Femmes du Québec, toute une histoire ! (I)

Comité de la Jupe

Manquer à son devoir d’agir en « experte en humanité », c’est ce que ferait l’Église si elle ne reconnaissait pas la place des femmes. »

Prions pour que ces propos des évêques du Québec en 1990, puissent inspirer nos Églises d’Europe !

Devant 1000 personnes parmi lesquelles les représentants de l’Assemblée nationale du Québec et des groupes de femmes, l’épiscopat québécois a su en 1990 faire un acte de repentance.

« L’épiscopat du Québec veut, en cette année qui marque le cinquantième anniversaire de l’obtention du droit de vote des femmes au Québec, célébrer dans une rencontre amicale et festive, cet évènement historique qui a reconnu aux Québécoises leur plein droit de citoyennes. Cette fête aura aussi, disons-le, une dimension réparatrice puisqu’en ce temps-là, l’épiscopat et le gouvernement avaient manifesté une longue opposition à l’attribution de ce droit. […] »

« Ces femmes n’ont pas toujours été reconnues à leur heure. Leurs innovations, souvent directement inspirées par l’Évangile, n’ont pas toujours été accueillies avec ouverture. Parfois même, elles ont été freinées par la méfiance et les préjugés de leurs chefs politiques et religieux. Qui dira les souffrances d’une Marguerite Bourgeois, désireuse d’apporter l’éducation aux Amérindiennes nomades, et à laquelle Mgr de Saint-Vallier s’est longtemps obstiné à vouloir imposer le voile et la clôture ? Celles d’une Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, militante engagée de la cause nationale et ecclésiale, mais à laquelle ses chefs spirituels retirèrent leur soutien dès qu’elle prétendit vouloir élargir à la sphère politique l’action de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. […] »

« Henri Bourassa et les évêques d’Amérique du Nord […] en stigmatisant le féminisme, étaient persuadés de dénoncer une hérésie dangereuse. […] C’est en 1940 que le Gouvernement du Québec […] se rend enfin aux arguments des femmes. Mais l’on sent bien, aux commentaires réservés de l’épiscopat, que le féminisme victorieux de ces pionnières est loin d’être encore reconnu comme une force positive de changement social. […]

« L’analyse féministe de l’histoire et de la tradition chrétienne [menée notamment par les théologiennes] ne vas pas sans bouleverser parfois nos certitudes et nos manières séculaires de voir. Mais de plus en plus de théologiens hommes se sentent solidaires de la démarche des femmes et cherchent à y participer. Car dans ce cheminement collectif, nous avons acquis la conviction que l’Église, tout comme la société, doit reconnaître la place des femmes. Autrement elle s’appauvrit elle-même et elle manque à son devoir d’agir, selon le mot de Paul VI, comme une "experte en humanité". Cette conviction inspire largement la création, depuis dix ans dans nos diocèses, d’un réseau de répondantes à la condition des femmes. Et plus récemment, la mise sur pied de forums diocésains de réflexion concernant le partenariat hommes – femmes dans l’Église.

Certes toutes ces femmes qui participent activement – souvent bénévolement – à la mission de l’Église sont encore trop peu nombreuses. Mais surtout, leur statut dans l’Église demeure profondément ambigu. Des obstacles d'ordre canonique, qui tiennent le plus souvent à la force d’inertie et de l’habitude, devront être levés. D’autres, beaucoup plus fondamentaux, parce que d’ordre théologique, devront être abordés avec humilité et courage. L’universalité de l'Église et la diversité des cultures qui s’y trouvent représentées ne doivent pas servir de prétexte pour y maintenir, à l'égard de la femme et de sa mission, une position minimaliste. Position qui, si elle rencontre encore quelqu'indulgence historique chez une minorité de chrétiennes, est de plus en plus considérée, sinon comme un obstacle insurmontable, chez les croyantes de la génération suivante. […] »

« Nous ne nous en cachons pas : c’est en effet à une authentique conversion évangélique que nous sommes conviés. Il s’agit pour nous tous, croyants du Québec, de nous porter à la rencontre de l'Esprit que nous reconnaissons à l'œuvre dans le mouvement d'affirmation des femmes qui caractérise cette dernière décennie de notre siècle. Le projet de Dieu sur le couple humain, qui s'étend non seulement à la famille, mais aussi à la société et à l'Église, nous voulons contribuer à le faire advenir comme signe de réconciliation et de paix. […]

« "Obéir, c’est aussi résister". Résister à la désespérance de ne jamais voir un jour toutes les inégalités abolies, toutes les compétences reconnues, la justice enfin réalisée entre hommes et femmes, dans l'Église comme dans la société toute entière. »

(19 avril 1990)

Recueil de Gonzague J.D.

Extrait de : Mgr Gilles Ouellet, « Message du président de l’Assemblée des évêques du Québec à l’occasion du 50e anniversaire de l'obtention du droit de vote des femmes au Québec », Assemblée des évêques du Québec, 1990. Voir le texte complet.

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Pour aller plus loin :

Les Évêques et les femmes au Québec : ample dossier du réseau Femmes et Ministères.

Les Répondantes diocésaines à la condition des femmes.

Marie-Andrée ROY, « Les femmes, le féminisme et la religion » in LAROUCHE Jean-Marc et MENARD Guy (dir.) L'étude de la religion au Québec : Bilan et prospective, presses de l'Université de Laval, 2001.

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