Deuxième dimanche de l'Avent

Comité de la Jupe

JesseTree

Ce jour nous offre trois lectures d’un dynamisme à vous couper le souffle. La première, tirée du livre du prophète Isaïe (Is 11, 1-10), évoque le « rameau » qui sortira de Jessé, le père de David. Sa descendance, en somme. Le Moyen Age (pas la Bible) a aimé se dire que ce bon Jessé, (celui dont on voit le vitrail dans plein d’églises) a commencé par rêver, qu’il a fait un songe à propos de sa descendance. C’est pourquoi on le représente dans son lit (eh oui, un lit pour faire des rêves et pour faire les bébés), avec un grand arbre qui sort de son ventre et qui grimpe jusqu’au ciel (pour de la pulsion de vie, du dynamisme, en voilà déjà une bonne dose, messieurs !). Et ce descendant, c’est un gage, de paix, de bonheur, de prospérité. Mais encore ? Eh bien, nous y voilà, vous connaissez cette image fameuse, celle où « le loup habitera avec l’agneau…. », où « le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. » C’est aujourd’hui le moment de l’entendre et de la comprendre. Pour un chrétien, ce texte annonce le Seigneur Jésus. Il est le roi issu de David qui pacifiera la création avec elle-même, qui ôtera le mal de la surface de la terre, un roi dont « Justice est la ceinture ». Rêve encore, dirons certains, que cette création idéalisée, que ce Messie prodigieux, alors que le mal continue de sévir. Alors, Isaïe, et nous avec lui, sommes-nous simplement de doux rêveurs déçus devant la dureté du monde ? Je ne crois pas. L’idéal, le rêve, l’au-delà, l’avenir, ce sont de fabuleux moteurs dans une vie humaine. N’avons-nous pas tous à nous appuyer sur cette aspiration à un monde plus juste, à déceler en nous cette formidable poussée de vie, pour agir, pour servir le monde, pour le conduire vers son Seigneur ?

Le second texte, de la lettre de Paul aux Romains (Romains 15, 4-9) invite lui aussi, à pousser les frontières pour regarder au delà, vers plus large que soi et son petit monde. Paul écrit à des païens convertis. Il leur explique que si Jésus s’est fait serviteur des Juifs, ce n’est pas parce que les juifs seraient plus malins ou plus pieux, mais parce que c’étaient eux qui, depuis la nuit des temps, détenaient les promesses de Dieu. Et si Dieu les appelle, eux les païens, c’est parce qu’il est un Dieu miséricordieux. Les Romains sont donc invités, comme dans une famille, à accepter « la part de l’autre », celle du frère et de la soeur. Sans en éprouver ni crainte ni ressentiment, car les bras aimants de Dieu sont toujours ouverts, comme ceux d’une mère restent toujours ouverts quand la famille s’élargit. Grande et fondatrice expérience que celle de découvrir que l’amour d’une mère, quand il se partage, reste toujours entier ! Source d’un dynamisme qui ne s’usera pas, car il balaie pour toujours le ressentiment, la jalousie, l’envie.

Par contre, il pourrait paraître plus difficile, à première vue, de trouver du dynamisme dans le texte évangélique. On y rencontre plutôt de la violence : Jean-Baptiste n’y va pas de main morte ! Il frappe et met à terre son auditoire (Matthieu 3, 1-12) : « Engeance de vipères ! » … Deux ou trois lignes plus loin, on comprend où le terrible ascète veut en venir : « Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion! » Ah bon, c’est de cela qu’il s’agit ? Le lecteur souffle un peu : c’est simplement une scène de réveil. Un clairon un peu tonitruant, dont on a perdu l’habitude dans nos sociétés feutrées. Mais lorsque le prophète mangeur de sauterelles continue, on comprend de mieux en mieux : « N’allez pas dire : nous avons Abraham pour père (…) car Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». Wouah ! Là, je jubile, plus fort encore que lorsque j’étais enfant et que je soutenais le valeureux Robin des Bois ! Plus révolutionnaire que ces propos, je ne connais pas ! Voilà une bonne dose de nitro glycérine, qui balaye de son souffle tous les paresseux assis sur des situations de nabab pour lesquelles ils n‘ont rien fait. Qui sont de simples héritiers, mais pas des acteurs. Elle signifie : « Vous les fils à papa, arrêtez de vous pavaner de vos ancêtres à particule, de profiter des biens gagnés par d’autres, des positions sociales non justifiées. Moi, Jean, moi qui crois en Dieu, je sais que Dieu peut tout faire et que vos valeurs ne sont que de la paille à brûler ». Si ce n’est pas du dynamisme, cette manière inouïe de bousculer les pesanteurs sociales, alors qu’est-ce que c’est ? On dirait un laboureur qui retourne le sol, bien profond, pour que la récolte suivante soit bonne. Dans une société, pareil retournement ferait du bien !

Deux choses, avant de finir : si ce ton vous choque, sachez qu’il ne choquait pas les juifs du 1er siècle, au contraire. La discussion entre Juifs n’avait pas peur des excès de langage, ni des anathèmes. Et, aussi et surtout, observez bien que ces gens ne sont ni jugés ni condamnés sans appel. Ils restent toujours « appelés », comme vous et moi, à la conversion. A l’avenir, à la vie, toujours devant…. Merveille, cette parole du Seigneur qui met les gens debout, responsables, acteurs, et confiés à la miséricorde sans limites de Dieu.

Anne Soupa

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