Dieu est-il sexiste?

Sylvie Kolaczec
13/02/2018
image du colloque saint jacut

Dieu est-il sexiste ? Femmes, hommes, religions

Colloque interreligieux – St Jacut – 26 au 28 janvier 2018

 

Quelques points forts du colloque

Le colloque a démarré le vendredi soir avec l’entrée en shabbat présidée par le rabbin Yann Boissière du Mouvement Juif Libéral – bien expliquée avec beaucoup d’humour.

Comme il existe 2 passages sur le shabbat dans Genèse et Deutéronome, les symboles utilisés vont par paire : 2 bougies, 2 coupes, 2 pains, etc.

Après le repas, l’aumônier des prisons dans l’Ouest de la France, Mohamed Loueslati, a présidé la prière musulmane du soir ; auparavant il nous a présenté Marie et ses parents dans le Coran : Anne et Joachim malgré leur grand âge attendent un enfant, qu’ils décident de destiner au temple ; c’est une fille Marie qui nait et qui malgré son sexe assumera son rôle au temple. La naissance de Jésus, sans père, comme signe de Dieu, est aussi mentionnée/reconnue dans le Coran.

Samedi matin, Laurent Grzybowski, journaliste de La Vie et animateur du colloque, a rappelé dans son introduction les statistiques « tenaces » relatives aux femmes en France sur :

  • les violences faites aux femmes ;
  • les inégalités salariales ;
  • le plafond de verre dans les entreprises et en politique malgré la législation.

Radia Bakkouch, présidente de Coexister, a ouvert le colloque en présentant ce mouvement.

Le rabbin Yann Boissière a commenté les textes de Gn 1, 27-28 et Gn 2, 18-25 et insisté sur plusieurs points de traduction : Adam, c’est l’humanité tout entière, l’aide est un neutre, le côté et non la côte comme c’est souvent traduit à contre-sens. Il montre comment dans Gn 2 Dieu organise ce côté en femme et la présente à Adam ; pour lui le texte hébreu est clair : la femme est créée avant l’homme. Il y a égalitarisme entre « ich » et « icha ». La domination masculine ambiante a procédé à une réécriture du texte : « ich » inverse les choses alors que le texte indique la création première d’Icha.

Il souligne aussi le pluriel de l’expression « Faisons » l’humain à « notre » image.

Dieu creuse en lui, fait le vide en lui, pour créer l’humain.

Eléonore Leveillé-Belutaud, pasteure de St Malo, commente le texte de Marc 5, 21-43. Deux évènements sont imbriqués : les guérisons de la fille de Jaïre et de la femme anonyme qui avait des pertes de sang. Pour la fillette de 12 ans, au début de la puberté, comme pour la femme, le salut apporté par Jésus est leur réintégration dans la communauté des vivants.

Claude Plettner, journaliste auteure de L’autre christianisme chez Bayard (2015), prépare un livre sur les écrits de st Paul, à paraître en mars au Cerf. Elle souligne combien pour son temps Paul a été subversif dans son attitude vis-à-vis des femmes : elles peuvent prêcher, prophétiser, être responsables de communautés.

Adoptant dans certains cas la norme sociale de l’époque, Paul est certes ambigu aussi ; mais Claude Plettner précise que certains passages auraient été écrits non par Paul mais par des disciples ultérieurement.

Dans l’après-midi 2 beaux témoignages avant les ateliers :

  • celui de Floraine Jullian, de mère juive et d’un père ancien prêtre catholique, qui vient d’adopter la religion juive après un long cheminement et qui s’y sent bien, à sa place ;
  • celui de Nora Azizi, aumônière musulmane à l’hôpital de Nantes, qui, citant plusieurs sourates, montre que le Coran place hommes et femmes à égalité : Sourate 4 An-nissa (les femmes) : Oh êtres humains ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être/âme et de cet être Il a créé le couple et Il a tiré de ce couple une multitude. Craignez Allah au nom duquel vous vous implorez les uns les autres… Elle rappelle que Khadija, la 1re femme du prophète, a eu une forte influence sur lui ; c’est seulement 15 ans après leur mariage qu’Allah aura une 1re révélation. Elle termine son exposé par le hadith : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur avec les femmes. »

Conclusion de ses premiers exposés suivis d’échanges avec la salle : malgré le patriarcat en vigueur à l’époque de leur rédaction, tous les textes fondateurs des religions monothéistes comprennent des passages où femmes et hommes sont traités à égalité.

Ensuite une dizaine d’ateliers étaient proposés. D’après les échos, les participants-es ont beaucoup apprécié ces rencontres.

Atelier FHEDLES « Aller vers l’égalité des femmes et des hommes dans les églises et la société »

Successivement avec Annie, nous avons animé 2 fois cet atelier, pour lequel les organisateurs du colloque nous avaient sollicités en mai 2017.

23 participants-es au premier et 25 au suivant.

Après un temps de présentation, les échanges ont porté avec le 1er groupe principalement sur la situation figée de l’Église catholique entrainant un certain découragement.

Le 2e groupe était plus intéressé par des questions théologiques et philosophiques

La soirée a été animée par les jeunes de Coexister : une soirée très enjouée, bien menée, avec des jeunes très investis. Ils nous ont présenté l’Interfaith Tour, un tour du monde effectué par 4 jeunes de religions différentes ou athées à la rencontre de groupes interreligieux. Le 3e tour se terminait début février et le quatrième débutera en 2019. http://www.coexister.fr/

Dimanche matin au cours de la célébration œcuménique, la pasteure Éléonore Leveillé-Belutaud a élaboré sa prédication autour du texte de la Samaritaine, insistant sur les 3 points de fracture apportés par Jésus :

  • il outrepasse les conventions religieuses entre juifs et samaritains ;
  • il parle avec une femme contrairement aux mœurs de l’époque, et cette femme va transmettre le message de Jésus à l’instar d’un disciple homme ;
  • le culte célébré au temple de Jérusalem sera dépassé/transformé par le Christ.

Durant le temps spirituel interreligieux qui a suivi, après une courte méditation proposée par une bouddhiste, celle-ci a lu un beau texte sur la nature, puis nous nous sommes associés à la lecture d’un poème par une jeune femme agnostique et à la lecture de textes musulmans.

Table ronde « Égalité femmes-hommes : les religions doivent-elles se réformer ? »

La table ronde a suscité des échanges à la fois vifs et fructueux entre la salle et les conférenciers-ères :

Attika Trabelski

co-présidente de l’association féministe et antiraciste Lallabhttp://www.lallab.org/ a présenté la genèse et les buts de Lallab : faire entendre les voix plurielles de femmes musulmanes.

Eugènie Bastié

journaliste au Figaro et rédactrice de la revue Limite, auteure de Adieu mademoiselle : la défaite des femmes considère quant à elle que c’est un lieu commun de dire que les religions sont infériorisantes pour les femmes ; elle prend pour exemple les saintes dans l’Église catholique. Si elle reconnait qu’il y a une crispation de l’Église catholique par rapport à la modernité, elle considère que l’encyclique Humanae Vitae a été prophétique puisque maintenant la contraception chimique est remise en cause par certaines femmes. (ndr : la salle a réagi à ces derniers propos)

Eugénie Bastié approuve cette spécificité de l’Église catholique d’avoir un discours sur la différence de sexes et de proposer un message sur le couple.

Yann Boissière

Yann Boissière cite sa consœur Pauline Bebe : « La misogynie est contraire à un Dieu juste. »

Pour situer un discours sur la religion, il propose les 4 critères suivants :

  • le positionnement EUX / NOUS ;
  • la lecture littéraliste des textes OU la possibilité de leur interprétation ;
  • l’acceptation de la culture profane OU non ;
  • la question de l’égalité hommes / femmes.

NB : 70 % des juifs dans le monde sont libéraux mais ce mouvement est minoritaire en France.

Anne Soupa

Jamais Jésus n’a creusé les différences entre hommes et femmes ; le christianisme n’est pas sexiste mais la religion l’est devenue à l’instar de la société.

Pour Anne Soupa, l’acteur majeur de la régression dans ce domaine est Jean-Paul II, qui a fondé ontologiquement la différence entre homme et femme en considérant la femme comme l’aide de l’homme. Puis Benoit XVI a développé le thème des qualités féminines. Pour le magistère romain, la femme est « POUR » (le mariage et la maternité), alors que l’homme est pure gratuité ; la définition de sexe passe avant l’être humain.

Maintenant comment donner la parole aux femmes ? L’Église catholique est faible actuellement pour se réformer et il faut être fort pour se réformer.

Gn 2,18 – Le couple homme / femme est créé MÊME et AUTRE : Même avec les mêmes responsabilités et autre avec des différences. Il est inconcevable que le magistère romain donne la définition d’une « femme » ; la différence est le fruit de l’égalité et non le contraire ; l’égalité est originelle. L’utilisation de la différence est idéologique.

Dorénavant il nous faut apprendre à travailler comme MÊME et AUTRE.

Sylvie Kolaczec

Crédit photo: 
Abbaye saint Jacut de la mer
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