Jeudi Saint, geste d'amour.

Comité de la Jupe
Jean 13, 1-15 Contrairement aux évangiles synoptiques, celui de Jean que nous écoutons ce Jeudi saint place au cœur du dernier repas que Jésus partage avec ses disciples non pas l’institution de l’eucharistie mais le lavement des pieds. Ce geste n’en devient-il pas particulièrement significatif ? Il donne, comme souvent dans les évangiles, une grande place au corps, corps qui nous permet d’être au monde, qui traduit nos émotions, nos sentiments, corps malade aussi, parfois. Quel est donc l’enjeu de cette scène qui accorde une place si importante… aux pieds ? Nous assistons à un épisode très concret, dont le déroulement nous est décrit avec précision : « Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint. Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. ». Ce faisant, Jésus reprend un usage de l’hospitalité orientale. C’est le geste accompli, par exemple, par Abraham lorsqu’il reçoit les trois visiteurs divins au Chêne de Mambré en Genèse 18,4 : « Qu’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds. » Mais l’évangile lui donne une autre dimension puisque la phrase introductive du passage l’inscrit dans le contexte pascal. Ce geste de Jésus, qui préfigure le don total qu’il va faire de lui-même, est ainsi présenté comme un geste d’amour extrême. Lui, « le Seigneur et le Maître », s’incline devant ses disciples pour leur laver les pieds. Et ce geste, poursuit Jésus, doit leur servir d’exemple. Ils sont donc appelés à se laver les pieds les uns aux autres, nous sommes donc appelés à nous laver les pieds les uns aux autres. L’on note souvent l’humilité que requiert ce geste. Il devient le symbole de la vie chrétienne, il exprime toute l’attention, tout l’amour que les chrétiens sont invités à se porter, appelés à servir leurs frères, à manifester leur amour pour eux par des actes concrets. Mais le texte souligne aussi la dimension réciproque de ce geste. La vie ne nous réserve-t-elle pas de nous trouver tantôt dans la position de celui qui lave les pieds de son frère, tantôt dans celle de celui à qui on les lave ? Or en lisant ce passage, nous ne nous projetons guère dans l’attitude de ce dernier. Il n’y a qu’à voir la première réaction de Pierre, « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! », pour comprendre combien elle va à l’encontre de nos représentations habituelles. Ne demande-t-elle pas, elle aussi beaucoup d’humilité et beaucoup d’amour ? Humilité de celui qui reconnaît avoir besoin d’aide, avoir besoin que son frère, sa sœur prenne soin de lui, qui reconnaît qu’il ne peut pas tout maîtriser et qui s’abandonne avec confiance dans les mains d’un autre. Amour de celui qui voit dans le geste de celui qui lui lave les pieds non pas un acte d’humiliation mais un geste qui relève, qui prend en compte toute sa dimension humaine, qui accueille sa faiblesse pour lui restituer toute sa dignité d’homme. N’est-ce pas aussi la signification du geste de Jésus à l’égard de ses disciples ? Humilité et amour ne sont-ils pas des deux côtés, aussi bien de celui qui sert que de celui qui est servi ? D’ailleurs le geste d’amour que Jésus accomplit prend sens également par rapport à un autre épisode, raconté celui-ci dans l’Evangile de Luc au chapitre 7, 36-50, celui du repas chez Simon. Jésus commentant le geste de la pécheresse à son égard fait remarquer à son hôte : « tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds mais elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. » Jésus lui-même, avant de laver les pieds à ses disciples, s’est trouvé dans la position de celui à qui on lave les pieds, a regardé cette femme avec amour, a reconnu la portée véritable de son geste et précisé « qu’elle a montré beaucoup d’amour. » Posons donc notre regard sur Jésus, Jésus qui accepte qu’une femme, une pécheresse, manifeste son amour pour lui en lui lavant les pieds de ses larmes, Jésus qui lave les pieds de ses disciples manifestant ainsi de quel amour il les aime. C’est là que se révèle « la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur […] de l’amour du Christ » (Ep 3, 18), mais aussi la profondeur de l’amour que nous devons avoir les uns pour les autres. C’est pourquoi, comme les disciples, nous sommes invités à nous laisser laver les pieds par Jésus « pour avoir part avec [lui] ». Que la contemplation de ce geste de Jésus avant sa Passion, où il donnera sa vie par amour pour nous, ouvre nos yeux et notre cœur. Ainsi, comme les femmes « quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie » reconnaissent en celui qu’elles rencontrent le Ressuscité, « s’approchent de lui et lui saisissent les pieds en se prosternant devant lui » (Mt 28,9), nous reconnaîtrons, au jour de Pâques, l’amour victorieux de la mort. Dominique Ley
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