir aux femmes l’accès » au diaconat permanent, prenant bien soin de distinguer le diaconat de la prêtrise, arguant que les évangiles et la tradition des premiers siècles du christianisme font état de diaconesses (Phoebe, en Romains 16, 1-2) et que ces dernières n’en sont pas pour autant devenues prêtres. – Précisons qu'ouvrir le diaconat aux femmes leur permettrait de prêcher et de célébrer des baptêmes, des mariages et des funérailles. Elles resteraient exclues de la pratique des sacrements eucharistique et de pénitence réservés à la prêtrise.

Mais qui est Monseigneur Durocher ? Il est né le 28 mai 1954 en Ontario, aîné d'une famille de sept enfants. Il est diplômé en théologie et en arts musicaux. De là, nul doute, sa devise : Canta et Ambula – Chante et marche ! Ordonné prêtre en 1982, il part étudier le Droit canonique en France (dommage pour les Françaises qu’il soit reparti !) et la théologie à Rome. En 1997, il est nommé évêque auxiliaire au Canada ; en 2002, évêque dans l’Ontario, et en 2011, archevêque de Gatineau. Il est élu président de la Conférence des évêques catholiques du Canada en septembre 2013. À ce titre, il a participé au Synode extraordinaire des évêques sur la famille en octobre 2014.

Et quelle suite a été donnée à son initiative ? Le rapport final du Synode sur la famille d'octobre 2015 ne comporte que quelques lignes au conditionnel sur une « éventuelle » amélioration du statut des femmes au sein de l'Église : « Pour contribuer à la reconnaissance sociale de leur rôle déterminant, on pourrait valoriser davantage les responsabilités des femmes au sein de l'Église : leur intervention dans les processus de décisions, leur participation au gouvernement de certaines institutions, leur implication dans la formation des ministres ordonnés. »

L'emploi du pronom « on », par des hommes qui ne dédaignent pas d’être nommés avec leurs titres et autres fonctions honorifiques, peut faire rire (ou pleurer…) ! Ainsi que l'utilisation du conditionnel, que l'« on pourrait » interpréter par « on y songe dans un avenir lointain si vraiment on ne peut pas faire autrement » (mais il y a là mauvais esprit pour sûr). Force est de constater qu'« on » manque (un chouïa…) de conviction, et sans plus d’implication, cela n’est que vœux pieux !

Vos propositions, Monseigneur Durocher, ont été, on peut le croire, trop avant-gardistes, voire jugées trop dangereuses pour être retenues par les pères synodaux qui continuent à ne pas voir que « l’entre soi masculin » est inacceptable dans la société actuelle (universalité masculine quand tu nous tiens !).

Mais les femmes qui n’ont pas le droit de vote et à peine voix au chapitre vous disent tout de même merci pour avoir pris position, en osant braver les reproches d’une curie androcentrée qui risque d’avoir encore de beaux jours devant elle ! 

Pour une place juste des femmes dans l'Église, nous saluons, soutenons et encourageons de toutes nos forces les initiatives qui peuvent rendre à l'Église son universalisme.

Le Comité de la Jupe

¹ En octobre 2015, Anne Soupa avait déjà, sur ce site, fait l’éloge de notre lauréat : « Monseigneur Paul-André Durocher a inscrit son nom dans le cœur des femmes et des hommes catholiques qui attendent que “ça bouge vraimentˮ au sujet de la place des femmes dans l’Église. »

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Commentaires

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Jean-Pierre
Nuptialité: ce sujet aurait pu être une vraie manière d'aborder la famille. En France (au Québec), le taux de nuptialité est passé de 7.8 (8.2)/1000 en 1970 à 3.5(2.8) en 2013; une chute d'amplitude similaire se retrouve dans les principaux pays d'Europe. Même chose dans le sud marocain où l'âge moyen des noces recule nettement sous l'effet de la scolarisation et de la montée du libre choix des jeunes filles, et de l'âge de l'indépendance financière des jeunes gens. Or l'institution a donné le sentiment d'être moins préoccupée par "pourquoi les moeurs évoluent" que par l'évolution du nombre de mariages religieux et le respect de son "vieux droit" ce qui montre à quel point l'institution est ignorante du vrai monde. C'est sur la base de cette mauvaise manière d'aborder le sujet de la famille que le synode a répondu au timide ou prudent évêque canadien: la société hyper capitaliste qui cannibalise les richesses produites tue dans l'oeuf l'explosion d'amour donc la nuptialité. Une amie me disait que les Cop 21 -le climat- étaient un masque visant à cacher le hold up perpétré par quelques uns sur l'humanité: ce n'est pas faux. Bravo pour cette jupe, même si elle, un peu trop serrée, elle manque d'ampleur.

Auteur du commentaire: 
Comité de la Jupe

Monseigneur Paul-André Durocher a répondu à notre article par mail:

"Je suis touché par ce geste d'encouragement. Merci. 

Je vois que l'Osservatore Romano, dans son encart « Église, femme, monde », continue à brasser les idées. Bon signe.

Et je peux vous assurer que plusieurs évêques québécois et canadiens m'ont signalé leur appui lors de mon intervention au Synode. 

Ne perdons pas courage. 

Dans l'amitié de Jésus, 

+ Paul-André"

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anne soupa
  Un article à lire, relatant un colloque romain qui analyse la situation des femmes dans le monde. http://www.cruxnow.com/church/2016/03/09/vatican-event-calls-for-boosting-womens-roles-in-world-and-church/

Auteur du commentaire: 
Elisabeth
C'est toujours ça de pris et ça mérite d'être mis en lumière, mais pourquoi la prédctaion serait réservée aux hommes et femmes marié-es ?????? en quoi cela leur donne un surplus de compétence générale ou de profondeur spirituelle ? Ou alors, et c'est un peu le sens du propos de Mgr Durocher, ce serait pour parler de l'engagement du mariage exxclusivement ? Mais bon sang, les célibataires non consacrés n'ont vraiment aucune palce dans cette Eglise ? Leurs engagements n'ont aucun sens, seul celui de parent compte ? On ne va pas aller bien loin comme ça.

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