Femmes selon le Synode : tota mulier in utero !

Comité de la Jupe

Dans le rapport final du synode, il existe un paragraphe consacré à « la femme », comme d’ailleurs il en existe un autre consacré à « l’homme ». Le voici, dans son intégralité, traduit par nos soins.  

27. La femme. La femme a un rôle déterminant dans la vie d’une personne, de la famille et de la société. « Chaque personne doit la vie à une mère et quasiment toujours, elle lui doit beaucoup de sa propre existence ultérieure, de sa formation humaine et spirituelle. » (François, Audience générale, 7 janvier 2015)

La mère est la gardienne de la mémoire et du sens de la naissance à une vie pleine : « Marie gardait toutes ces choses dans son cœur. » (Lc 2,19.51)

Il demeure que la condition féminine dans le monde est sujette à de grandes différences qui découlent principalement de facteurs sociaux culturels. La dignité de la femme a besoin d’être défendue et promue. Il ne s’agit pas seulement d’un problème de ressources économiques, mais d’une diversité de perspectives culturelles, comme le prouve la difficile condition des femmes dans les différents pays de développement récent. Dans de nombreux contextes, encore aujourd’hui, être femme suscite des discriminations : le don même de la maternité est pénalisé plutôt que valorisé. D’autre part, dans certaines cultures, être stérile pour une femme est une condition socialement discriminante. Il ne faut pas non plus oublier les phénomènes croissants de violence dont les femmes sont victimes au sein de leurs familles. L’exploitation des femmes et la violence exercée sur leurs corps sont souvent jointes à l’avortement et à la stérilisation forcée.

À cela s’ajoutent les conséquences négatives de pratiques connexes à la procréation, comme la gestation pour autrui et le marché des gamètes et des embryons. L’émancipation féminine requiert une réflexion nouvelle sur la réciprocité des devoirs conjugaux et sur la commune responsabilité dans la vie familiale. Le désir d’enfant à tout prix n’a guère généré des relations familiales plus heureuses et plus solides, mais a dans de nombreux cas aggravé de fait l’inégalité entre hommes et femmes.

Une meilleure valorisation de la responsabilité des femmes dans l’Église, leur accès aux processus de décision, leur participation au gouvernement de quelques institutions, leur implication dans la formation des ministres ordonnés, peuvent contribuer à la reconnaissance sociale de leur rôle déterminant.

La première réaction est de découragement : jusques à quand l’institution sera-t-elle sourde ? Dès la seconde ligne, l’étroitesse de l’univers de pensée des rédacteurs est affichée : il n’y a de femme que mère. Où sont donc passées les petites filles, les sœurs, les femmes dans la vie amoureuse, la vie professionnelle ou associative ? Les évoquer aurait invité au dialogue et au partage d’expériences diverses. Mais non... Le mot de passe est inchangeable : c’est « la mère ou rien »…

Pour les femmes, cette polarisation unique sur la maternité a quelque chose de monstrueux : l’Église se permet de trier entre celles des femmes qui sont « intéressantes » et les autres, épouses sans enfants, femmes célibataires… Et le critère, c’est… la qualité de la paire d’ovaires. Selon le mot malheureux du pape François, les évêques font des femmes « des choses ». L’institution-Église dit lutter contre l’exclusion et l’instrumentalisation des personnes, mais envers les femmes elle fait exactement ce qu’elle combat. Serait-ce une nouvelle forme de charité ? Quand reconnaîtra-t-elle que les femmes « sont », tout simplement ? Que tout qualificatif revient à les instrumentaliser, à leur dénier ce qui fonde l’identité d’un être humain : il est sans « pourquoi », il est « parce que c’est lui ». Dérive cent fois dénoncée, mais qui revient comme la marée avec chaque document romain.

Le plus étrange est que les évêques ne voient pas que leur polarisation excessive sur la maternité disqualifie jusqu’à la racine leur propos. Presque sans fard, en tous cas sans distance, ils avouent, par cet aveuglement, l’emprise que conserve sur eux leur mère, la femme de leur vie, celle qui « précipite » en elle toute leur expérience des femmes. Comment, dans ces conditions, les créditer de cette distance critique que l’on est en droit d’attendre d’une personne responsable, censée avoir un jugement droit et sage ?

Même accablement à la lecture de la fin du petit développement introductif : l’évocation de Marie, en seule icône du silence, du recueillement, de l’intériorité, est une malhonnêteté. Ni Marie ni les femmes d’aujourd’hui n’obéissent à des définitions aussi restrictives.

La suite ne fait que confirmer ce peu de considération des pères synodaux pour les femmes. Tous les exemples choisis visent à combattre les restrictions à l’exercice de la maternité comme si c’était la seule liberté dont les femmes avaient besoin... Tout y passe, stérilisation, avortement, mères porteuses… On finit par se demander si ces évêques ne rêvent pas d’ouvrir un cabinet de gynécologue.

Que dire des dernières lignes ? Celui qui veut à toute force sauver le paragraphe, y verra quelques ouvertures. Celui qui en doute observera avec quelle légèreté sont égrenées les propositions faites pour que les femmes participent à la vie de leur Église : ces propositions « peuvent ». En Italien, le doute exprimé par le verbe « puo » est plus fort encore. Rien n’est donc moins sûr. Et, triste conclusion, tout cela n’est avancé que pour faire du bien à ces pauvres femmes en mal de reconnaissance…

Anne Soupa

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Commentaires

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Guillaume de Stexhe
Chère Anne Soupa,  merci pour votre travail et votre combat indécouragé. Il en aide beaucoup à ne pas partir, et à ne pas se taire... On aurait tellement envie d'être dans le positif: mais cette surdité idéologique des évêques à l'Evangile oblige à crier... Je relisais récemment le récit clair  de la double rencontre de Jésus avec la femme souffrant dhémorragie et avec la jeune fille du chef de la synagogue. Deux femmes qui, à l'ombre de "la loi" des mâles - proclamée comme loi de Dieu - ne sont, parce que femmes,  que des corps inquiétants: la première est interdite de proximité, la seconde, au moment de devenir femme, s'interdit elle-même .  Quelle façon plus claire que ce récit pour dénoncer l'emprise sur le religieux du sexisme culturel immémorial,  et faire de son refus un signe du Royaume ?   Oui, ce n'est pas de "discipline ecclésiastique" qu'il s'agit, mais du coeur de l'Evangile. Ceci dit, je crois que dans votre traduction du paragraphe final de ce texte, l'italien "qualcuni institutioni" devrait se traduire par "certaines institutions", et non pas "quelques" (même si, bien, sûr, les auteurs pensent bel et bien "quelques"...) .  Tristement et fraternellement  avec vous  

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Marie-Paule Gary
Quand l'Eglise cessera-t-elle de nous vouloir du bien pour nous vouloir tout court ?

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soupa anne
Le paragraphe consacré à l"homme" se trouve sur le site du vatican, en italien. Mazs il est paraît-il aussi accessible en français à la Croix.  

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anne soupa
Voici le paragraphe 28 du rapport final consacré àl'homme "L’homme28.L’homme joue un rôle tout aussi décisif dans la vie de la famille, en particulier dans la protection et le soutien envers son épouse et ses enfants. Modèle de cette figure paternelle, saint Joseph, homme juste qui, dans le danger « prit avec lui l’enfant et sa mère dans la nuit » (Mt 2,14) et les mit à l’abri. De nombreux hommes sont conscients de l’importance de leur rôle dans la famille et le vivent avec les qualités propres du caractère masculin. L’absence de père marque gravement la vie familiale, l’éducation des enfants et leur insertion dans la société. Son absence peut être physique, affective, intellectuelle ou spirituelle. Ce manque prive les enfants d’un modèle paternel de référence. L’implication croissante des femmes dans le monde du travail, hors de la maison, n’a pas été compensée de manière adéquate par une implication plus importante des hommes dans la sphère domestique. Dans le contexte actuel, la sensibilité de l’homme à son devoir de protection de son épouse et des enfants contre toute forme de violence et de dégradation s’est affaiblie. « Le mari – dit Paul – doit aimer sa femme « comme son propre corps » (Ep 5,28); l’aimer comme le Christ « a aimé l’Église et s’est livré pour elle » (v. 25). Mais vous les maris (...), comprenez-vous cela? Aimer votre femme comme le Christ aime l’Église? (...) L’effet de la radicalité du dévouement demandé à l’homme, pour l’amour et la dignité de la femme, à l’exemple du Christ, doit avoir été immense, dans la communauté chrétienne elle-même. Ce germe de nouveauté évangélique, qui rétablit la réciprocité originelle du dévouement et du respect, a grandi lentement au fil des siècles, puis a fini par prévaloir » (François, , 6 mai 2015, audience générale)."

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Anne-Marie de la Haye

Chère Anne,
je partage, bien sûr, votre dénonciation de l'aveuglement des pères synodaux, et votre accablement. Maintenant, que faire? Dénoncer, analyser, protester, inlassablement,comme vous le faites, comme nous le faisons, certes, c'est nécessaire, indispensable, vital. Mais je crois-pardonnez ma brutalité- que nos protestations ne changeront rien. On ne change pas une conception du monde et de soi aussi profondément ancrée par des paroles.

Nos protestations sont utiles, parce qu'elles font du bien à celles et ceux que le discours de l'Église scandalise et décourage. Cela nous fait du bien, à nous, de dire que l'on peut penser autrement, et de construire cet autre discours. Mais je suis convaincue que le changement profond des mentalités passe par un changement de l'expérience. C'est en vivant d'autres relations avec des femmes autonomes, libres, fortes et sans aigreur, que le personnel clérical pourra changer sa façon de pensée. On aurait pu croire que, depuis plusieurs générations que ce type de femme est de plus en plus banal, le milieu clérical aurait dû en faire l'expérience et en être ébranlé. Pourquoi ne l'est-il pas? Sans doute parce que, plus on monte dans la hierarchie de l'Église, moins on a l'occasion de collaborer sur un mode égalitaire avec des laïcs et avec des femmes. Il faudrait encore de nombreuses études de type ethnographique, comme celle présentée ici récemment, pour analyser le fonctionnement concret, quotidien, de la fabrique de la pensée cléricale...

Bon, je n'ai pas de solution à proposer, je ne fais que réfléchir en écrivant, au fur et à mesure, ce qui me vient à l'idée. Ce que je voulais dire- mais vous en êtes surement convaincue- c'est que le travail de la pensée n'est efficace que s'il ya aussi présence combattante sur le terrain!

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MARTIN
Je vous lis régulièrement Anne Soupa et Christine Pedotti sur ce site ou sur d'autres. La conclusion de ce qui est ressassé semaine après semaine est la suivante : le baptème est un acte d'aliénation. Un baptème "en église" met la petite fille sous la juridiction d'un magistère qui la soumet à des injonctions. J'ai dans mon entourage des enfants qui ne sont pas baptisés : les parents ne veulent pas engager leurs enfants  et les mettre dans les rêts d'un pouvoir patriarcal et autoritaire. La théologie à laquelle vous ne manquerez surement pas de me renvoyer est-elle suffisante aujourd'hui pour justifier l'engagement du baptème et l'inscription au "fichier" de l'institution quand, jour après jour, il faudra à la petite fille, devenue femme, batailler contre le magistère ? Ce sacrement administré par le clergé et dans les conditions posées par celui-ci est-il encore recevable  de nos jours ? A titre personnel je réponds : non. Vous avez, il y a quelques mois, proposé la non communion en solidarité avec les divorcés remariés. Ne seriez-vous pas plus crédibles en proposant aux parents de ne pas faire baptiser leurs enfants, c'est à dire laisser aux enfants futurs adultes le choix de se soumettre ou non aux prescriptions de "l'église". Enfin, pourriez-vous revenir sur cette notion tout aussi aliénante du "sensus fidei" dont le haut-clergé ne veut pas entendre parler et tirer des conclusions théoriques et pratiques qui soient personnelles.  Les miennes sont claires : je dis que le baptème est actuellement un acte d'aliénation et à ce titre j'accepte de faire partie des schismatiques ou des hérétiques, en d'autres termes : je choisis.

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Christine Pedotti

Désolée Martin, votre commentaire n'était pas censuré, mais il y a eut un problème d'accès de certains admnistrateurs au site, et mon adresse n'a plus été autorisée. Je ne pouvais donc plus modérer… et donc publier votre commentaire. La technique était en cause et non la censure.

Sachez que la question que vous posez, je me la pose… je ne cesse de me la poser.

Je n'ai plus l'âge d'avoir des enfants à envoyer ou pas au catéchisme, mais je ne sais pas si je les y enverrais. Et la question est de plus en plus aigüe. Pour l'anecdote, je vous rapporte les propos d'une petite fille de 6 ans qui m'est très proche. Sa maman, féministe, (son papa aussi), lui explique que les filles ont le droit de tout faire comme les garçons et que si quelqu'un lui dit "c'est pas un truc de filles", ce quelqu'un à tort. La petite fille répond à sa maman: "Ce que tu me dis, je le sais, c'est Christine qui l'a dit". La maman s'étonne, pourquoi l'enfant se réfère-t-elle ainsi à moi. Explication de l'enfant: "J'ai bien écouté, Christine l'a dit quand elle a eu son médaillon" (traduire "la légion d'honneur"). Et bien si ce ruban rouge a été l'occasion que cette petite fille entende cela, j'en suis fière et heureuse.

Reste que cette famille amie est catholique. Qu'est-ce que la petite fille va entendre au caté? Qu'est-ce qu'elle va voir dans la célébration? Ses parents se posent la question et ils me la posent. Et pourtant, dans quelques semaines ils feront baptiser leur petite N° 3… quand même. Le trésor vaut mieux que les vases qui le contiennent. Mais le temps passe, et c'est de plus en plus difficile.

Vous voyez à quel point je comprends votre objection, combien j'en sens le poids. 

Auteur du commentaire: 
Anne-Marie de la Haye
Comme Christine, je comprends les hésitations de ceux qui ont de jeunes enfants, à l'idée de confier l'éducation spirituelle de leurs enfants à une institution à certains égards si criticable, en particulier sexiste. Mais je crois qu'il faut faire confiance au juste jugement des personnes saines d'esprit, à la multitude des sources d'influence que les jeunes rencontreront, à la cohérence de notre éducation, et à travers tout ceci, peut-être tout simplement à l'Esprit Saint.  Il ya quelque temps, une jeune femme de ma connaissance (universitaire, cultivée, de gauche; fille d'universitaire, parents cultivés, de gauche) m'a dit que c'était la rencontre avec son futur mari qui lui avait fait prendre conscience que son éducation religieuse avait été somme toute rudimentaire et peu critique (j'espère ne pas dénaturer sa pensée en la reformulant). Voilà comment ça se passe: on fait des rencontres, on devient adulte, on remet en question des modes de pensée dont on découvre qu'ils ne sont pas compatibles avec le reste de la culture qu'on a acquise. L'éducation ne se limite pas au temps de l'école primaire...

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Jean-Pierre
Oui il faut aller au fond de la "chose" religion. La source latine sacrementum (caution, serment) remplaça au 3ème siècle, suite à Tertullien, le mot grec tardif mysterion évoquant l'innaccessible. Durant cette même période le mot Eglise remplaça Fraternité et cette période fut le début de synodes et conciles incesssant étroitement contrôlés par l'empereur, d'où émergea, après bien des conflits y compris sanglants, le Credo et la coutume d'exclure les enquiquineurs -hérétiques- par tous moyens. Les religions "à mystère" -rites et cultes mystérieux, secrets- faisaient partie de la culture gréco-romain des 1er siècles du christianisme. Une communauté religieuse se construisait vivait se transmettait sur ce schéma * et il est donc normal que, pour "porter le message de Jésus à toutes les nations", il ait été jugé adroit de faire accroire que la jeune chrétienté avait elle aussi, ses rites, cultes et mystères, ... Il n'y eut longtemps que deux sacrements, baptême et communion, et c'est -je sais de manière sensitive- la demande de religion du peuple qui a "alimenté la machine" à rites cultes -saints, martyrs, Marie, ...- et mystères. La communauté humaine d'aujourd'hui est-elle en demande? Que dire aujourd'hui des groupes encouragés par JPII et qui, au coeur de l'institution, ont fait du secret le coeur de leur pouvoir et qui déchirent actuellement la Fraternité au prétexte de la sauver? * excellent article sur les cultes à mystère: http://www.lemondedesreligions.fr/mensuel/2012/54/cultes-a-mysteres-l-ame-purifiee-22-06-2012-2597_189.php

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