Encore un petit couplet sur les femmes, en direct de la planète Mars

Comité de la Jupe

Il y a des jours où je me demande vraiment si certains prélats de l’Eglise catholique sont vraiment des hommes vivants sur cette planète tant leur regard sur le monde est à côté de la plaque. Dernier exemple ? Les évêques, réunis en synode du 7 au 28 octobre dernier sur le thème de « la nouvelle évangélisation » ont voté une liste de 58 propositions présentées à la fin par Benoît XVI. La proposition 46 concerne la « Collaboration des hommes et des femmes dans l’Eglise ».

Proposition 46 : Collaboration des hommes et des femmes dans l’Eglise

L’Église apprécie l'égale dignité, dans la société, des hommes et des femmes créés à l'image de Dieu et dans l’Église, en raison de leur vocation commune de baptisés dans le Christ.

Les pasteurs de l’Église ont reconnu les capacités spécifiques des femmes, tels que leur attention aux autres et leurs dons pour l’éducation et la compassion, tout particulièrement dans leur vocation de mères.

Les femmes sont témoins avec les hommes de l’Évangile de la vie grâce à leur dévouement à la transmission de la vie dans la famille. Ensemble, ils aident à garder la foi vivante. Le synode reconnaît qu’aujourd'hui, les femmes (laïques et religieuses) contribuent avec les hommes à la réflexion théologique à tous les niveaux et partagent des responsabilités pastorales avec eux dans de nouvelles voies, faisant ainsi avancer la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi.

Si l’on apprécie le premier paragraphe qui rappelle (fort heureusement) l’égale dignité des hommes et femmes dans l’Eglise, les deuxièmes et troisièmes paragraphes sont tout simplement nauséabonds.

N’est-ce pas écœurant de lire que ces messieurs croient encore aux "capacités spécifiques des femmes"!!! Apparemment, ils ont dû louper toute la période (un bon siècle quand même !) où les femmes ne sont plus cantonnées à des emplois d’infirmières ou de professeurs, métiers où elles peuvent déployer toute la panoplie de leurs talents innés en matière d’amour du prochain, de compassion et de maternage. Ils n’ont pas dû voir non plus que Margaret Thatcher était une femme.

Écrire et voter de telles énormités est bien sûr révoltant pour les femmes, mais tellement dégradant pour les hommes! Car cela revient à dire que n'importe quel homme, quoi qu’il fasse, ne sera jamais à la hauteur de sa compagne en matière d'éducation de ses enfants, et en général en matière d'amour envers son prochain, parce que, n’étant pas programmé génétiquement pour donner la vie, il n’est finalement qu’un grand handicapé de l’altruisme et de la compassion. C'est du grand n'importe quoi!!! Ces messieurs ne regardent jamais autour d’eux ? Ils n’ont pas d’exemple de frères, de cousins, de petits-neveux qui ont cet instinct paternel, aussi fort que celui de la mère, celui qui notamment fait qu’ils tiennent la main de leur femme au moment où cette dernière accouche ? Et quid des hommes et femmes qui ne peuvent donner la vie mais sont prêts, par l’adoption à accueillir un enfant ? Ils sont moins aptes à la vocation de la famille ?

Reparlons-en de la vocation ! Le summum de l’absurdité et de la bêtise revient encore avec la mention de "vocation de mère". Ah, la sacro-sainte vocation de la mère ! Ah, le modèle de la Sainte Vierge Marie ! Outre le poids (et les stéréotypes) que cela met sur les épaules des femmes, encore une fois, cela est dégradant pour les hommes. Et leur vocation de père à eux? Est-elle purement matérielle ? Merci de ramener l’argent qui nourrit la famille et éventuellement de faire un bisou aux enfants avant de les coucher et basta ?

Et encore au-delà, cela renvoie une fois de plus au problème global des "vocations" : chacun dans sa case et merci de ne pas faire de vagues. Car in fine, les femmes sont priées de faire des enfants ... avec qui on se le demande, puisque les hommes ont vocation à la prêtrise comme nous le rappelle chaque année la journée des vocations.

Comment l’Église catholique peut-elle encore de nos jours voter des textes qui enferment autant les êtres humains ? Comment peut-on s’appliquer consciemment et consciencieusement à monter des murs entre les personnes, à déterminer ainsi leur vie et leurs actions apostoliques ? Comment peut-on valider de telles inepties et se dire héritiers d’un Christ qui a fait tomber tellement de barrières ? Donc non, cent fois non, hommes et femmes ne pouvons recevoir en paix cette proposition du synode.

(Je ne serai pas aigrie jusqu’au bout, puisque mes jupes et moi apprécions grandement le fait que le synode reconnaisse que les femmes participent à la réflexion théologique et peuvent avoir des responsabilités pastorales.)

Estelle R.

Share

Commentaires

Si quelqu'un pouvait émettre un avis sur le sens qui peut être donné au restrictif "dans la société" du 1er paragraphe, je suis preneur. Pour ma petite tête et cœur, le groupe des évêques: - soit se considère "à part de la société commune", - soit il considère qu'existe un autre "univers" -ailleurs que dans la société- où cette égale dignité n'existe pas. Dernière explication, idiote celle-là, c'est pour faire joli!

Michelle il me semble que vous exagérez l'idée de groupes de pression. Sont des pères très investis auprès de leur bébé, enfant et adolescent, il est normal et heureux de ne pas le cacher ! Un cela encourage les autres à lâcher leurs blocages et à prioris, deux cela n'ôte rien aux spécificités des femmes. Attention aussi à l'emploi du mot travail: la grossesse et l'accouchement sont un travail de la nature ! et l'éducation n'est pas qu'un travail comme si l'amour était secondaire. Etre parent, c'est d'abord de l'amour et si l'investissement est partagé, tant mieux pour tous !

L’analyse d’Anne-Marie me paraît très pertinente. Les évêques défendent des positions traditionnelles, même s’ils protestent dans leur discours de l’égale dignité des hommes et des femmes ; mais qu’est-ce qu’une dignité qui ne peut s’exercer de fait et qui reste toute théorique ? Une des questions pressantes que l’Eglise ne pourra pas éluder indéfiniment, c’est le lien entre le catholicisme et la civilisation patriarcale dans laquelle il est né et dans laquelle il s’est développé. Ce lien est-il intrinsèque ? Peut-on imaginer des réformes, une élaboration d’autres structures, tout en restant fidèle au dépôt de la foi et à l’essentiel ? La réponse qui a été apportée depuis les années 90 est celle de la restauration et du retour à la tradition ; du même coup, la dimension patriarcale a été réaffirmée, par certains textes du magistère concernant les femmes, par la typologie privilégiée depuis Jean-Paul II, le Christ, modèle masculin, la Vierge Marie, modèle féminin, ensuite par le désir de retrouver la dimension du sacré, recourant à des formes archaïques et faisant du masculin le seul genre habilité à exprimer le sacré. Enfin, les mouvements les plus réactionnaires dans l’Eglise ont été encouragés, comme l’Opus Dei et les légionnaires du Christ. Même si des théologiens assez nombreux, certains évêques et des prêtres appartenant au clergé régulier, comme les Jésuites et les Dominicains, s’inquiètent de ce fossé culturel qui se creuse entre l’Eglise et les normes des démocraties occidentales – je ne parle pas de la société civile, traversée par des courants contradictoires - la tendance est nette : l’opinion dominante est acquise à l’esprit de restauration, croyant défendre une identité catholique. Et les femmes en font les frais. Je suis pessimiste quant à la possibilité d’inverser rapidement la tendance. Tout au plus peut-on l’endiguer et dénoncer clairement les présupposés anthropologiques sous-jacents. Et de ce point de vue, le Comité de la Jupe joue son rôle, même si c’est de façon modeste. En même temps, il me semble que le Christianisme a en lui-même les ressources pour dépasser les difficultés et si les catholiques attachés à l’esprit de Vatican II se réveillent et se fédèrent, il est possible qu’une autre opinion dominante émerge.

Quelle est la différence entre les dogmes catholiques et tel ou tel cours magistral sur l'émancipation des femmes si l'on n'a pas le droit de poser de questions ? Ne risque-t-on pas d'échanger un dogme par un autre ? Je pense que la découverte des rapports de domination entre les genres doit nous prémunir de l'utilisation dogmatique du savoir. Je ne peux pas m'empêcher de faire l'analogie entre votre conclusion et le discours clérical qui valide toutes sortes de dogmes par "si vous ne comprenez pas tout ce que je dis, et le latin, et le grec, et l'hébreu, c'est la preuve que vous êtes un laïc et mois un clerc, et je suis encore bien bon de vous donner deux ou trois sacrements de temps en temps pour vous donner une maigre chance de sortir de l'enfer où vous vous dirigez tout droit".

La différence, Martinus, c'est que ce n'est pas un cours magistral, c'est l'explicitation d'une expérience que font les femmes et que j'ai faite parce que je suis une femme. Il se trouve que j'ai voulu croire pendant des années que l'émancipation des femmes était chose fait, que la génération de ma mère avait fait le travail et que les discours sur la domination masculine étaient ridicule et "has been", et puis le cours de la vie s'est chargé de me rappeler que le système de domination n'était pas mort, très loin de là, ni dans l'Église ni dans la société. Et j'ai fait amende honorable et compris que le combat que la génération de ma mère avait mené n'était pas achevé et que je devrais aux filles qui viendront après moi de continuer et de tenir, et d'être vigilante. C'est une dette que j'ai à l'égard de la génération qui m'a précédée et à l'égard de la génération qui me suis. Ce n'est pas une parole dogmatique, Martinus, c'est une parole d'expérience.

Plein accord Estelle, sauf sur ce 1er paragraphe renforce la suite. - Pourquoi préciser "dans la société"? Peut-être pour ne pas peiner quelques uns d'entre eux, ... et tant pis pour la majorité des baptisés! Il est plus probable que ces messieurs considèrent qu'ils ne sont pas "dans la société". - Pourquoi répéter deux fois Église dans la même phrase? 1/ Église sujet de la phrase: leur assemblée qui apprécie, qui se qualifie de pasteur au second paragraphe. 2/ Église complément indirect de la phrase: les baptisés non ordonnés, les "priés de croire" leurs pasteurs: c'est du bonneteau pour sots moutons. Ces soi-disant pasteurs savent -quand ça les arrange donc toujours- prendre la place d'un Dieu tout-puissant à l'écart des manants. Il est incompréhensible que tant de catholiques continuent de croire une telle fable, pour "débiles mentaux". L'institution a quitté l’Église! OK, il est dur d'en prendra acte, de passer le cap. A quoi bon s'accrocher à un débris qui coule quand le bateau est là, dans une société qui a besoin de notre fraternité, de notre sens spirituel?

Je crois effectivement que l'Eglise manque d'audace en enfermant une fois de plus les femmes, dans la maternité.La question reste de savoir pourquoi une telle rigidité... Je finis par penser que la peur de perdre un pouvoir, ou de le partager, amène notre institution à cantonner les femmes dans ce qui l'arrange : faire des enfants ( et avec un peu de chance des futurs prêtres...) Enfermer les femmes, dans "leurs capacités spécifiques (...)tels que leur attention aux autres et leurs dons pour l’éducation et la compassion" (et au fond souvent dans des tâches pénibles, peu reconnues (voire peu rémunérées)),arrange certains de ces messieurs qui ainsi se donnent bonne conscience à ne pas se retrousser les manches, dans le fastidieux du quotidien, dans l'inévitable difficulté du concret de l'amour. Il faudrait au contraire, inviter les hommes à s'ouvrir davantage à cette mise en oeuvre de l'amour, de la transmission , de l'éducation...qui serait d'un immense bénéfice pour les enfants. Le partage "homme-femme" des difficultés sur le terrain, ouvrirait alors les portes au partage du pouvoir... Mais, voilà un rêve un peu fou... surtout pour l'Eglise...

Trois jours après, toujours aucun commentaire... C'est que les bras nous en tombent!

Merci Estelle !

Hier soir, quand j'ai écrit "toujours aucun commentaire", ceux de Jean-Pierre et de Catherine n'apparaissaient pas encore, bien qu'ils aient été rédigés un peu plus tôt... Je suis d'accord avec les protestations et les colères exprimées par vous tous, mais je ne suis pas sûre que vos interprétations soient les bonnes. Je ne pense pas que l'obstination des évêques à réaffirmer les modèles traditionnels masculin/ féminin soit une question de plus ou moins de courage, plus ou moins de générosité, ni même d'un désir conscient d'accaparer le pouvoir. Que le changement des mentalités sur le genre mette en danger les structures de pouvoir, c'est évident. Mais c'est évident POUR NOUS, pas pour ceux qui défendent les positions traditionnelles. Plus exactement, pour nous, il est évident que l'instauration et le maintien d'une structure de pouvoir est la cause profonde de la répartition des rôles, et de la conception naturaliste des différences homme/ femme. Mais pour ceux qui sont à l'intérieur de ce système de pensée, c'est l'inverse. Pour eux, au commencement était la nature, voulue par Dieu évidemment, et tout le reste, la virginité et le mariage, les enfants qui portent le nom du père, les femmes dévouées et sensibles, les hommes seuls prêtres, etc... tout ceci n'est que conséquence intangible, conséquences qui ne peuvent pas être mauvaises puisque l'origine est divine. Que cette construction soit mythologique n'est absolument pas évident pour un grand nombre de gens, et pas seulement les catholiques, pratiquants ou non. La dernière fois que je suis allée me faire couper les cheveux, ma coiffeuse récriminait contre la première femme de son mari, qui habille sa fille en jean, pull et baskets, estimant que cette femme faisait injure à la féminité de la fillette. J'ignore si ma coiffeuse est chrétienne, mais il est EVIDENT pour elle que la nature d'une fillette est de porter des chemisiers à volants, du vernis rose sur les ongles et de se baigner en maillot deux pièces, bien avant la puberté. Pour bien des gens pas spécialement croyants, la féminité traditionnelle est l'honneur des femmes. Pour faire bref: contrairement à vous, je crois que les évêques sont sincères dans leurs convictions, et qu'ils sont beaucoup mieux en harmonie avec le monde qui nous entoure que vous le pensez; et c'est bien pour cela qu'ils sont dangereux.

Non Anne-Marie H. Je fais crédit à l'aptitude individuelle de la plupart de nos évêques à comprendre suffisamment le monde pour ne pas sortir sans raisons de telles énormités. Mais le groupe, c'est autre chose! Il agit ainsi pour plaire à Rome, servir l'institution. L’œil du nonce est présent! Chacun sait que ces phrases alambiquées n'intéressent que là-haut. Le groupe est devenu peu dangereux car il a perdu, avec Rome, beaucoup d'audience. Eh bien, cela ne me satisfait pas car chacun d'eux accepte ainsi une sorte de "après moi le déluge" que les personnes et les communautés sentent confusément même si cela n'est pas ou peu exprimé. Nota: Le système d'autorité et le sens du mot obéissance -pour être intronisé un évêque fait allégeance sans réserve et en tout au pape- ont été disséqués par François Leprieur (dominicain) dans "quand Rome condamne (Le cerf, Plon, 1989) qui relate en détail la crise des prêtres ouvriers et des théologiens dominicains de 1954: c'est d'une parfaite actualité quant aux méthodes de gouvernance.

Merci pour votre réponse, chère Christine. On sent bien à votre ton, en effet, que vous êtes en lutte et que je suis bien coupable d'être un homme! j'en demande déjà pardon et même si comme vous le savez déjà, grâce à votre expérience, il est probable que je ne comprenne pas ce que vous dites, permettez moi de réfléchir encore! Je ne reviens pas sur la charité manifestée par votre réponse ("Que leur cris, vous arrachent les oreilles et dérangent votre bonne conscience, c’est possible, mais il se trouve que cela nous indiffère"), mettant sans doute cela sous le coup de l'émotion... Vous dites que mon "discours" (il s'agissait en fait de quelques questions! :-)) ignore la réalité. Vous allez même jusqu'à m'accuser indirectement de faire cela sciemment puisque mon discours "veut" ignorer la réalité... Vous reconnaissez pourtant la différence entre hommes et femmes, puisque vous concluez dessus. Mais vous refusez de prendre en compte cette différence, en balayant avec ironie ou mépris ce que vous vous plaisez à appeler le "grand jeu de la « différence » et de la « complémentarité »"... Il me semble qu'il pourrait donc être intéressant de se demander si cette différence ne peut pas avoir une influence sur la façon de vivre cette égalité entre l'homme et la femme. Une égale dignité ne dit pas que tous doivent recevoir, faire, vivre les mêmes choses de la même façon, mais que tous sont appelés à vivre de la vie de Dieu, tous sont appelés à l'union avec le Christ. Je ne vous parle pas, moi, de système ou d'institution, mais de la rencontre avec celui qui disait "celui qui veut être le plus grand se fera le serviteur". Mais n'interprétez pas mal mes propos, je ne veut pas dire pour autant qu'il n'y ait rien à changer ou qu'il faille garder tout ce qui se fait, simplement je suggère que l'on réfléchisse aussi à la question de l'égale dignité sur un autre mode que celui de la lutte. Par exemple je pense que Mère Térésa a beaucoup plus fait pour la place des femmes dans l'Eglise que bien des initiatives...

Vous vous trompez Antoine, vous n'êtes pas coupable d'être un homme, ni même coupable d'être un homme qui ne voit pas de quoi il est question à propos de l'émancipation des femmes. Vous êtes d'abord victime d'un système de pensée, au détail prêt que vous appartenez de naissance au groupe des dominants et moi, de naissance aussi au groupe de dominés. Heureusement, il y a des brèches dans le système. Des hommes et des femmes s'y glissent (quand la brèche est plus large, s'y engouffrent). Les unes pour échapper au pouvoir des uns, les autres pour se libérer de la malédiction de l'exercice du pouvoir - pour le dire en terme religieux, pour échapper au péché et à la malédiction originelle "et toi, tu domineras sur le femme…". Car le texte biblique présente bien cette situation de domination comme une malédiction, une conséquence de péché et non comme un ordre divin. Dieu merci, et je pèse mes mots, le Christ nous libère, ainsi que le perçoit Paul dans une vision grandiose: dans le Christ, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, ni juif, ni païen, un triptyque de trois situations d'infériorité et de supériorité, de domination, qui s'éteignent dans le Christ. Non vous n'êtes pas coupable Antoine, et vous pouvez même être libéré par la Grâce du péché et de ses conséquences du péché. Il a fallu des siècles pour que les femmes s'émancipent. Je ne doute pas un instant que ce soit un fruit évangélique. Il vous faudra peut-être moins longtemps… et si ce n'est vous, ce sera peut-être votre fils ou votre petit-fils. Mais dans l'espérance, je ne doute pas que cela arrivera.

Mais alors la question se pose, à la lecture des différents articles parus sur site: n'y a-t-il donc aucune complémentarité entre l'homme et la femme? L'égale dignité signifie-t-elle l'égalité, le fait d'être simplement semblables? Plutôt que de distiller une ambiance de "lutte des classes" revue en "lutte des sexes" das l'Eglise, ne pourrait on pas réfléchir à ce qui fait cette différence? si "homme et femme" il les créa, c'est bien qu'il y a là quelque chose et ç n'est pas simplement en cherchant comment homme et femmes sont semblables que l'on pourra éclairer leurs relation et le plan de Dieu, mais aussi en cherchant ce qui les distingue.

@Antoine, votre discours veut ignorer la réalité, et la réalité, c'est que la système basé sur la différence (ou complémentarité) a été historiquement un système produit par une situation de pouvoir, celui des hommes sur les femmes. La lutte (n'hésitons pas à appeller les choses par leur nom) des femmes pour l'égalité est une lutte d'émancipation. Il s'agit d'échapper au pouvoir plurimillénaire des hommes. Cette émancipation n' a obtenu des résultat que depuis quelques dizaines d'années, ce qui signifie que la norme du pouvoir masculin est encore dans bien des esprits, d'hommes, comme de femmes. Il y a bien une lutte des sexes quand un a imposé une oppression au nom du sexe. Et l'idée de lutte des classes n'est pas un repoussoir. Il est possible que d'un point de vue eschatologique, la différence homme/femme ne se lira pas en terme de pouvoir mais pour l'heure, nous ne sommes pas dans la vie rêvée des anges (où d'ailleurs, si l'on en croit Paul, il n'y aura plus ni homme ni femme), nous sommes dans la vraie vie où les femmes gagnent petit à petit d ela dignité, où ce gain est fragile et demeure menacé. Dans la société les femmes sont encore trop nombreuses à mourir ou à être méprisée ou violée par des hommes qui croient pouvoir ou devoir dominer sur les femmes au nom d'n sacro-sainte différence ou complémentarité. Dans l'Église les femmes sont très souvent méprisées, renvoyées, négligées, les témoignages de ces blessures, nous les recevons sans discontinuer. Alors, le grand jeu de la "différence" et de la "complémentarité", nous le jouerons lorsque les droits effectifs de l'égalité seront fermement établis et respectés. Pour finir, il n'y a pas lieu de "distiller une ambiance de "lutte des classes" dans l'Église parce que cette ambiance a été instaurée par un système d'oppression qui n'est pas le fait des femmes. Les femmes ne sont pas des coupables, mais des victimes. Que leur cris, vous arrachent les oreilles et dérangent votre bonne conscience, c'est possible, mais il se trouve que cela nous indiffère. Il est probable que vous ne comprendrez pas que que je dis, ce sera seulement la preuve que vous êtes un homme et moi une femme…

Je suis assez en phase avec Anne_Marie quand elle dit que la vision normative de la maternité- c'est de cela qu'il s'agit- n'est pas le fait des seuls evêques, loin s'en faut! Le problème est que la société occidentale moderne est en pleine contradiction, du moins apparente. D'un côté, cette vision normative est très largement partagée; de l'autre, on assiste à une disqualification du maternel par le biais de groupes de pression qui opèrent en douceur une nette reconstruction patriarcale dont les femmes n'ont pas toujours conscience:un père et une mère, ce serait pareil, donc qui a besoin d'une mère ? Le travail énorme et indispensable des femmes qui continuent de porter les enfants, en accoucher, leur donner l'essentiel des soins pendant leur premières années et même au delà; ce travail de production de l'humain qui comprend aussi l'éducation et le sens des valeurs, est obturé. Les media, premières courroies de transmission des groupes masculins, essaient de faire croire aux femmes que les enfants sont élevés à égalité par leur père et leur mère, et promeuvent une neutralité de genre qui nie totalement les inégalités réelles, et l'expérience empirique des femmes. Si nous n'étudions pas ce phénomène, comme le font les anglo-saxons, les évêques finiront par être la seule opposition à cette disqualification...mais une opposition enfermante. Prise entre ces tenailles, les femmes pourront elles résister ?

Cher(e) AD, j'ignore si vous êtes un homme ou une femme, mais je n'exagère nullement; et ce que je dis est corroboré par de nombreuses études féministes et sociologiques: il existe des groupes de pères divorcés qui sont de véritables lobbies, disposant de ressources financières non négligeables, et qui cherchent à opérer un véritable "backlash" (retour du bâton) sur les luttes des femmes, par le biais de la paternité. Ce ne sont nullement des papas poules qui pouponnent! La paternité victimaire, alors que les hommes disposent toujours dans les pays concernés du pouvoir économique et politique, est une arme puissante pour obtenir l'adhésion populaire. Cependant, il s'agit d'une gigantesque supercherie. Le but de ces manipulations , ou tentatives de manipulation, est de réopérer à la fois un contrôle sur les femmes par le biais des enfants, et de continuer à se décharger le plus possible de leur responsabilité économique: pédopsychiatres et juristes sont d'accord pour constater que les gardes alternées sont demandées en majorité dés que survient la demande de pension alimentaire, et 30% de celles -çi ne sont jamais versées. Ces groupes sont à l'origine de la surdité des pouvoirs publics en matière de violence conjugale, et du discours stupéfiant sur le fait qu'un conjoint violent peut être un bon père!!! mais l'essentiel de leurs interventions porte sur le déni de l'expérience et du vécu des mères (et des enfants). Non, la grossesse n'est pas qu'un travail de nature, c'est un intense travail psychique! Nous ne sommes pas que des mammifères. Je vous suggère la lecture des travaux du Canadien Martin Dufresne, et de la britannique Marianne Hester, qui ont analysé ces problématiques. Ce que je veux dire est que les femmes sont prises entre ce discours qui se prétend progressiste et avance masqué, et la "complémentarité " des religieux. Et beaucoup de jeunes femmes s'y perdent....

la complémentarité est la bonne conscience ...........de certains de ces hommes encore trop nombreux qui ne voient dans la femme que la mère servante, aimante, attentive........muette !! ou la poupée barbie que l'on promène pour faire joli j'aimerais bien une grande manif avec le soutien de tous nos évêques : contre la violence conjugale,contre les viols, contre la double journée des femmes,contre la différence des salaires à diplôme égal, contre la précarité de la femme délaissée par son époux avec ses enfants et contre la seule implication de la femme dans l'IVG........où est le père pour l'Eglise ? contre la manipulation du corps de la femme par les grossesses trop rapprochées et en Eglise contre l'éloigenement de l'autel de celle qui reste , malgré tout l'impure ! difficile pour eux d'admettre réellement que l'annonce pascale fut faîte à des femmes et à une femme ........... si l'Evangile est clair ..........ils ont sauté des pages !!

Mais alors Christine - j'écoute ce que vous dites à Antoine - je me trompe ou votre discours est un discours culpabilisateur ? Un homme masculin est coupable du simple fait d'être un homme masculin, un peu comme le "juif perfide" de l'ancienne messe en latin est coupable du simple fait d'être juif ? Et comme l'agneau de la fable de La Fontaine est coupable du simple fait d'être agneau ? Je vois que vous vous en défendez en disant "vous n’êtes pas coupable d’être un homme", mais alors pourquoi conclure "vous pouvez même être libéré par la Grâce du péché". Un pécheur c'est un coupable. Et donc, nous dit Michelle, un père qui cherche à voir son enfant est un criminel auteur de violence, ou un complice, ce qui revient à peu près au même. C'est vraiment l'agneau de la fable. Voici le texte d'une conférence donnée en 2008 par Thomas Reese en présentation de son livre "Guide de survie pour le catholique qui réfléchit" http://elephantsinthelivingroom.com/files/Thomas_Reese_Lecture.doc . Il développe 10 conseils sur la manière de réagir face à un enseignement de l'Eglise hiérarchique qui pose problème, et le deuxième point qu'il développe c'est "notre compréhension devrait être inspirée par l'empathie, et non par le sarcasme ou le cynisme" et il cite saint Ignace : "nous devons non seulement entrer dans l'esprit d'autrui. Nous devons aussi entrer dans son coeur et ses sentiments". Nous devons, dit-il, faire comprendre à nos adversaires que nous sommes des chrétiens par notre amour et non des catholiques par nos combats. Cela peut s'appliquer à Estelle, qui a mon avis a été un peu trop rapide dans l'une de ses conclusions "summum de l’absurdité et de la bêtise", et cela peut aussi s'appliquer à bien des hommes ou des femmes qui gagneraient à écouter jusqu'au bout ce qu'ont à dire celles et ceux qui ont fait dans leur vie l'expérience d'une domination de manière marquante. J'ai aussi feuilleté les tables des matières de la revue Communio. Il semblerait qu'il y ait des articles qui s'emploient à dénoncer le féminisme (par exemple il y a un article de 1993 qui s'intitule "L'Église américaine et les sirènes du féminisme"). Il me semble qu'il y aurait un travail de décryptage à faire, pour voir comment fonctionne la pensée qui sous-tend ces articles. Je pense qu'une revue comme Communio inspire pas mal d'évêques. Ce pourrait être intéressant de prendre le problème à la source d'inspiration des évêques, plutôt qu'en aval, lorsque les évêques reproduisent une certaine idéologie dans leurs propres textes. Par ailleurs je serais curieux de savoir ce qu'inspire au comité de la Jupe ce qui s'est passé hier dans l'Église anglicane : les évêques étaient prêts à faire entrer des femmes dans l'épiscopat, mais ce sont les laïcs qui ont bloqué, lors du synode dédié à cette question. http://www.guardian.co.uk/commentisfree/belief/2012/nov/20/women-bishops-debate-suicide-note

@Michelle, je suis maman et vous parle réalité de base tout à fait consciente de problèmes familiaux graves et je pense en tout premier aux orphelins et aux enfants maltraités. Pour le reste je n'ai rien contre les études universitaires de toutes bordures, seulement les poser devant prend vite le risque de déformer le réalisme du vivant quotidien. Vous dites par exemple " les femmes sont prises entre ce discours qui se prétend progressiste et avance masqué, et la « complémentarité » des religieux. Et beaucoup de jeunes femmes s’y perdent…." Il faut quand même avouer que l'immense majorité des françaises n'est pas pratiquante d'une religion et a autre chose à faire qu'à étudier les discours x ou y. Pour le premier enfant elles lisent Laurence Pernoud que leur a refilé leur mère, et pour le suivant elles s'en passent ! Que des jeunes femmes catholiques pratiquantes se perdent c'est probable et ça n'étonne guère mais ne globalisons pas ! Les femmes enceintes sont en travail psychique, les futurs pères aussi et les femmes et hommes sans enfant aussi !

@AD j'entends bien ce que vous dites, mais ce n'est pas d'études abstraites que je parle, mais d'études sociologiques et de sciences sociales, qui analysent, justement ,l'écart entre l'expérience empirique des femmes,et les représentations d'elles mêmes qui leur sont faites dans la sphère publique. Je ne veux pas parler de jeunes femmes catholiques spécifiquement: la notion de "complémentarité" des femmes vient d'être utilisée par le régime Tunisien(et contestée), et elle a été clamée longtemps par des instances laïques. Je veux dire que les femmes sont prises entre des représentations qui nient la spécificité de leurs expériences, et une neutralisation du genre qui les disqualifient-ce qui revient à nier leurs problématiques-, et si elles affirment cette spécificité, elles ne trouvent d'appui que chez ceux qui prônent la complémentarité. Car les voix des mouvements de femmes qui n'opèrent pas cette neutralisation sont devenues très minoritaires, hélas. Et c'est là que les femmes se perdent. Quelle que soit leur appartenance confessionnelle.

@Martinus Prétendre que j'ai dit que "tout père qui cherche à voir son enfant est un criminel" est un exemple de surdité et de mauvaise foi qui rend, effectivement, tout débat impossible. Les séparations sont UN BIAIS par lequel certains hommes/pères, qui ont formé des groupes, cherchent à contrôler les femmes, et à reprendre/garder le pouvoir. Tous ne le font pas, heureusement! Et il y a bien des manières différentes de "chercher à voir son enfant". Je reste sociologue et travailleur social, et il est patent qu'un pourcentage important d'hommes violents adhèrent à ces groupes- tout en taisant leur violence- car ils se sentent aidés à reprendre le pouvoir. C'est une évidence reconnue par beaucoup d'instances publiques tout à fait respectables, comme la Fondation pour l'enfance, par exemple, ou le Secrétariat aux Droits des Femmes.

@Michelle, merci pour l'éclaircissement de votre propos. La sphère publique porte bien son nom...!

Que de commentaires! J'aurai souhaité rajouter une petite chose concernant cet article. Mon propos était ici bien entendu de souligner que, encore une fois, de telles déclarations enfermaient les femmes dans des schémas séculaires convenus. Mais au-delà de cela, pour la trentenaire que je suis, de tels propos sont hors d'âge. Enfermer les femmes dans des stéréotypes sur la famille, c'est aussi et malheureusement enfermer les hommes dans les mêmes stéréotypes! Dire à une certaine catégorie de personnes "vous êtes des ventres (euh..pardon, je voulais écrire "femmes" bien entendu..), vous êtes les dépositaires des valeurs de la famille", c'est faire abstraction de ce que les hommes de ma génération vivent au quotidien. C'est les renvoyer eux, avec violence, en dehors d'une participation au foyer, à la vie conjugale et familiale. Mon mari apprécie peu... N'en déplaise à certains prélats, je trouve que les hommes de ma génération remplissent beaucoup mieux leur vocation à la famille que la génération de mes parents (soixante-huitards)! Education, compassion, transmission de la vie est plus que jamais, aussi, une affaire des hommes d'aujourd'hui et du couple uni. Je rajouterai enfin, pour aller au bout de l'absurdité de tels propos tenus à Rome, que si l'on réduit les femmes à des ventres et à des stéréotypes de compassion et d'éducation, rien ne s'oppose alors aux couples de femmes homosexuelles qui désirent avoir des enfants: après tout, waouh, deux mamans dans une même famille, ce serait le summum de la vocation de la femme!

Lu dans La Croix : pas mal!!!! PAROLES d'ALPHONSE BORRAS, Vicaire général du diocèse de Liège « La crédibilité de l’Évangile passe par le crédit que l’Église accorde(ra) aux femmes » « En Occident, le statut des femmes est un point extrêmement sensible. Tout ne va-t-il pas se jouer dans la façon dont l’Église va non seulement honorer leur dignité, mais reconnaître leur inégalable participation à la mission ? J’ose l’espérer. C’est au titre de leur baptême qu’est reconnue l’égale dignité des femmes dans la vocation et la mission de l’Église dans la société (code de droit canonique c. 204 § 1). Sur le plan pastoral, les femmes constituent, à titre bénévole ou rémunéré, un corps important de collaboratrices dans les paroisses, les aumôneries et les services diocésains. C’est la diminution du nombre de prêtres, traditionnellement garants de l’institution, qui a favorisé leur entrée en scène. “Nécessité fait loi.” Mais pour se faire accepter – a fortiori dans les tâches à responsabilité –, elles ont souvent dû apprendre à être humbles surtout quand leur présence était ressentie comme une menace pour l’identité de l’“autre”, homme, prêtre et célibataire. Cela n’a pas été sans frustration. Et à l’opposé, il y a eu parfois chez elles comme une “surenchère du don de soi” pour obtenir une reconnaissance ! Ma conviction est que leur émergence continuera à influer sur les autres acteurs concernés, les clercs en particulier et les autres fidèles, mais aussi sur la conscience même que les femmes développent leur action en Église. Sur le plan des relations, il importe de continuer à allier respect réciproque et volonté de travailler ensemble. Cela implique qu’elles prennent la parole dans la vie et le fonctionnement des communautés et du diocèse, dans des instances de concertation comme dans des organes de décision. Cela suppose un travail sur l’imaginaire ecclésial autour de “la” femme. L’enjeu est capital pour l’évangélisation. La crédibilité de l’Évangile passe par le crédit que l’Église accorde(ra) aux femmes. "

J'ai cherché sur le site du ministère des droits des femmes, en cherchant par mots clés et je n'ai rien trouvé à ce stade de ma recherche sur les pères violents avec la mère de l'enfant. La page http://femmes.gouv.fr/publications/rapports-sur-legalite/ liste le rapport de Brigitte Gresy, "L'égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et familiales dans le monde du travail", juin 2011, 231 pages) qui est disponible sur http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/114000300/index.shtml ( téléchargement : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/docfra/rapport_telechargement/var/storage/rapports-publics/114000300/0000.pdf ) Page 50 débute le chapitre 2 de ce rapport, consacré à la "paternité dissuadée". Page 52, le court paragraphe sur les divorces semble affirmer que le petit nombre de gardes alternées (14% en 2006) et de gardes paternelles exclusives (7%) participent de cette dissuasion. Juste au dessus un court paragraphe sur l'enfance en danger s'interroge sur l'absence du mot "déviance" dans le discours médical sur les pères des enfants en danger. C'est trop elliptique pour savoir si c'est une allusion aux pères qui battent leur enfant ou à autre chose. Tout en haut de la même page, il est question d'une « idéologie du maternage » diffusée par « la volonté de l'Etat de protéger la mère (...) en particulier en cas de divorce ». Je ne vois pas non plus, dans ce rapport, matière à étayer l'existence d'une « gigantesque supercherie » et de « manipulations ». Page 110, Brigitte Gresy parle de « dérives masculinistes (...) dans certains pays » sans les définir, mais elle ne dit pas que cela existe en France, où elle propose la création d'une commission nationale des hommes comme en Norvège, apparemment dans l'espoir de reproduire un modèle norvégien qui serait moins conflictuel et sans dérive. Elle indique à propos des associations de pères françaises qu'elles « conçoivent leurs actions (...) sur un mode majoritairement conflictuel ». Cela pourrait indiquer qu'il s'agit de pères issus de divorces ou séparations conflictuels, mais la question de l'inclusion ou non d'hommes violents dans ces associations n'est pas abordée. Avec certaines précautions, Brigitte Gresy reconnaît que certains hommes masculins peuvent être "victimes de stéréotypes qui limitent leur liberté d'investir tout le champ des possibles". Apparemment ce que vous dites n'est pas "une évidence reconnue" au point d'être intégré dans un rapport tel que celui de Brigitte Gresy.

Brigitte Grésy est intervenue aux Semaines Sociales 2012. On peut écouter son intervention sur les vidéos suivantes (1) http://www.dailymotion.com/video/xvc134_ssf2012-1-b-gresy-c-martin-ou-en-sommes-nous-de-l-egalite-hommes-femmes-1-2_news (2) http://www.dailymotion.com/video/xvc140_ssf2012-2-b-gresy-c-martin-ou-en-sommes-nous-de-l-egalite-hommes-femmes-2-2_news En particulier, une des grandes déceptions dont elle fait part est de constater qu'en 10 ans, les hommes n'ont augmenté que d'environ 10 minutes en moyenne le temps qu'ils consacrent au travail domestique non rémunéré, tandis que les femmes ont vu leur temps de travail domestique non rémunéré diminuer de quelques minutes, principalement à cause des plats cuisinés, et pas vraiment à cause de la contribution de leur mari ou partenaire de vie non marié. C'est intéressant d'entendre Estelle dire que son mari « apprécie peu » la perpétuation des vieux modèles de répartition des rôles. Y a-t-il des livres ou des articles qui montreraient que ce n'est pas seulement en Norvège ou en Suède, mais aussi en France que les couples se réinventent sur des modes plus égalitaires ?

@Martinus Brigitte Grésy est une auteure, excellente, certes; et engagée dans la lutte pour les droits des femmes,mais elle ne peut pas être exhaustive de tous les travaux dans le domaine de la famille. Pour ce qui est d'une vision intéressante et juste des problèmes de garde des enfants, je vous conseille "Divorce, séparation" , les enfants sont ils bien protégés ?"par Maurice Berger, Jacqueline Phélip, et un ensemble de médecins et de juristes. Que les pères violents fassent appel aux associations de pères , qui sont puissantes, pour tenter de récupérer la possession de leurs enfants, est quelque chose, qui , hélas fait partie de l'expérience de beaucoup de psychologues et travailleurs sociaux(dont je fais partie). Mais vos mises en doute démontrent bien comment l'expérience concrète des femmes est facilement remise en question. Ce scepticisme est responsable d'énormément de meurtres de femmes et d'enfants commis lors d'une séparation par un homme violent auquel on a imprudemment confié la garde de ses enfants pour une période. les femmes et leurs expériences ne sont juste pas écoutées...

Michelle et Martinus, Il me semble que notre discussion s'égare un peu des propos d'Estelle. En tout état de cause, ce n'est pas parce que des hommes violents utilisent les associations de pères que cela condamne la sincérité des pères - surtout dans la génération des actuels trentenaires - qui souhaitent être pleinement engagés dans l'éducation de leurs enfants. Pour voir autour de moi de très nombreux pères de cette génération, il est clair que le partage des responsabilités éducatives (et des charges afférentes) est en train de changer à leur initiative et avec le plein accord de leurs compagnes. Autour de moi, les jeunes pères emmènent leurs enfants chez le pédiatre et épongent le vomi. J'ai bien conscience que cela concerne d'abord une petite partie de la société et des milieux plutôt favorisés, je crois aussi que tendanciellement, cela s'étend plus largement. Je crois que la volonté des jeunes hommes de vivre pleinement leur paternité est une bonne nouvelle pour les femmes… et les enfants.

Je voudrais réagir à propos du texte « Encore un petit couplet sur les femmes, en direct de la planète Mars » écrit par Estelle et plus précisément dire à Anne-Marie H (réaction du 12 novembre 2012) que je suis d’accord avec sa conclusion : « Pour faire bref: contrairement à vous, je crois que les évêques sont sincères dans leurs convictions» Les évêques suivent tout simplement le catéchisme qui dit que toute modification des lois de la nature est obligatoirement due « à un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent L’aimer et s’aimer mutuellement » (formule du N° 387 du catéchisme qui définit ce qu’est le péché). C’est toute l’ambiguïté de l’enseignement catholique : la seule liberté que nous aurions serait de nous fondre dans un comportement stéréotypé voulu par Dieu. La philosophe chrétienne Simone Weil disait : « « Dieu a créé par amour, pour l’amour. Dieu n’a pas créé autre chose que l’amour même et les conditions de l’amour. (…) La création est de la part de Dieu un acte, non pas d’expansion de soi, mais de retrait, de renoncement. Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul. Dieu a accepté cette diminution. Il a vidé de soi une partie de l’être. Il s’est vidé déjà de cet acte de sa divinité. C’est pourquoi Jean dit que l’Agneau a été égorgé dès la constitution du monde. Dieu a permis d’exister à des choses autres que Lui. Il s’est par l’acte créateur nié lui-même, comme le Christ nous a prescrit de nous nier nous-mêmes. Dieu s’est nié en notre faveur pour nous donner la possibilité de nous nier pour Lui. Cette réponse, cet écho qu’il dépend de nous de refuser, est la seule justification possible à la folie de l’amour créateur. – Les religions qui ont conçu ce renoncement, cette distance volontaire de Dieu, son absence apparente et sa présence discrète ici-bas, ces religions sont la religion vraie, la traduction en langages différents de la grande Révélation. Les religions qui représentent la divinité comme commandant partout où elle en a le pouvoir sont fausses. Même si elles sont monothéistes, elles sont idolâtres. » (Citations faites dans « Petit traité des grandes vertus » de Comte-Sponville - Points- 2002 ; p.408-409. Ce sont des extraits de « Attente de Dieu », Simone Weil - Fayard 1966). Le Dieu, Père de Jésus-Christ, est le Dieu de la parabole des talents, celui qui s’en va pour laisser les humains s’exprimer dans leurs propres créations. Ceux qui décrivent l’homme comme devant se comporter de façon stéréotypée, enseigne donc une religion idolâtre. La vie est mouvement perpétuel, mais mouvement toujours nouveau. L’homme, à l’image de Dieu, est co-créateur et donc invité à faire du beau et bon. C’est du cœur de l’homme, de ce qui en sort, que vient le beau et le bon (comme le mauvais) et non d’une obéissance aveugle à nos évêques qui n’ont aucun pouvoir sur notre cœur. Pour être concret, puisque nous parlons beaucoup d’assistance médicale à la procréation, voilà bien un exemple où du cœur d’une femme et d’un couple y ayant recours, il peut y avoir le plus sublime (une femme qui se dévoue pour permettre à un couple de donner la vie, d’exprimer leur amour de la vie) comme le plus horrible. Comment admettre que le magistère s’octroie le droit de juger ce qui se passe dans le cœur des hommes puisqu’il est écrit que seul Dieu peut lire dans ce cœur. Je publie un livre qui paraît en ce moment même, aux éditions Persée : « Le christianisme otage du cléricalisme » avec en sous-titre : « Pourquoi le christianisme originel aurait-il dû naturellement conduire à des sociétés et des démocraties laïques, humanistes et assoiffées de culture ». J’y témoigne clairement pourquoi je n’ai pu garder ma foi qu’en me libérant de l’emprise du magistère romain. Gilles Le Bohec

Ajouter un commentaire