Femmes dans l’Église, le visage d’une réelle modernité

Comité de la Jupe

L’Église est un mot féminin. Et selon le pape François, nous ne pouvons pas faire de la théologie en faisant abstraction de cette féminité. Il voudrait même que, dans cette Église moderne, la présence féminine y soit encore plus incisive ! Le ton est donné !  

Pourtant, il ne faut pas s’en cacher, une certaine misogynie règne encore dans l’institution ecclésiale et dans l’exercice des responsabilités qui y sont partagées. Et la question de la place des femmes en énerve plus d’un ! Il est vrai qu’elles commencent à faire parler d’elles, à exercer certaines responsabilités et à questionner la lecture masculine de la Bible et de la vie de l’Église en général. Au sein de cette grande famille encore trop souvent traditionnelle, deux femmes ont accepté de nous parler de leur engagement respectif. Deux témoignages mais également deux chemins de vie bien différents l’un de l’autre. Avec une volonté commune cependant : être femme et d’Église!

Pionnières

À l’Unité Pastorale (UP) « Les Cerisiers », de Watermael-Boitsfort, c’est en effet une femme qui est aux commandes. Une nomination qui a surpris tout le monde, à l’époque. C’était il y a trois ans. « C’était nouveau dans l’Église. En même temps, Mgr Kockerols (ndlr : évêque auxiliaire de Bruxelles) nommait une religieuse, sœur Anne Peyremorte, pour l’Unité Pastorale du Kerkebeek (Schaerbeek, Evere et Haren)… Mais, moi, j’étais laïque, mariée et mère de famille nombreuse. Ce n’était pas pareil. J’ai d’ailleurs été très surprise de son choix comme coordinatrice d’UP », précise d’emblée Céline Windey.

Et, en effet, ce n’était pas gagné d’avance. Certains paroissiens redoutaient qu’elle ne prenne la place des prêtres qui assuraient les célébrations. Et surtout, que sa vie familiale l’empêche d’assumer les nombreuses tâches qui l’attendaient. Une frilosité minoritaire, il faut l’avouer car l’engagement de la jeune femme était déjà bien connu et respecté à Watermael-Boitsfort depuis quelques années. Mais il est vrai qu’avec quatre enfants, ses journées étaient bien remplies et qu’à la tête de cinq paroisses, elle jongle dorénavant entre ses agendas professionnel et personnel, mais pas plus que la plupart des jeunes femmes modernes.

Au sein de l’Église, elle est quand même consciente d’être une pionnière en la matière. « Le fait que je sois une femme mariée, avec enfants, faisait dire aux gens que je ne m’en sortirais pas toute seule. » Mais, s’en sortir toute seule, elle n’en avait d’ailleurs aucune envie, elle visait au contraire à s’entourer. Encore fallait-il qu’elle crée autour d’elle de véritables relais, qu’elle invente une nouvelle manière de travailler. « Ce n’est pas évident d’être ‘lâchée’ comme ça en se demandant ce qu’on va créer, ce qu’on va inventer. Bien sûr, les laïcs ont leur place dans les églises traditionnelles à l’heure actuelle. Mais il faut savoir prendre cette place et vraiment dans le respect de chacun. Si c’est en étant en concurrence les uns avec les autres, si c’est moi qui deviens responsable en prenant le pouvoir, ce n’est pas intéressant », poursuit Céline Windey.

Dès le départ, Céline ancre donc son leadership sur la co-responsabilité et la délégation des tâches pour assurer la vie de la communauté des Cerisiers. Jusqu’à présent, deux prêtres l’épaulent pour les célébrations et de solides équipes sont actives sur le terrain paroissial : catéchèse, funérailles, visites de malades, groupes d’ados, entraide… Une manière d’être sur tous les fronts pour apporter une parole d’Évangile aux demandes pastorales de plus en plus nombreuses. Un défi pour l’avenir pour cette jeune femme, mais qu’elle relève pleine d’enthousiasme, sans l’ombre d’un doute !

Une religieuse bien de son temps

Sur les hauts de Saint-Hubert, il existe un lieu-dit « Hurtebise », et un monastère créé il y a bien longtemps. En 1938 plus exactement. Aujourd’hui, elles sont encore une quinzaine de religieuses à y vivre selon la règle de Saint Benoît et parmi elles, une bénédictine au tempérament bien trempé, Sœur Marie-Raphaël. Sœur hôtelière, elle accueille régulièrement des groupes venus faire une pause spirituelle dans ces anciens bâtiments battus par les vents. Une religieuse bien de son temps malgré l’habit et le voile traditionnels et qui, surtout, parle sans tabou de sa féminité. « J’ai l’impression qu’être une femme influence ma façon de croire en Dieu, d’être en relation avec lui et de prier. Des mots me viennent à l’esprit et qui traduisent bien la féminité, comme ‘accueil’, ‘profondeur’, ‘fécondité’, ‘amour’... Des réalités que les hommes expérimentent, bien sûr, mais que les femmes vivent d’une manière qui leur est propre. »Pour moines et moniales, il est évident qu’entrer au monastère, c’est faire abstraction d’une vie de couple et de famille. Un engagement qui se mûrit à la lumière de la foi et qui se renouvelle ou se travaille au quotidien. Alors qu’en advient-il de ce bagage émotionnel que chacun transporte pour Sœur Marie-Raphaël par exemple ? « Quand je suis entrée au monastère, je n’ai pas choisi le célibat, je n’ai pas choisi de ne pas être mère, ce n’est pas cela le choix. Mon choix, c’est d’être aimantée par la vie monastique. C’est là que le Seigneur m’attend. Bien sûr, il y a des deuils à faire, des moments où certaines questions sont revenues de manière plus aiguë, où je me suis interrogée sur ce qu’il fallait faire avec toute cette tendresse qui était en moi, et qui ne fait que grandir, pour qu’elle puisse s’épancher quelque part ? Il ne faut pas refouler la question, surtout pas. Il faut la vivre dans la confiance, la prière et découvrir qu’au fond, c’est justement là que le Seigneur fait irruption et m’entraîne plus loin. » Au monastère d’Hurtebise, Sœur Marie-Raphaël n’a pas son pareil pour partager ses choix de vie aux étudiants qui la questionnent. Car la vie monastique a de quoi intriguer les plus blasés d’entre eux ! Sans relâche, elle raconte, encore et encore, le chemin qu’elle a voulu emprunter sur les pas du Christ, sans regret mais sans masquer les pierres… qui jonchent tous les chemins d’ailleurs. Pour elle, le plus important est « d’accueillir le manque. Il fait s’ouvrir des portes. Et c’est là qu’on se découvre féconde… d’une manière inattendue. »

Corine Owen – 2 juin 2016 –

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