Femmes du Québec, toute une histoire ! (II)

Comité de la Jupe

Au Québec, entre 1918 et 1941, la difficile lutte des femmes pour leur droit de vote.

Entre 1918 et 1941, la lutte a fait rage au Québec pour que les femmes obtiennent le droit de vote.

Les suffragettes britanniques et américaines ayant donné le ton, faisant valoir les grands sacrifices et actes de courage présentés par les femmes de toutes nationalités pendant la Grande Guerre, le Canada a donné aux femmes en 1918 le droit théorique de voter aux élections fédérales. Mais ce droit devait être voté province par province.

Or, en 1922, le Québec demeurait l’unique province de tout le Canada à « résister » au suffrage féminin.

Pourquoi ?

Le Québec étant une province majoritairement catholique, les évêques se sont alliés aux conservateurs pour partir dans une véritable croisade contre le droit de vote des femmes.

La situation était complexe, car les députés nationalistes comme Henri Bourassa ( un des plus acharnés ) ont montré le suffrage féminin comme un vent mauvais venu d’Amérique, des anglophones, et des protestants.

Cela ne vous rappelle rien ?

Si bien sûr, la croisade contre les études sur le genre ! Vous allez voir que les propos tenus par Mgr Louis Adolphe Paquet en 1922, puis le cardinal Rodrigue Villeneuve, résonnent comme familiers à nos oreilles…

« Le droit de vote est, pour l’ensemble de l'élément féminin ( … ) une sorte d’incompatibilité avec les lois secondaires de la nature », affirme le premier, qui se disait à la fois théologien, philosophe, moraliste, et parfois sociologue et économiste, sans avoir dans les faits de compétences particulières.

« L’unité de la famille est menacée par le vote féminin », déclarait le second, « il va exposer les femmes à toutes sortes de dangers [ ( lesquels ?? ) … ]  il ne servira qu’à renverser et pervertir l’ordre établi par Dieu au moment de la création du monde...»

Leur emboîtant le pas, le député Ouellet traite les requêtes des féministes de « plantes nuisibles »  qui ressurgissent régulièrement, et qu’il faut éradiquer définitivement.

Quand à Henri Bourassa, fondateur du journal « Le Devoir », et ancien député fédéral, il tient des propos semblables à ceux que nous entendons aujourd’hui : pour lui,  « la différence des fonctions sexuelles crée la différence des fonctions sociales »

Et, bien oublieux du sexe de ceux qui ont décidé la Grande Guerre et envoyé des millions d’hommes à la mort, c’est la femme qu’il juge dangereuse et même criminelle, si elle se mêle des affaires publiques :

« La femme, plus aveuglément passionnée que l’homme, arrive plus vite que lui aux pires injustices, aux plus mesquines étroitesses, aux égarements les plus pervers de jugement, à la plus complète immoralité cérébrale ( sic ). Elle apporte dans le crime une redoutable et déconcertante inconscience (…) »

Seulement voilà, nous sommes en 2011. Il n’en faut pas plus que cette comparaison pour démontrer que l’Église voit toujours comme un péril tout progrès en faveur d’une vie plus juste et plus humaine.

Quand prendra-t-elle la leçon de ses erreurs ?

Après 20 ans de débats et de luttes, appuyées par les députés qui voyaient en l’intervention et la participation des femmes une richesse pour la vie publique ; en particulier Adélard Godbout, nos sœurs Québécoises ont obtenu le droit de vote en 1941.

Michelle .C. Drouault.

Avec mes remerciements à André LeBlanc pour sa précieuse documentation.

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