Des fondatrices de congrГ©gations, au 19e siГЁcle

Comité de la Jupe
Sophie Barat (Source Wikipedia)

En France, après la période révolutionnaire, l’Église s’appuya sur les femmes pour rechristianiser la société. De nouvelles congrégations féminines furent fondées, souvent au profit de l’éducation des filles. L’historienne Geneviève Gabbois, dans La Religion de ma mère, évoque les figures de Sophie Barat, fondatrice des Dames du Sacré-Cœur en 1802, de Marie Rivier, qui fonda, à partir de l’Ardèche, de nombreuses écoles dès 1796, de Mère Saint-Benoît qui établit des écoles et des pensionnats, surtout en Vendée.

Sophie Barat, Marie Rivier, mère Saint-Benoît : trois vocations écloses au cœur de la tourmente révolutionnaire ; trois réponses personnelles, à leur mesure, à ce qui leur a paru le plus urgent pour l’Église. Mais toutes ont été emportées au-delà de ce qu’elles imaginaient.

Au sortir de la Révolution, en effet, la situation se résume en quelques évidences. Les jeunes générations, après un hiatus de dix ans dans la transmission de la foi, sont ignorantes : « les enfants grandissent sans instruction, sans confession, sans première communion (27) », se plaignait dès 1797 Mgr Gratien, évêque de Rouen. Et ce n’est pas le clergé qui pourra seul rattraper le retard : quarante-deux pour cent des prêtres ont plus de soixante ans. Il faut donc regarder du côté des femmes, dont la fidélité à leur foi a été manifeste dès l’époque des Lumières et au temps des persécutions.

Des hommes comme le P. Varin et le P. Baudouin, pour ne citer qu’eux, ont senti le poids de l’ignorance : « on ne manque guère de personnes qui donnent les soins les plus nécessaires aux malades ; mais pour les âmes, elles languissent dans l’ignorance et dans le crime », écrit le P. Baudouin en 1802. Et ils ont travaillé à mettre sur pied un « corps de missionnaires des deux sexes » en comptant particulièrement sur les femmes :

Il faudrait commencer le grand ouvrage du relèvement de la France par l’éducation de la jeunesse. Tout l’espoir de l’Église et du pays est fondé sur la génération qui s’élève. Il faudrait s’emparer de ses premiers ans pour semer de bons principes dans les écoles que les ecclésiastiques ouvriront sur tous les points de la France. Les femmes pourraient beaucoup dans cette grande œuvre ; c’est à leurs soins que le premier âge est confié, cet âge où les impressions sont si fortes et si durables.

Ce retour sur « le premier âge […] où, les impressions sont si fortes et si durables » est fréquent en cette période marquée par Rousseau. Mais ici, chez ces hommes d’Église bouleversés par la cassure révolutionnaire, l’exil et la vie cachée, on peut voir aussi la trace d’un retour sur soi où le souvenir de celle qui leur a transmis la foi leur a donné confiance en l’avenir. La conclusion s’impose : « Il credit annual report money of this type must be paid back by dipping into the money supply in future. importe de former des mères chrétiennes (28). »

C’est bien là la conviction des autorités ecclésiastiques dans leur ensemble, et les dirigeants politiques, sous le Consulat et l’Empire, pensent de même car il importe pour eux que la société reste « sous l’empire de la religion ». Il n’est pas question d’autoriser la reconstitution des ordres religieux masculins, mais les congrégations féminines actives, hospitalières et enseignantes, elles, sont tolérées, puis favorisées. On ne redoute pas les religieuses. « Leur esprit sédentaire, calme, patient, ne permet pas de craindre qu’elles veuillent jamais sortir du cercle qui leur est tracé par le devoir et le règlement (30) ». Et les parents, les autorités locales, même gagnés par l’indifférence religieuse, adressent une demande pressante aux religieuses pour l’instruction des filles. Á peine une école nouvelle est-elle ouverte dans une localité qu’une commune voisine demande la sienne, dans les villes comme dans les campagnes. Chez les Ursulines de Chavagnes, bien que les novices ne cessent d’affluer, on ne peut répondre à toutes les demandes ; le P. Beaudouin fait patienter : « J’ai promis pour bientôt, tirez-moi de là. En attendant, je vais lambiner avec mon maire. C’est une paroisse de mille cinq cents âmes : beaucoup de jeunes filles qui demandent du pain, mais point de mères qui sachent le couper », écrit-il à mère Saint-Benoît (31).

Mgr Frayssinous, ministre de l’Instruction publique sous la Restauration, résume bien l’attente générale ; les religieuses savent « préparer de loin de bonnes mères de famille [et] les former d’avance à ces habitudes pieuses, douces, modestes qui font le charme et le bonheur de la vie domestique (32) ».

Le résultat de ces vocations nées au cœur de la Révolution, à cause de la forte demande pour l’instruction des filles – qui procède en partie de l’idéal révolutionnaire, et du choix de confier les filles à l’Église, alors que les garçons, dans les collèges royaux, appartiennent désormais à l’Etat-, Claude Langlois l’a magistralement décrit et étudié dans le Catholicisme au féminin (33).

GeneviГЁve Gabbois, sous la direction de J. Delumeau, La Religion de ma MГЁre,

Г‰d. du Cerf, 1992, p. 311-312

27. G. CHOLVY et Y.-M. HILAIRE, Histoire religieuse de la France contemporaine, Paris, Privat, 1985, p. 22

28. A.-D. POIRIER, p. 117-118 et p. 99-100

29. Circulaire de Fontanes aux recteurs, citГ©e par G. CHOLVY et Y.-M. HILAIRE, p. 21.

30. Mgr Frayssinous, citГ© par A. LATREILLE, Histoire du Catholicisme en France, Paris, 1962, t. III, p. 244.

31. A.-D. POIRIER, p. 262

32. Discours du 13 juillet 1824 à la Chambre des Pairs, cité par R. DENIEL, Une Image de’ la famille et de la société sous la Restauration, Paris, 1965, p. 189-190

33. Cl. LANGLOIS, Le Catholicisme au fГ©minin, Paris, 1984.

 

 

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