Donner la parole à Pénélope

Anne SOUPA
31/01/2017

Personne ne le propose, personne n’y pense, mais l’évidence ne vous fait-elle pas bondir ? Depuis qu’a éclaté l’affaire Pénélope Fillon, qui se demande ce qu’elle avait à dire, elle la salariée dont le travail est contesté ? Les journalistes n’ont-ils pas eu l’idée de lui demander une interview ? Elle aurait refusé. Peut-être. Mais ils auraient eu le droit de trouver cela étrange et le droit de le faire remarquer à leurs auditeurs. Serait-ce que la-justice-et-elle-seule aurait le droit d’entendre Pénélope ? Et quand dimanche 29 au matin l’éditorialiste Régis Lefebvre, à Europe n°1, décryptait les pièges à éviter devant « les affaires », et analysait successivement le déni juridique, puis le déni moral, n’a-t-il pas pensé une seconde au déni de la parole de l’autre, en ce cas précis de la parole d’une femme ?

Pourtant donner la parole à Pénélope paraît de simple bon sens. Elle doit bien le savoir, elle, et elle d’abord, comment se justifie son salaire. Des jours et des jours de service, des années de visages croisés, de téléphone qui sonne, de gomme qui frotte l’agenda pour changer un rendez-vous… Tout cela n’a-t-il aucun mot pour se dire ? N’a-t-elle pas pensé qu’il était nécessaire qu’ayant reçu des deniers publics, elle en justifie l’usage en public ?

Et le mari de Pénélope, l’employeur, n’a-t-il pas pensé une seconde à lui donner la parole ? Si pour un élu, la confiance justifie de salarier son conjoint, n’est-ce pas le moment de montrer publiquement combien cette confiance est forte et bien là? Le mari de Pénélope n’est-il pas capable de lui dire, les yeux mouillés d’admiration : « Dis-leur, toi qui as fait tout ce travail. Dis-leur et ils comprendront comme je suis fier de toi, de voir tout ce que tu as fait pour servir le bien public ». Cela aurait été respectueux. Et beau, en plus. « Chapeau Monsieur Fillon, ça, c’est du grand seigneur ! » « Au moins, celui-là aime sa femme. Ce n’est pas un macho ! ». J’en frémis d’imaginer la grandeur du geste, bien sûr devant les caméras. Mais hélas, au débat de ce dimanche, elle était là, mais muette. Le mari de Pénélope a préféré « parler pour elle ». C’est lui qui a dit, pour l’agenda et pour le reste... Il a dit « mon épouse » et elle s’est tue.

Je me demande si, pour préparer sa campagne, le mari de Pénélope n’aurait pas mieux fait de relire la Genèse plutôt que de fréquenter des officines plus cocardières que catholiques. Il aurait évité de se comporter comme le premier mari du monde, un peu balourd, et surtout hyper possessif. Lorsque l’humanité, toute jeune, se réveille de sa torpeur et se trouve double, homme et femme, Dieu lui « laisse la parole ». Il a fait son travail, à l’humanité maintenant de se débrouiller et de s’arranger comme elle le peut, avec ses anges et ses démons. Cela ne se fait pas attendre. L’homme prend la parole : « C’est l’os de mes os et la chair de ma chair ». La femme, elle, se tait. Pénélope aussi. Pourtant Pénélope appartient à la même humanité modelée par Dieu, elle a été pétrie de la même glaise, elle a reçu le même souffle divin. N’est-elle pas encore réveillée ?

Ainsi le mari de Pénélope, comme le premier mari du monde, a « parlé pour l’autre ». C’est d’ailleurs ce qui justifie le monde politique et médiatique, fait d’élus et de journalistes. Mais attention. Devant la classe politique comme devant les médias, celui « pour qui on a parlé » a le droit et même le devoir, parfois, de faire la grimace. Quand la parole « pour l’autre » devient captation, irrespect, déni, parce qu’elle a fait dire à l’autre ce qu’il ne pense pas, ou l’a poussé à l’inexistence.

Et encore une fois, les femmes sont les premières meurtries. Ce sont toujours elles les marqueurs du déni. La preuve ? En voulant se défendre d’un emploi fictif, le mari de Pénélope a fait une femme fictive. Malheureusement, la loi ne peut punir ce délit. Reste aux femmes à prendre la parole. Pénélope, il n’est pas trop tard, prenez la parole, venez au secours de vous-même !

Anne Soupa

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