Je crois en Dieu

Comité de la Jupe
Vitrail. Monastère cs Chalais. Vitrail. Monastère de Chalais. Copyright. Comité de la Jupe.

Je crois que je suis née et que j’ai grandi dans ce « Je crois en Dieu » : j’ai respiré Dieu avec la vie, parce que c’était une évidence, dans ma famille, que tout baigne en Dieu.

Je crois que Jésus est entré dans ma vie d’enfant comme l’Ami de la famille, celui qui est toujours attendu à table et qui est là, invisible mais présent. Ce qui est difficile à croire pour un adulte est simple pour l’enfant qui apprend peu à peu à vivre « au-delà » du matériel. Jésus à la crèche, Jésus à la croix, Jésus sur la montagne ou sur la mer… cet univers spirituel s’est ouvert à moi comme une vie à dévorer, comme celle de mon corps façonné par la beauté de la nature, signe, elle aussi, de la Beauté offerte.

Rien de bien original, en somme. Et même peut-être l’impression que je suis tombée dans la potion magique.

Oui, mais il faut grandir et le chemin vers l’âge adulte conduit à des choix de vie, choix que personne ne peut faire à ma place. Á moi d’assumer, ou non, la transmission de la foi ; à moi de choisir de continuer le chemin offert ou de lui tourner le dos pour m’en « libérer ». Vient l’heure du vrai choix de vie, celui dont on sait qu’avec lui toute notre existence va être bouleversée, orientée, polarisée…

Je rêve d’être une mère de famille (nombreuse, évidemment), mais un Autre a une autre idée et m’a déjà plusieurs fois fait signe, discrètement, mais clairement. Comment dire non ?! Quand celui que vous avez découvert comme le Vivant, le plus beau des enfants des hommes, la Vie, le Chemin, la Vérité – vous propose de remplir votre vie, comment dire non ?! Je dis oui, sans condition ou presque ! Une seule condition : que ce soit un amour de Feu, que la passion pour ce Tout Autre m’habite, que je puisse goûter dès maintenant un petit quelque chose de sa plénitude.

C’est cet amour passionné qui comble et met à sa juste place tout autre renoncement. Dit autrement, et de façon bien concrète, c’est cet amour du Christ qui rend possible cette folie de la vie communautaire, ce défi de faire vivre ensemble et pour toujours cinquante femmes, ô combien uniques et différentes ! Cela ne tient que « par l’opération du Saint Esprit » dans les deux sens de l’expression. Folie, défi, oui, mais aussi richesse, émulation, soutient mutuel, joie partagée… « Lieu du pardon et de la fête » (Jean Vanier), la communauté devient, est mon terreau, ma terre d’enracinement spirituel, mon tremplin vers le plus haut, plus grand, plus lumineux. Pariter – Ensemble – Pas « elles » sans moi, pas moi sans elles.

Je suis arrivée au monastère juste à la fin du Concile ; j’ai donc bénéficié de l’immense et calme évolution de notre liturgie, lieu de vie essentiel de notre communauté, sa mission d’Église. Nous sommes passées du « tout en latin », non au « tout en français », mais au « cela nous convient bien ». Énorme évolution, car nous avons pris conscience que la liturgie n’était pas un paquet-cadeau intouchable, mais un fleuve de vie issu d’une Source jaillissante, toujours neuve, vive !

Calme évolution car les changements se sont faits les uns après les autres, non sans douleur secrète pour les Sœurs anciennes, mais pour les jeunes que nous étions, c’était formidable ! Nous avons gardé le grégorien avec bonheur, et accueilli avec autant de bonheur les psaumes en français, les lectures, les années A, B, C…

Cet équilibre est un bienfait pour nous et un bienfait pour le monde, à travers nos hôtes. Une communauté à l’aise dans sa liturgie, dans son expression spirituelle, est porteuse de paix, de réconfort et de foi pour ceux qui viennent se joindre à sa prière.

Nous n’avons pas de leçon à donner, mais beaucoup d’amour à partager, sans bruit, à l’écoute de l’Unique Parole qui désire se dire par nos voix.

Une moniale bénédictine, communauté de Maumont

 

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Commentaires

En lisant ce commentaire, merci, soeur de Maumont, à qui je regrette de ne pas pouvoir donner son prénom, je voudrais bien savoir comment la vie communautaire de religieuses (ou de religieux) pourrait aider à la vie sociale de nos sociétés laiques. Si vous lisez ce mail, sachez que votre réponse, votre expérience pourraient être précieuses à beaucoup.

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