Diocèse de Paris : où sont les femmes ?

Claudine BENARD
22/01/2017

Dans la dernière campagne du diocèse de Paris pour le denier du culte, les femmes sont invisibles. Si elles forment la plus grande partie des catholiques pratiquants dans les paroisses, elles sont quasiment invisibles sur les affiches, des photos composées et travaillées. Le cléricalisme s’affirme massivement, et seuls des hommes sont les interlocuteurs des prêtres. Sur l’une des affiches, on voit bien des femmes à l’arrière-plan, mais dans de nombreuses paroisses, l’affiche est plus petite sur les panneaux, recadrée et tronquée sur la gauche. C’était encore trop de voir sur le côté une silhouette de jeune femme, on ne devine plus qu’un visage dans l’ombre à l’arrière-plan. Seuls des visages d’hommes sont visibles au premier plan, porteurs de la parole. La hiérarchie des sexes se donne à voir. Au sein des laïcs, un clivage est fait en fonction du genre. Dans le diocèse de Paris, c’est la norme. Elle est proclamée et affichée. Claudine Bénard a très astucieusement décrypté les affiches de la dernière campagne du diocèse de Paris pour le denier du culte. Voilà son analyse, sur le site du Comité de la jupe.

Une image vaut mille mots. Que nous disent les images ?

Petit essai de décryptage des photos diffusées par le diocèse de Paris pour la campagne du denier de l’Eglise et pour l’inscription au catéchisme.  Les réflexions qui suivent ont donné lieu à des échanges entre chrétiens, jeunes et moins jeunes, spécialistes ou non de ce genre d’exercice.

2015 : campagne pour le denier de l’Église

Première photo : un prêtre jeune et souriant, de face, en habit liturgique rouge et or, dans l’embrasure d’une ogive, ouvre les bras.

Sans doute l’auteur de la photo et les rédacteurs de l’appel ont-ils vu dans ce geste et cette mise en page un symbole de l’accueil, et c’est ce que dit le texte : notre porte est grande ouverte. Mais ce n’est pas si simple et l’image est ambigüe. On peut aussi avoir l’impression que l’accès à l’église, ou plus grave à l’Eglise, est barré puisque le prêtre occupe tout l’espace, qu’il n’y de place laissée libre dans aucune direction. À tout le moins peut-on entendre : « Vous n’entrerez que par moi » (mais seul le Christ est la porte…).

Le message dit que l’Église nous donne beaucoup et que c’est pour cela que l’on doit donner. Que donne-t-telle ? L’image dit : du culte. Quant à l’habit liturgique rouge et or, il peut dire aussi la puissance (le rouge, entre autres significations, est couleur royale) et la richesse (or). L’Église est-elle riche ou pauvre ?

L’autre photo, située sans doute à l’intérieur de l’église, montre aussi un prêtre (sans doute le même) jeune et souriant. Il fait face à un jeune laïc barbu dont on ne voit qu’une partie, de dos : discrétion ou dissimulation ?

2016 : campagne pour le denier de l’Église

Loin de démentir le message de la campagne précédente, les images de 2016 renforcent l’ambiguïté. Que voit-on ?

Première photo : sur le parvis de l’église, sans doute après la messe, deux hommes. Le prêtre est toujours en chasuble rouge et or ; il parle avec un homme : deux barbus grisonnants (l’âge moyen est nettement plus élevé qu’en 2015). Le prêtre parle avec un geste des bras : accueil ou enseignement d’autorité ? Sans doute veut-il parler au cœur que désignent les mains. En face le laïc, bouche bée, écoute, plutôt tendu. Il a l’air de retenir sa respiration et les mains sont crispées.

Dans la deuxième photo nous avons presque le même schéma. La différence est que le prêtre est sans doute d’origine africaine (effet du vieillissement du clergé, constaté dans la première photo ?). Le laïc est moins tendu mais davantage sur la réserve (une main dans la poche). Il se présente de trois-quarts ; on le sent prêt à partir.

Et les femmes ? Sur la première photo elles sont bien là, en arrière-plan, jeunes, alertes mais floutées : elles ne font que passer discrètement. Est-ce qu’elles s’en vont, sans qu’on leur adresse la parole ? Le prêtre leur tourne le dos.

La troisième photo montre une jeune femme, belle et souriante, recevant le baptême. Mais que dit la photo ? Que les femmes sont les premières (ou les seules ?) bénéficiaires des sacrements et que l’attitude qui leur sied est celle de la soumission ? D’autant que la photo, effet renforcé par le vêtement que porte la femme, peut évoquer pour certains les images d’esclaves recevant le baptême dans les premiers temps du christianisme.

Une autre photo, dont je ne sais à quelle campagne elle appartient, montre un jeune couple sympathique de laïcs qui interroge : « Nous donnons – et vous ? » Les laïcs sont appelés à financer l’Église ; mais n’attend-on d’eux que cela ?

Photo pour l’inscription au catéchisme de la rentrée 2016

Belle photo mais que dit-elle ? On voit deux enfants. Un petit garçon bien français et un autre bel enfant, à côté, à sa gauche, mais au sexe et à la couleur de peau indéterminés. Il ou elle ? Est-il/elle d’origine antillaise, africaine, indienne… ? Est-il/elle le symbole de toutes les marginalités : féminité et immigration ?

La communication est chose difficile, j’en ai bien conscience. Il est plus aisé de critiquer que de faire. Mais est-ce bien là l’image que l’Église de Paris veut donner d’elle-même ? Par ces affiches, elle risque d’alimenter, de façon plus ou moins subliminale, la thèse d’une Église où s’affiche le pouvoir des prêtres, où les laïcs écoutent et «reçoivent » passivement de la liturgie et des sacrements, où enfin les femmes n’ont guère de place reconnue.

Si tel était le cas, ne faudrait-il pas au contraire chercher à s’en éloigner ?

Le Pape François dit que le cléricalisme est un péché qui se commet à deux. Pour ma part je prône la conversion !

Claudine Bénard

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