Djihadistes catholiques ?

Comité de la Jupe
Ce dimanche, une photographie a été martelée au cri de « vive Dieu » dans un musée d’Avignon par un petit commando de jeunes gens. Première observation, la simple relecture historique prouve que détruire des œuvres ou brûler des livres n’est pas un acte anodin et qu’il est souvent précurseur d’atteinte aux personnes. La querelle des images a eu lieu dans le christianisme il y environ douze siècles elle se nomme « crise iconoclaste », étymologiquement, iconoclaste signifie « casseur d’image ». À l’époque, la question portait sur le fait de savoir si la représentation d’images de Dieu était ou pas légitime. D’aucuns pensaient que cette représentation était, en elle-même, blasphématoire. D’autre, nommés « iconodoules » défendent le droit non seulement de représenter Dieu, mais de vénérer les images au nom de l’Incarnation. Ce sont eux, qui, avec des nuances (ne pas idolâtrer les images) ont gain de cause après des luttes sanglantes et deux conciles ! Dès lors, la tradition chrétienne, en particulier occidentale, fut de laisser libre champ aux artistes et de fait, l’art de la représentation religieuse est le creuset de l’art occidental. Pour autant, certaines représentations furent sujettes à discussion parce qu’elles semblaient peu conformes à la théologie, ce fut d’abord le cas pour la représentation de Dieu le Père, longtemps interdite, et ensuite de la représentation de la Trinité qui donna lien à de rudes querelles. Mais le pas était franchi, depuis longtemps, qui émancipait les artistes des représentations conventionnelles (comme les icônes d’Orient) et qui laissait la représentation religieuse s’inculturer, c’est-à-dire user des formes artistiques conformes aux usages du temps. Ce mouvement conduit à l’émancipation de l’art et de l’artiste et à la situation du « marché de l’art » que nous connaissons aujourd’hui. Il n’y a pas lieu ici d’en retracer les étapes. Mais là encore, la situation de « modernité » que nous connaissons est directement le fruit du mouvement profond du christianisme qui, quasi à son corps défendant, assimile la logique de l’Incarnation et accepte de reconnaître Dieu et de tracer sa présence dans la vie de la société humaine. L’art occidental n’est donc pas un moyen d’entrer en contact avec la divinité ou avec un monde spirituel mais un moyen de communication sociale, une représentation des sentiments et des aspirations d’une société, de ses désirs et de ses démons. L’artiste devient une sorte de « prophète » qui donne à voir ce qui est au milieu de nous et que nous ne voyons pas. En un mot, l’art contemporain nous parle de nous, et il est possible que dans le miroir qu’il nous tend, nous ne nous trouvions pas joli minois. Comment s’étonner dès lors que des adolescents (en âge ou en psychisme) cassent le miroir ? Face à l’œuvre martelée d’Avignon, nous avons à retenir au moins trois éléments de réflexion. D’abord, l’œuvre en elle-même, c’est-à-dire l’image, telle qu’elle se donne à voir : une photographie d’où émane une très étrange lumière qui nimbe un crucifix. Ensuite ce qu’en dit l’artiste, c’est-à-dire son titre, Immersion, Piss Christ. Nous savons donc que ce qui produit cette image et cette lumière, c’est la photographie d’un crucifix de plastique blanc plongé dans un bocal d’urine. Bien sûr, c’est le mot « urine » qui fait sursauter. Après tout, on peut sans doute obtenir la même lumière avec au choix, de la bière, du cidre ou du whisky. Le mot « piss » nous contraint à une autre démarche mentale que la simple contemplation de l’image. Le troisième élément de réflexion, c’est que des gens au nom de la défense de leur Dieu, de leur religion, croient nécessaire de commettre un acte de violence et de tabasser l’image. Dernières observations : que l’œuvre choque est tout à fait normal, depuis environ cinq ou six siècles (la Renaissance), c’est le propre de l’art occidental de nous dérouter. Que l’on puisse penser, et défendre, que cet art que certain nomment « pipi-caca » est une escroquerie, est aussi parfaitement légitime. En revanche, il serait bon de nous souvenir que par nature, dans leur configuration au Christ, les chrétiens sont pour toujours du côté des victimes et non des bourreaux. C’est la base non-négociable de notre foi. Aller « défendre l’honneur de Dieu » à coup de marteau au nom d’une « guerre sainte » (dont l’un des noms est djihad) vue comme une guerre extérieure et non comme une conversion du cœur, nous savons à quels excès cela conduit ; les croisades qui semblent avoir quelques nostalgiques ne sont pas l’épisode le plus glorieux de notre histoire. Sur le même sujet et sous d’autres angles, je recommande la lecture de : Blog de Bérulle : Blasphème. A propos de Piss Christ d'Andres Serrano Édito de La Croix, par Dominique Greiner Blog d’Edmont Prochain : Au pied de la croix avec saint Jean
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Commentaires

Il est évident pour beaucoup de personnes,je l'espère en tout cas,que cette minorité cherche des occasions pour s'étoffer de ce quart de catholiques qui votent extrême droite :dans ses rangs certains sont purs politiques qui instrumentalisent l'Eglise pour avoir la main mise sur des paroisses, d'autres sont catholiques de bonne foi sous influence, qui n'ont pas conscience d'être pris en main par des politiques. En tout cas cette minorité représente aujourd'hui le quart de l'Eglise catholique de France, elle est riche, influente et en revendique son appartenance.Je trouve regrettable que la Conférence Catholique des Evêques de France ne condamne pas ces actions, dégradations, harcèlement et menaces de mort à l'égard des organisateurs de l'expo .Pourquoi la C.E.F.n'applique -t-elle pas pour l'Eglise catholique ce qu'elle a signé pour les religions avec tous les responsables de culte ? Ne peut-elle affirmer que nul ne peut se prévaloir de l'Eglise Catholique et du Dieu de Jésus-Christ pour légitimer des violences?

En accord global avec cet article. Un seul point : ce qui peut être légitime, c'et un débat citoyen sur la légitimité d'une publicité publique, sur les murs de la ville, donc autorisée par la municipalité, d'une affiche qui peut blesser certains. Mais en aucun cas, il ne s'agit de mener des actions pour empêcher l'exposition ou la faire interdire. Touts les sensibilités doivent être respectées, même celle qui sont ou deviennent minoritaires. En l’occurrence, je ne pense pas qu'on puisse parler de "blasphème", et de toute façon, dans une société pluraliste, laïque et démocratique, aucune loi ne doit le sanctionner en tant que tel

@Sanchez: le crucifié, c'est ce à quoi nous ne devrions pas être habitués. L'innocent cloué, voilà le vrai, l'unique scandale, qu'on fasse partie des petits ou des grands, de l'élite ou pas. Sion, un crucifix n'est pas le Coran, l'islam n'est pas le christianisme. Nous ne vivons pas dans le même régime de sacré et donc de blasphème, j'ose dire, Dieu merci, voilà pourquoi je demeure résolument chrétienne et catholique. Quant à ceux qui se prennent pour des nouveaux "croisés", ce ne sont pas des "petits" mais des manipulateurs qui ne se situe pas sur un mode spirituel mais politique. Pour information, l'association Civitas qui est à l'origine de la pétition et celle qui a perturbé la conférence de carême de l'an dernier à Notre-Dame de Paris en empêchant le rabbin invité par le cardinal archevêque de Paris de parler. Sans aucun doute, en matière de sandale, ces gens-là en connaissent un rayon. Pour autant, j'entends que cette photo choque. Ce qui est intéressant, c'est de penser ce qui nous choque.

Chère Christine; Vous avez vraiment de la chance si ce tableau vous inspirer et si vous arrivez y déceler du beau mais moi je suis désolé je n'arrive pas à y voir autre chose qu'une offense à ma foi .Ce n’est pas une question de sacré ou pas c’est une question de respect, de tolérance, d’amour et aussi d’ordre public ... L'art peut-il tout dire, tout montrer? Quand un publicitaire diffuse consciemment une scène ou une image choquante dans le but d'attirer l'attention, personne ne va lui chercher de motivations plus profondes que l'appât du gain. Serrano ne fait rien d'autre que sa propre publicité, son "travail" n'a pas d'autre contenu que l'augmentation de sa propre notoriété et de sa fortune personnelle, et il le fait en insultant les gens.Essayez de vous mettre un instant à la place d'un enfant ou un pauvre , un petit , un Bernadette soubirous ou un thèrese de Lisieux à qui on mettrait devant d'une photo d'un crucifix trempé dans l'urine et dans le sang ...croyez vous vraiment qu'elle trouvera ça de l'art ? Moi je ne pense pas . Si cette photo est une œuvre d'art chrétienne comme son auteur l'affirme (ce qui est possible après tout je ne prétend pas posséder la vérité) ,elle l'est pour une certaine frange des catholiques : des catholiques élitistes ;ce sont les seuls qui sont capable d'interpréter cette photo comme une oeuvre chrétienne sans être offenser ...comme si le scandale de la crucifixion ne suffisait pas... . Les intégristes reprochent souvent à Jean Paul II d’avoir déposé un baiser sur le coran lors d'une visite dans une Mosquée en signe de respect …Si tout le monde s’en tenait à ce genre de provocation le monde irait mieux . « Voici l’arbre de la croix du Christ notre Sauveur, sur laquelle est suspendu le Salut du monde. Que toute la terre s’avance ! Peut-on rajouter quelque chose d'autre pour montre la raideur de ce bois sur lequel est suspendu l’agneau sans tâche ? Non seigneur Tout y est dit. Oui Seigneur C’est ta croix, que nous adorons ,que nous vénérons . C’est par le bois de la croix que la joie est venue dans le monde. »

Je me permet deux questions, à Sanchez, en matière d'art et de sens religieux qu'il peut révéler. 1/ Savez-vous que les originaux de crucifiés les plus conformes à l'anatomie masculine, depuis le XVIème siècle, ont été dessinés, sculptés, à partir de morts frais mis en croix, dans les écoles de beaux arts (aucune pub n'est faite à ce sujet, mais au XIX, au sommet de l'art St Sulpicien, l'école des beaux-arts a encore pratiqué ainsi. Évidemment, les œuvres et dessins ont été très utilisés par d'autres; mais, à la base, ce sont bien des morts mis en croix. Cela ne me choque pas lus que la dissection; il faut bien apprendre, perfectionner, évoluer. 2/ Que pensez-vous des œuvres qui font la notoriété internationale de l'église du sanatorium du plateau d'Assy, notamment du crucifix de Germaine Richier? Visible avec les autres œuvres et le texte magistral à mon sens de l'artiste dominicain Couturier http://monjura.actifforum.com/t777-notre-dame-de-toute-grace-le-plateau-d-assy-74 Une observation à MF. Ce 1/4 de catholiques se rapporte aux pratiquants réguliers soit 4.0% en 2010 (4.5% en 2006, 5% en 2001). L'enjeu électoral concerne donc 1% du corps électoral. Par ailleurs, la majorité des français (65%) se reconnaissent catholiques mais le récent sondage, trop politique pour être honnête, a ciblé cette minorité pratiquante (4% des français et 6% des cathos).

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