Etre une fillette au Yémen

Comité de la Jupe

Le problème des mariages forcés de fillettes pré-pubères au Yémen a récemment attiré mon attention.

Voici peu de temps, deux fillettes, d’un courage exemplaire et d’une ténacité sans faille, ont ému tout à la fois le monde Arabe et le monde Occidental, en demandant elles-mêmes le divorce.

Nujood A.., mariée à dix ans à un homme de trente, violée et maltraitée ; Arwa H.., mariée à 8 ans à un homme de trente cinq, ont obtenu gain de cause auprès des juges, soutenues par une avocate spécialisée dans la défense des droits humains.

Elham,13 ans, a eu moins de chance. Elle est décédée d’une hémorragie consécutive à des rapports répétés et violents, dix jours après ses noces.

Ces enfants martyres sont des symptômes de la misère dans laquelle vit la population du Yémen. Un peuple qui a commencé, lors du « Printemps Arabe », à se soulever contre un régime autoritaire.

La misère économique et culturelle est un cercle vicieux dans lequel se débattent les femmes yéménites ; leur situation est une des pires au monde :

Si une grande partie de la population est illettrée, ce taux atteint 85% chez les femmes. 42% des décès de femmes entre 15 et 49 ans sont dus à de mauvaises conditions d’accouchement. Le taux de mortalité infantile avant l’âge de 5 ans est le plus élevé au monde.

La pratique ancestrale des mariages précoces a été pervertie par la pauvreté.

Jadis, les fillettes étaient mariées entre 11 et 13 ans à de jeunes époux du même âge. Chacun restait chez ses parents jusqu’à la puberté révolue.

La dot était versée, et l’engagement définitif.

Même dans ces circonstances, les décès et complications chez les accouchées de moins de dix huit ans étaient fréquents. Des campagnes publiques ont donc été menées par l’ancien régime pro- communiste, pour prévenir les unions et grossesses précoces.

Pour lutter contre ce régime, l’actuel pouvoir en place s’est allié à des conservateurs Musulmans. Ceux-ci ont prôné les mariages précoces, sous le prétexte qu’Aïcha, l’épouse préférée du Prophète, n’avait que 9 ans lors de ses noces.

Aujourd’hui, la pauvreté et le manque d’éducation font que les parents ressentent leurs filles comme un fardeau économique. Ils les marient le plus tôt possible, à des hommes mûrs qui peuvent offrir la plus grosse dot, sans mesurer les conséquences de cette pratique.

« Il ne s’agit pas de mariage », dit l’avocate de Nujood et Arwa, » mais de viol légal ».

Quant aux religieux, tous ne sont pas de l’avis des fondamentalistes.

S. Al Qadhi est imam et membre du Parlement Yéménite, il a soutenu à ce titre la loi qui fixe l’âge légal du mariage à 17 ans.

« Il est absurde de se prévaloir de faits qui datent d’il y a 1400 ans », a-t-il déclaré, « époque où la conception de l’enfance et de la protection qui lui est due était différente ».

La loi a été votée, mais les conservateurs l’ont dénoncée comme « anti-islamique ». L’appliquer est difficile.

Ces religieux qui ne comprennent plus la notion d’enfance, dés qu’il s’agit de personnes de sexe féminin, m’ont rappelé l’affaire catholique du Brésil, en 2008 : un évêque avait excommunié la mère d’une fillette de 9 ans enceinte suite à un inceste , pour l’avoir fait avorter avec l’accord des médecins.

Or, il ne s’agit pas là de « théories » intellectuelles, mais de constats biologiques  et scientifiques : des corps pré-pubères ne peuvent supporter sans graves dommages pouvant aller jusqu’à la mort, des relations sexuelles avec des adultes, ou une grossesse. Des psychismes d’enfants non plus.

Il s’agit tout bonnement de tortures.

Qui sont donc ces hommes qui réclament au nom de Dieu le martyre d’enfants ?

Le Dieu auquel nous croyons, quelle que soit la religion du Livre à laquelle nous appartenons, n’a jamais exigé semblable sacrifice, Lui qui a retenu la main d’Abraham.

Cependant de telles postures ne peuvent qu’être vécues par beaucoup comme une défense de la barbarie, et éloigner de Dieu une partie de ceux qui Le cherchent.

C’est pourquoi nos voix sont importantes, nos voix qui réclament sans cesse la défense de la dignité humaine, sans concessions.

Michelle.C. Drouault.

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