Femmes dans la vie du prêtre : le Girl’s band de l’Abbé Grosjean

Comité de la Jupe

grosjeanLe web recèle de très belles perles parmi lesquelles figurent des homélies de prêtres médiatiques et engagés que l’on peut écouter à l’envi. De quoi garder la flamme allumée, encore et encore. De belles homélies comme celle ici de l’Abbé Grosjean, sur le Padre blog  qui date de 2007, mais qui ne manquent pas d’inspirer les ouailles. Ou de vous faire bondir devant tant de clichés condescendants et sexistes sur les femmes dans l’Église. Cher Abbé, ne m’en voulez pas, mais en plus « des vôtres », permettez-moi de vous présenter d’autres saintes baptisées qui pourraient vous inspirer.

Quand l’Abbé Grosjean et moi étions plus jeunes, nous avons probablement dansé sur les mêmes tubes des Spices-Girls. Perso, j’en ai gardé le « Girl power » et « Spice up your life », mais il semblerait que l’Abbé Grosjean ait lui été plus inspiré par l’aspect groupe de filles censé représenter la gente féminine. Chez les Spice Girls nous avions la tigresse, la femme-enfant, la sportive, la sexy, la bcbg ; chez l’Abbé nous avons donc Marie la pure, Marie-la discrète, Marthe-la-bosseuse et Maman. Pardon : Mômaaan. Sachant bien sûr que toutes les femmes sont ou sont appelées à être des mômans « Une femme c’est une mère ». Et le mieux qui puisse arriver à une femme est d’être l’heureuse môman bénie d’un fils offert à la terre entière comme prêtre. Qui attendrait, dans une douce béatitude, la première bénédiction de son fils tout juste ministre du culte.

Récapitulons : les femmes du prêtre Marie, Marie, Marthe, les religieuses (on imagine donc ici qu’elles s’appellent toutes Marie-Prénom de Saint) et Môman sont parfaites, car totalement conformes à ce que LA femme EST : douce, priante, dévouée, modèle de foi et de courage, pudique, avec des dons (« une femme voit tout »), délicate, humble, discrète (« elle demande sans demander »), « heureuse de tenir sa place », effacée (parce que la plupart des femmes ont l’outrecuidance d’être « légères »), protectrice, silencieuse « comme Marie au Calvaire ».

Mais c’est pas du super cliché sexiste empreint d’une condescendance toute patriarcale, ça? Rhoooo Abbé Grosjean !!!!!

Alors histoire d’être une fille sympa, à défaut d’être des Marie-mômans parfaites, le girl’s band du Comité de la jupe, religieuses comprises, est heureux de lui proposer des copines pour son Panthéon de femmes. Parce que oui, nous sommes des mômans, des Marthe et Marie, et Marie aussi parfois (dans la confiance en Dieu et nos « oui ! »). Alors, cher Abbé, voici nos amies. N’hésitez pas à les prier, elles aussi : par la communion des saints nous sommes certaines qu’elles aussi sauront bénir votre ministère.

Combative : Catherine de Sienne
Putain : Marie-Madeleine
Grande gueule : Sœur Emmanuelle
Qui suit sa vocation : Madeleine Daniélou
Joyeuse : Claire de Castelbajac
Intello : Edith Stein
Missionnaire : Madeleine Delbrêl
Réformatrice : Thérèse d’Avila
Fondatrice : Claire d’Assise
Théologienne : Hildegarde
Garçon manqué : Jeanne d’Arc

Bref, on ne demande pas la lune cher Abbé, juste la sainteté à laquelle nous appelle notre baptême, inspirées que nous sommes par des personnalités diverses, complexes, riches…. comme nous tous, sans clichés, hommes et femmes compris.

Estelle

 

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Commentaires

Merci pour ce "coup de gueule". Ça fait du bien de se défouler de temps en temps face à des propos méprisants. Les accepter en silence ne serait pas de l'humilité, mais de la bêtise.

Merci de tourner cette homélie en dérision. Cela remonte le moral.Le problème est que ces jeunes prêtres ,qui tiennent ces propos d'un autre âge, sont persuadés de détenir la vérité et se remettent très peu en cause. Face à de telles homélies, beaucoup quittent l'Eglise en silence, ne se reconnaissant plus dans ses orientations actuelles. N'y a-t-il pas un problème au niveau de la formation de ces jeunes prêtres? Quel chemin de spiritualité sera proposé aux générations futures? Où pourront-elles puiser un sens pour leur vie? Nous avons besoin de pain consistant pour la route, pas de légèreté!

Catherine, ce pain-là n'est pas léger, c'est un "étouffe-chrétien". Mais vous avez raison. Il y a maintenant des centaines de prêtres jeunes taillés sur ce modèle, et partout on entend des gens dire qu'ils ne peuvent plus fréquenter leur paroisse. Ils sont les fossoyeurs de "l'Église pour tous" et les fondateurs de l'Église pour quelques-uns, ceux et celles qui sont "purs", confessés et obéissants.

Merci, j'ai beaucoup aimé votre article. De l'humour, toujours de l'humour. je crois qu'il faut se poser la question pourquoi tant de mépris de la part de ces jeunes prêtres. Ce rejet de la femme ne serait il pas la marque d'une très grande peur, ? Mais alors cet appel dont ils parlent tant avec des gourmandises dans la bouche, (comme les enfants qui sucent leurs bonbons avec lenteur pour faire saliver ceux qui ont la bouche vide) cet appel est il vraiment un appel ou seulement une fuite devant une société de compétitivité où, oh mamamia, il faut aussi compter avec les filles. Un jour que je parlais de la condition féminine dans l'Eglise à une jeune prêtre, il m'a répondu ": moi je suis surtout inquiet pour les garçons dans la société". Oui, c'est difficile d'affronter tant de compétiteurs, les femmes, les étrangers, , tous ces gens qui mettent à mal mon statut de petit garçon trop gâté par maman. car, derrière des Grosjean, il faut chercher la femme : LA MERE......pas toujours clean cette femme.

A si seulement une loi ou un "dogme" pouvait décréter que seuls les hommes mariés depuis plusieurs années, père de famille ou ayant une solide expérience de pleine humanité pouvaient être ordonnés... on n'en serait peut-être pas là...

Qu'un évêque, de Versailles laisse passer de telles énormités n'étonne pas (vu le synode!). Et il n'y avait que ce sermon! Ce Grosjean est un récidiviste persuadé qu'à l'abri de son col romain -empesé comme la ligne Maginot- tout est permis. Et s'il n'y avait qu'un Grosjean avec ses plumes de "Secrétaire Général de la Commission Ethique et Politique du Diocèse" (ben mon colon) cela se saurait. Pas de prêtres vaut mieux que des types de ce genre. C'est volontairement pas gentil du tout, et la dérision ou le défoulement me semblent bien modestes tant toute charité est en panne sèche face tant de "conneries".

@ Marie-Jeanne S'il suffisait d'être marié et père de famille pour ne pas être sexiste, il y a belle lurette que la plaine égalité homme- femme serait réalisée! Je vous rappelle quand même que la subordination des femmes aux hommes a essentiellement pour fonction d'assurer aux hommes la production d'une descendance dont ils soient assurés d'être les géniteurs, ceci dans le cadre du mariage. Je suis convaincue que l'on peut subvertir le mariage pour en faire une alliance entre deux adultes libres, aimants, et respectueux chacun de la vocation de l'autre. Mais il faut être consciente que cette façon de vivre le mariage est fondamentalement subversive.

La lecture des articles du Comité est toujours d'un réel réconfort! Merci!

...Combien de temps tomberez-vous sur un homme pour l'abattre, vous tous, comme un mur qui penche, une clôture qui croule ? Détruire mon honneur est leur seule pensée ; ils se plaisent à mentir. Des lèvres, ils bénissent ; au fond d'eux-mêmes, ils maudissent... (du psaume 61)

@domi On peut aussi lire le psaume 61 ainsi: …Combien de temps tomberez-vous sur les femmes pour les abattre, vous tous, comme un mur qui penche, une clôture qui croule ? Détruire leur honneur est leur seule pensée ; ils se plaisent à mentir. Des lèvres, ils bénissent ; au fond d’eux-mêmes, ils maudissent… ( note: maudire = bénédiction hypocrite) Suite du psaume: (...) Oui, les gens du peuple sont un souffle les gens illustres un mensonge. Quand on soulève la balance à eux tous, ils pèsent moins qu'un souffle.

Magnifique domi, …Combien de temps tomberez-vous sur les femmes pour les abattre, vous tous, comme un mur qui penche, une clôture qui croule ? Peut-être ce temps est-il arrivé à sa fin, c'est pourquoi ils sont si fragiles. L'Eglise devrait s'inquiéter de la fragilité de ses prêtres.

@ Jacqueline Je pense qu'elle s'en inquiète... mais qu'elle choisit la stratégie absurde de leur faire porter une armure toujours plus lourde...

Merci pour ce coup de gueule et cette liste de saintes à opposer à ce curé (et au mien, à l'occasion). @Jacqueline : cela ne m'empêche pas, moi aussi, de m'inquiéter pour les garçons dans notre société. Il est assez inhumain de ne pas admettre que l'égalité hommes-femmes bouleverse pas mal de chose dans leur vie et que ça n'aille pas tout seul pour eux. Il me semble assez normal de les accompagner dans ce mouvement, et regrettable que personne ne s'en préoccupe. On ne change pas de paradigme aussi facilement, nous ne sommes pas des machines. L'égalité secoue, et les hommes réagissent avec ce qu'ils sont : comment pourrait-il en être autrement? Les femmes aussi réagissent quand on leur interdit l'égalité, la preuve, vous !! Aujourd'hui, ces mêmes féministes qui hurlent contre la discrimination au travail, refusent l'égalité dans la garde des enfants après le divorce. Réaction symétrique !! Certains hommes réagissent par la violence, d'autres par le conservatisme idéalisé à la Grosjean, d'autres dans le repli sur des "espaces (p)réservés". Les loisirs l'illustrent bien : ils sont de plus en plus sexués. Ils décrochent à l'école, perçue comme "truc de filles". La conversion à l'Islam intégriste (comme au catholicisme conservateur) est aussi un signe de cette recherche d'un univers mental macho par certains. On pose à juste titre la question des "modèles féminins" auxquels les filles pourraient s'identifier pour accéder aux univers masculins. Mais quels modèles masculins égalitariste et heureux offre-t-on aux garçons? Sommes nous stupides au point de penser que ça puisse se faire tout seul? Oui je m'inquiète pour les garçons quand je vois leurs réactions face à un changement qu'ils ne refusent pas mais qu'ils doivent gérer seuls, face à une attente qu'ils comprennent mais ne savent pas incarner. L'Eglise peut être (et est souvent) un lieu de cette expérience, parce que le Christ, offre une image d'homme valorisante et égalitaire, parce que le baptême est le même pour tous. Mais force est de constater que même dans les groupes de jeunes chrétiens, il y a 70% de filles : pourquoi les garçons partent-ils? Qu'est-ce que la catéchèse et l'Eglise proposent, ou pas, qui les fasse ainsi fuir? Oui je trouve naif, irresponsable et inhumain, de ne pas accompagner la lutte pour l'égalité d'un réel travail de formation des garçons et des filles à ce changement.

@ Lea Vous avez raison d'attirer notre attention sur le mal être des garçons et des hommes de tout âge devant la transformation des modèles masculin et féminin. Je n'ai pas de réponse toute faite à cela. Un point qui me semble inexact: pourquoi dites-vous que ce sont les femmes qui refusent le partage des responsabilités parentales après le divorce? Et pourquoi dites-vous que ce sont "les féministes" qui font cela? Vous reprenez un reproche fait par des pères qui n'ont pas su ou pas pu trouver un accord paisible avec leurs ex-épouses. Ces situations sont désolantes, mais elles ne sont pas le fait des féministes. Les femmes qui, blessées par un divorce mal "digéré", tentent de retrouver le respect d'elles-mêmes en se posant comme seules "propriétaires" des enfants, sont des femmes qui, après avoir été piégées par un modèle illusoire du couple, se raccrochent à une image mégalomaniaque de la maternité. Cette image est néfaste pour les enfants et à long terme destructrice pour elles-mêmes. Je n'appelle pas ça du féminisme.

Assez d'accord avec Léa. Ce sont les jeunes hommes qui pâtissent le plus aujourd'hui dans nos sociétés évoluées. Le meilleur exemple, c'est l'histoire de tous ces pères qui ne peuvent pas voir leurs enfants...

Hello Anne-Marie La subordination des femmes aux hommes dans le mariage religieux du moins, a aussi fonction de retirer aux femmes le statut d'adulte et d'égale de l'homme dans la relation et la vie de couple comme de famille. La femme est considérée essentiellement comme une petite fille que l'homme doit diriger comme une domestique à son service et sur laquelle il doit maintenir une autorité absolue, peu importe les moyens de répression utilisés. Grosjean en bon intégriste a gardé cette vision réac et sexiste de la femme, considérée par lui comme la seule situation acceptable pour une femme qui se voudrait "respectable". Ce portrait sexiste a été véhiculé aux femmes jusque dans les années 70 par des ligues catholiques féminines, les patronages et c'est encore enseigné dans les milieux intégristes. Quand j'avais 15 ans, ma mère (âgée aujourd'hui de 82 ans) m'a remis un petit bouquin paru quand elle avait 20 ans et qu'elle avait reçu en cadeau soit au patronage, soit aux Enfants de Marie début des années 50 (le livre date de 1951). Ce bouquin est un empilage de clichés sexistes, de recommandations aux femmes pour qu'elles restent soumises à leur conjoint et entièrement dévouées aux tâches domestiques et familiales. Le livre s'intitule: "le Code du Bonheur ou l'art d'être heureux en ménage". Editions Foyer Rural. Si le contenu m'a toujours fait horreur, je l'ai gardé comme témoin d'une époque où les adolescentes étaient complètement conditionnées religieusement et bien sûr, énormément culpabilisées. Ce qui fait qu'encore aujourd'hui, pas mal de femmes n'osent encore pas se vivre de façon libre. Beaucoup de tabous demeurent malgré des avancées féministes certaines et une présentation publicitaire et médiatique provocante. Je mesure l'écart qu'il y a entre la réalité de la vie de pas mal de femmes (qui ont bien du mal à se libérer et s'autocensurent régulièrement) et ce qui devrait en théorie avoir été dépassé.

@Françoise, moi aussi j'ai ce bouquin dans ma bibliothèque, comme témoin, pour ne pas oublier ce qu'on a dit aux femmes il n'y pas si longtemps encore… et éviter qu'on y retourne.

@Léa Je ne crois pas du tout que les femmes refusent la garde aux hommes après un divorce ou la garde alternée. La réalité est que peu d'hommes réclament la garde et encore moins souhaitent assumer les enfants après un divorce. Le nombre d'avocats qui bataillent pour que les femmes divorcées puissent obtenir une pension alimentaire non pour elles mais seulement pour les enfants, c'est gigantesque. Ca représente plus de 65% des affaires traitées quotidiennement par les avocats. Les hommes qui souhaitent la garde sont rares. Et lorsqu'ils souhaitent l'obtenir, c'est généralement de façon alternée (très peu prendraient en charge tout seuls des enfants), et ils font en sorte de ne pas s'occuper des enfants mais de trouver une nouvelle compagne qui va les gérer à leur place. Ca vient que dès l'enfance, la société, les parents leur enseignent à ne pas s'impliquer dans différentes responsabilités, dont par contre, on charge les fillettes avec des incitations culpabilisantes. La virilité est encore construite sur une image machiste et un rapport de dominant vis à vis des femmes, un rapport de défiance vis à vis des sentiments, de l'affection, de la sensibilité, du savoir. Derrière, c'est la peur aussi panique de passer pour homosexuel et donc de ne pas être intégré ni reconnu socialement qui guident ces éducations. Nous autres filles ne sommes pas éduquées dans ce schéma. Mais nous restons éduquées dans du sacrificiel malgré les avancées féministes. L'autocensure fonctionne chez nous à plein régime. Et beaucoup de femmes n'arrivent toujours pas à se vivre en tant que femmes et se réfugient dans la maternité et la soumission au conjoint pour avoir l'impression simplement d'exister socialement et d'être reconnues.

OK avec Anne-marie, il ne faut pas refaire à la jeune génération d'aujourd'hui le "coup" qui fut fait à celle des années 60: "faut pas déranger les anciens dans leurs certitudes, alors patience, faut les comprendre". Comme si comprendre ne pouvait se traduire par abdiquer, ou faire silence. Les anciens ne sont pas tous incapables d'accepter de se mettre en question, et il y a des rigides et des souples de tous âges, ... et sexe.

Intéressante, la dernière interview du pape François, dans la revue Études. En voici un extrait, qui n'a certainement pas échappé à la vigilance du Comité. « Il est nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. Je crains la solution du “machisme en jupe” car la femme a une structure différente de l’homme. Les discours que j’entends sur le rôle des femmes sont souvent inspirés par une idéologie machiste. Les femmes soulèvent des questions que l’on doit affronter. L’Église ne peut pas être elle-même sans les femmes et le rôle qu’elles jouent. La femme lui est indispensable. Marie, une femme, est plus importante que les évêques. Je dis cela parce qu'il ne faut pas confondre la fonction avec la dignité. Il faut travailler davantage pour élaborer une théologie approfondie du féminin. C'est seulement lorsqu'on aura accompli ce passage qu'il sera possible de mieux réfléchir sur le fonctionnement interne de l'Église. Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes ».

Une théologie approfondie du féminin... (dit le pape François) Et pourquoi pas du masculin? Des hommes vont imaginer une théologie du féminin... pas sure que cela soit une grande réussite. Quand on verra des femmes dans des lieux de pouvoir jusqu'au plus haut niveau on pourra peut être en rediscuter.

Eh oui, combien de temps avant qu'il soit évident que les femmes sont d'abord des hommes comme les autres, et de surcroit des femmes. Il faut se battre contre le terme de différence car la différence est toujours synonyme de non égalité. En revanche, on peut être distinct. Deux "éléments" pour employer un terme neutres peuvent être distinct et égaux, en revanche, le langage courant suppose que des élément qui sont différents ne sont pas égaux. Mais moi aussi j'attends avec une certaine impatience une encyclique qui serait titrée "De viris dignitatem". Il y a du boulot, le champ de recherche est vierge.

Et comment dirait-on en latin "de la dignité de l'humanité en l'un et l'autre sexe?" Ou encore, "de l'indignité de l'inégalité entre humains"? Ou encore, "de la ridiculitude de la prétention virile?" (notez que je pourrais dire ça avec des mots salés, que je m'interdis en public)

j'aime beaucoup la ridiculitude. ça me donne envie de, vous raconter une histoire que rapporte l'ethnologue Margareth Mead. Elle rencontre un peuple dans lequel les hommes ont une dévotion à un grand totem très phallique. Les femmes sont écartées des cérémonies. Or, elle constate que lorsque les hommes en grand attirail de guerriers, emplumés, armés et maquillés vont en processions vers le totem qui est hors du village, dans une clairière "sacrée", les femmes se placent à la sortie du village, et sur le passage des hommes, elles rient fort en les montrant du doigt. L'ethnologue leur demande pourquoi elles rient et elle répondent que c'est parce qu'elles, elles savent ce que leurs hommes ont en-dessous de leur pagne… Toute ressemblance avec des comportements "civilisés" serait évidemment fortuite… Mais grâce à Estelle, nous nous retrouvons soeurs dans le rire.

Dans la même veine, les homélies du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine valent leur pesant de cacahouètes.

Zoe : vraiment :Une théologie approfondie du féminin… (dit le pape François) mais c'est génial, aidons le : chapitre 1 : les femmes ont elles une âme ??

Entre les fautes de latin et les clichés, je ne sais pas vraiment par où commencer! Asinus asinum fricat. Je garde l'aphorisme au masculin tout en l'imaginant au féminin : cette page en est un bel exemple. Le résultat en est une espèce de curée (pardonnez cet humour déplacé) et l'infortuné abbé Grosjean se voit chargé de tous les maux de l'Eglise. Je suis moi aussi un jeune prêtre... et je porte même, suprême provocation, le col romain. Cela dit, je trouve que vous donnez beaucoup d'importance à un simple morceau de plastique (@ Jean-Pierre : il n'est donc pas nécessaire de l'empeser). Et puisque nous en sommes à l'heure des confidences, je vous avouerai que porter le col romain aujourd'hui n'est pas facile et, à part dans quelques rares mariages, il n'est en rien un refuge. Pour moi, c'est un petit témoignage qui me coûte un peu parfois. La question de fond sur cette invasion de couleur noire dans la vie de l'Eglise mérite d'être posée. Comment se fait-il que ce type de prêtre, absolument minoritaire pendant quarante années, tende à devenir majoritaire dans les ordinations? Où sont les autres? Je ne crois pas que l'institution soit à l'origine de cela : les séminaires ont plutôt tendance à freiner les ardeurs traditionnelles de leurs résidents! Comment se fait-il que les jeunes à qui nous avons à faire, plébiscitent eux-mêmes ce courant? Je note deux axes qui me paraissent capitaux : 1- Pour transmettre, il faut accepter de recevoir. Les décennies post-conciliaires se sont souvent situées dans une logique inverse (il fallait changer, être moderne, surtout pas comme avant). Je pense que la manière dont a été traitée l'héritage contredisait la logique d'une transmission. Implicitement, nous avons nié l'importance de l'acte de recevoir par une défiance généralisée, y compris dans les détails. Celui qui est fidèle dans les petites choses (y compris celles qui, relatives, n'ont pas beaucoup de valeur) le sera dans les grandes. 2- Il y a une cohérence que l'on ne peut nier. En une période de trouble profond de l'identité (y compris celle que nous confère le baptême), le catholicisme traditionnel,parfois avec ses pesanteurs, a une cohérence qui a bien souvent été perdue ou négligée : en soulignant la distinction, il rappelle aussi la nécessité. Comment a-t-on pu être aussi hésitant sur notre identité chrétienne qui, loin de nous fermer, nous ouvre sur les autres tout en sauvant la distinction? Beaucoup des prêtres que vous fustigez viennent de milieux que la sociologie qualifierait de "progressistes". Je m'efforce de ne pas trop regarder en arrière lorsque je laboure mais je vous rappelle que, pour moi, le passé (les années 80) est constitué de célébrations délirantes empreintes d'un hyper-réalisme desséchant et agrémenté de mélodies jazzy d'une expression et d'une esthétique parfois douteuses. Comment se fait-il que la pastorale de l'ouverture à tout prix n'ait pas rempli nos églises et nos séminaires? Dans mes activités pastorales, je vois que ce qui est traditionnel choque surtout certains catholiques pratiquants : ("retour en arrière", "situation pré-conciliaire". Si je devais supprimer tout ce qui date d'avant le concile, je resterais le seul dans l'église! En revanche, les personnes plus éloignées de l'Eglise se retrouvent de façon surprenante dans des gestes, des attitudes, une posture qu'ils identifient à quelque chose de naturel pour la liturgie. Le compliment qui me touche le plus est celui que j'entends aux enterrements : "Vous êtes vraiment moderne". J'en perds mon latin. Je ne suis pas obsédé par la liturgie, même si je lui accorde une grande importance car elle révèle aussi une manière de se situer. Les femmes sont mes principales "collaboratrices" au quotidien. C'est pour moi une des grandes richesses de ma vie de prêtre, donnée, maladroitement et bien imparfaitement, à Dieu et à son Eglise. J'ai été déjà trop long. Je ne veux pas créer de polémique supplémentaire car je pense que notre Eglise est assez tourmentée ces temps-ci. Merci de m'avoir lu. Pardon si je vous ai agacé(e)s.

L'abbé Grosjean me semble être tout sauf "infortuné" et ce à tous égards. Votre illustration et défense, assez corporatiste, dont j'avoue, je ne vois guère la pointe sinon de vouer aux gémonies ceux et celles qui ont tenu la maison dans les décennies précédentes n'a pas grand chose à voir avec les sombres sottises énoncées par l'abbé en question. Vous êtes une jeune prêtre en col romain, et vous semblez en faire une sorte de légion d'honneur, soit, on place son honneur où on veut. Mais sur le fond de ce que vous dites, vous pouvez bien sûr essayer de remplir l'un ou l'autre de vos église en dealant de la religion, du sacré, de l'élévation de l'âme. Je n'ai qu'une question, en quoi est-ce chrétien? Vous parlez d'identité, mais est-il nécessaire que nos en ayons une, en quoi pourrions-nous prétendre être différents des autres? Notre baptême n'est pas une identité mais une mission, celle d'être signe de l'amour et de la miséricorde de Dieu, celle d'annoncer au monde son Salut. Souvenez-vous que nous ne disons pas aux gens ce qu'ils ont à faire pour être sauvés, ils le sont, nous ne sauvons pas leurs âmes, elles le sont. Nous leur annonçons cette bonne nouvelle. Notre seule distinction tient à la joie qui devrait être la nôtre d'être conscient de ce Salut.

Boustrophédon, merci pour votre témoignage.

@ Lea : Merci pour ces quelques mots qui me vont droit au coeur. @ Christine Pedotti : Chère Madame, Je suis un peu surpris par votre théologie du baptême un peu déroutante. Il pourrait être utile de relire quelques passages des évangiles, saint Paul, quelques Pères de l'Eglise et pourquoi pas le Concile Vatican II! Je vous indiquerai les passages. Plutôt que de contredire point par point votre jugement, j'ai décidé d'abonder dans votre sens. Quelle chance! - Corporatisme : oui, j'appartiens à un corps, vieux de 2000 ans, avec ses grandeurs et ses faiblesses, avec son héritage et ses ruptures. Cela dit, vous remarquerez que j'ai aussi une distance critique avec certains prêtres dont je sais remettre en cause la pastorale. Je ne suis pas prêtre "malgré" le célibat, la solitude, les affaires sordides. Je sais ce que c'est que de s'allonger sur le dallage d'une cathédrale. Je connais les angoisses, les veilles de la nuit, le débordement, la lassitude, l'ingratitude. Je me méfie des critiques, faciles à notre époque, des représentants de l'institution. - J'ignorais que je me faisais une légion d'honneur de mon col en plastique. Oui, comme le dit l'ancien adage (onus honos), la charge est un honneur. C'est un honneur que de servir le Christ, y compris quand les paroles que je prononce me donnent le vertige en contemplant mon indignité dont je ne me fais plus aucune illusion. - Dealer du sacré et remplir les églises n'a rien de chrétien. Le culte extérieur n'a en soi aucune valeur s'il ne favorise le culte intérieur. Pie XII ne dit rien d'autre dans Mediator Dei! Si le culte extérieur présente le danger du pharisaïsme, le saborder ne permet pas pour autant le culte intérieur. J'ai quand même tendance à penser que des gens qui vont dans nos églises écoutent un petit peu la Parole de Dieu et se nourrissent parfois de l'Eucharistie, ce qui ne peut leur faire de mal. En tant que prêtre, je préfère encore voir mes paroissiens à l'église plutôt que de les savoir en train de faire du VTT, même si le vélo est certainement un moyen privilégié d'accueillir le Salut qui nous a été acquis pas le Christ. - En fait, je vais pouvoir me reposer : Le salut est acquis pour tous, volens nolens. Le baptême ne sert à peu près à rien. Remplir les églises et élever les âmes n'est plus à l'ordre du jour. J'ai déjà repassé ma chemise hawaïenne. Je vais donc être payé 1000€ par mois pour être comme tout le monde, au milieu de chrétiens comme tout le monde, et me réjouir du salut qui vient. Merci. Avec toute mon amitié, Boustrophédon PS. Je ne me suis attaché qu'à la forme. Je tâcherai de traîter l'argumentation de l'abbé Grosjean.

Je vais imputer votre arrogance à votre jeunesse et l'oublier… et ne vous répondre en rien. J'espère de tout mon coeur que vous êtes sincère, auquel cas, la vie se chargera de vous enseigner, mais pour l'heure, vous me navrez.

Boustrophédon : "Je vais donc être payé 1000€ par mois pour être comme tout le monde, au milieu de chrétiens comme tout le monde, et me réjouir du salut qui vient." Mais bien évidemment que vous êtes payé pour être comme tout le monde !! Vous êtes même très chanceux,Jésus, lui, travaillait le bois,Pierre pêchait, Paul fabriquait des tentes....comme tout le monde ils travaillaient de leurs mains ! Et Dieu s'est fait homme pour être un homme comme tout le monde, au milieu du monde en se réjouissant du salut...non ? Vous révélez par cette exclamation le fossé longtemps creusé entre le clergé sacré (séparé du monde)et laïcs qui mettent les mains dans le cambouis...Sûr, vous aurez des paroissiens qui vous aimeront et vous caresseront dans le sens du poil et vous vieillirez comblé, mais aurez vous bien compris l'incarnation..

L'écriture boustophédron alterne lignes de gauche à droite et de droite à gauche, comme le sillon d'un champ. L'image belle est malcommode pour écrire, en sorte que cette écriture fut vite abandonnée et perdura quelques temps au service d'initiés (prêtres, magie, jeteurs de sorts). Au fond, dans les années 60/70, pas mal de prêtres à l'aise dans la société du temps se sont réjouis du concile, tout en comprenant certaines prudences. Ayant ensuite compris le rétropédalage institutionnel, ils ont commencé à partir (ceux de 40 ans, pas ceux de 55) dès les années 60 vu le rétropédalage engagé sous P6, et ce mouvement s'est achevé avec la décennie 90. Il y a désormais peu de "nouveaux prêtres", et ils sont majoritairement typés "Michel de Saint Pierre" et pas "Bernanos". Pour faire simple et conscient de la caricature, ce moins de vocations et ce type de vocation résulte des nominations épiscopales, et de l'orientation "mouvements cléricaux, inffluence, argent" -Opus, Légionnaires, charismatiques en tous genres, chevaliers de Colomb, et autres nouvelles congrégations- par "opposition" à l'action catholique et aux paroisses faites d'accueil de la diversité. Pour le vulgus pecum mal dégrossi auquel j'appartiens, ces "nouveaux prêtres" sont à côté de la plaque. C'est pourquoi l’Église du silence (ces 80 à 90% de catholiques qui ne veulent plus mettre les pieds dans l'église) rejettent le sacré, les sacrements, le secret, les dénis (refus d'affronter simplement les vrais pbs en se cachant derrière une fausse "science" des écritures, et en abusant d'arguments d'autorités. Cette Eglise se réjouit de la prudence "bien orientée" de François, et demeure néanmoins, par prudence, en retrait (une hirondelle ne fait pas le printemps). Vous aurez je suppose eut le temps de regarder une excellent émission sur Arte, avec notamment les allusions à la mort de JP1er (fumet IOR, Marcinkus, P2, Andreotti). Comme Christine, je vous souhaite bon vent, car si fort différent que nous soyons, nous n'en sommes pas moins dans l’Église que nous souhaitons vivante au delà des apparences.

Bonsoir Merci pour ce texte. Les autorités de l'eglise placent la maternité au centre de toute l'existence des femmes laiques catholiques.... Qu'en est il des lors de celles qui ne peuvent pas avoir d'enfants ? Pour elles (nous) encore aujourd'hui dans les paroisses pas un mot de soutien. Il faut se taire et n'etre considérées (comme Sarah et Rachel ou Elisabeth en leur temps) que comme des femmes (?)"non bénies" incompletes. Il faut accepter d'etre simplement oubliées (comme les couples infertiles d'aileurs) des prieres des eglises. Quelle souffrance à la fetes des meres quand la priere est pour : les femmes qui furent, sont et seront meres.... . Mais quelle joie que ce texte qui rend enfin un peu justice à ces femmes là, celles qui "n'ont pas ete, ne sont pas et ne seront jamais meres"... Catherine de Sienne, Sœur Emmanuelle, Edith Stein,Thérèse d’Avila, Claire d’Assise, Hildegarde,Jeanne d’Arc.......... Merci au delà des controverses theologiques ce soir cela m'a remis un peu de baume au coeur

J'ajoute, Mailen, que même quand on a enfanté une ou plusieurs fois dans sa vie, même si on l'a vécu comme l'une des plus grandes joies qui soit possible, on n'a pas nécessairement envie d'être définie comme "une mère".

Chère Anne Marie Qu'une mère soit une femme avant et au delà de sa maternité cela me parait évident! Je crois malheureusement que pour l'Eglise ça l'est beaucoup moins....... Merci de l'avoir rappelé.

A Jean Pierre. Les chevaliers de Colomb (Knights of Colombus)ne sont nullement un mouvement clérical mais au contraire un mouvement de laïcs très vivant aux Etat-Unis et au Canada anglophone. Ils gèrent une sorte de compagnie d'assurances très puissante à laquele adhèrent presuqe tous les catholiques. Certes il y a un peu de folklore (bicorne et épées) cmme on l'aime aux USA mais cela n'a rien de réactionnaire bien au contraire. Il faut avoir vécu un long moment aux USA pour comprendre car le catholicisme américain est très difféent du catholicisme français. Voici le lien vers leur site : http://www.kofc.org/un/en/ SVP sortez de votre bulle (sans jeu de mots) franco-française.

Oui, Isa, à chacun de veiller à ne pas être dans une bulle. Être exigeant avec ce qu'on aime est assez normal, ne pas l'être ou l'être trop relève de la bulle. Oui, les chevaliers de Colomb est un club clérical, ce qui ne veut pas dire qu'il s'agit de clercs. De même, l'Opus est clérical sans être constitué que de clercs. On peut ne pas savoir, avoir oublié, n'avoir pas cherché à savoir, n'avoir pas été informé que vatikileaks puis la démission de B16 ont été compris par nombre de commentateurs sérieux comme des fruits d'une lutte de pouvoir entre Opus et chevaliers de Colomb. On trouvait alors sur internet quelques indications sur le poids financier de ces clubs très fermés (20 milliards Opus, 70 Chevaliers). Tout a disparu, grand nettoyage! On ne peut par contre pas ignorer que le patron de l'IOR et ami de B16 a été viré par la signature du big boss des chevaliers. Pour finir, j'entendais il y a quelques jours à la radio un rappel de l'appui déterminant qu'apporta le Vatican de JP2 à Gorbatchev et son épouse Raïssa, dans la perestroïka/reconstruction et la glasnost/transparence. C'est à nous d'imposer à l'institution de l'Eglise que nous aimons de réussir ce qu'elle refuse depuis tant de siècles. Pour cela, pas besoin de l'argent des Chevaliers (pour sauver les diocèses américains de la faillite pédophile entre autre), pas besoin d'Opus, de Légionnaires, ... tout au contraire, la reconstruction et la transparence supposent de refuser ce genre de soutiens. J'ai envie de croire que François souhaite réussir une pérestroïka/glasnost. Il ne le pourra pas sans le soutien de nos clairvoyances, et même ainsi, ce sera extrêmement difficile ... et dangereux pour sa vie.

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