Des femmes prêtres?

Comité de la Jupe

Depuis qu’il nous arrive de répondre à des journalistes, Anne et moi sommes souvent sollicitées sur la question des prêtres qui pourraient être des femmes.

Il est vrai que l’action de la Jupe ne vise pas directement cet objectif, cependant, il est bon de répondre, au moins un peu.

D’abord, une réponse rapide que je nommerai jurisprudence Gamaliel.

Souvenez-vous, le pharisien Gamaliel « sauve la mise » des apôtres devant le Sanhédrin, dans les tout premiers temps de la prédication de l’Évangile, à Jérusalem. Alors que le conseil est près de les condamner, il se lève et dit : « Si leur propos ou leur œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même ; mais si vraiment elle vient de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire » Actes 5, 38-39.

De la même façon, nous disons que si les arguments qui sont opposés aux femmes pour réserver les ministères ordonnés aux hommes, viennent de Dieu, alors, ils tiendront. S’ils viennent des hommes, ils tomberont d’eux-mêmes.

Pour autant, la certitude que j’ai qu’ils tomberont d’eux-mêmes ne nous dispense pas de réfléchir un peu à la question.

L’argument de la masculinité du Christ m’a toujours semblé difficile à tenir. Pourquoi faudrait-il, pour être en figure du Christ, « in persona Christi » être de sexe masculin. Pourquoi confisquer l’universalité du Christ au profit d’un seul sexe au risque de rendre la « figure » hémiplégique ?

L’argument que c’est un choix que le Christ lui-même a fait, a toujours beaucoup plus retenu mon attention. En effet, pourquoi le Christ, qui de façon indiscutable ne montre pas la moindre trace de misogynie, au contraire, il est à l’aise avec les femmes, il n’est qu’à le voir avec la Samaritaine, avec Marthe et Marie, avec Marie-Madeleine ne choisit-il aucune femme parmi les douze ?

Intention symbolique ou soumission au modèle culturel ?

J’avoue que je ne voyais pas bien ce maître, si libre, s’incliner sur un point si crucial devant les us du temps.

Alors si le choix est symbolique, de quoi est-il symbolique ? Est-il nécessaire, impératif, de le respecter aujourd’hui ?

La lecture de l’excellent ouvrage de Maurice Vidal, Cette Église que je cherche à comprendre, aux Éditions de l’Atelier m’a ouvert une voie de compréhension.

Maurice Vidal rappelle une chose que je savais, mais sa façon de le dire, et sans doute ma façon de le lire ont opéré comme une révélation. En effet, le choix de Jésus de douze hommes juifs est tout sauf un effet du hasard. Jésus-Christ est le Messie qui accomplit la promesse et qui va rassembler Israël. Aussi choisit-il pour symboliser ce nouvel Israël douze hommes juifs, qui figurent les douze fils de Jacob et donc les douze tribus d’Israël. L’intention du Christ est bien et de renouveler et d’accomplir l’Alliance dans la continuité de l’histoire sainte d’Israël. Du passé, le Christ ne fait pas table rase, au contraire, il fonde en enracinant.

Très bien voilà qui justifie ô combien le choix initial et fortement symbolique des douze hommes juifs.

Mais ensuite, les premières communautés chrétiennes, et Paul à leur tête ont bien compris que la nouvelle Alliance conclue dans le sang du Christ avait une vocation universelle et qu’en Christ, Dieu ne rassemblait pas seulement la maison d’Israël, les fils de Jacob, mais l’humanité tout entière. Vision grandiose à laquelle l’assemblée de Jérusalem, et Pierre à sa tête, souscrit pleinement. Et Paul pourra avoir ces mots sublimes : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ».

Et de fait, l’Église pour donner une succession aux apôtres ne s’embarrassera pas de choisir douze hommes juifs. Bien vite, elle en choisira plus de douze, parce que la moisson est abondante et qu’il faut des bras, et elle ne considérera pas comme déterminant de les choisir juifs. Alors pourquoi pendant deux mille ans les choisit-elle hommes ? Par convention, par habitude, parce que ça ne venait à l’idée de personne que les femmes puissent être capables et dignes (que les curieux et curieuses lisent les propos de saint Thomas d’Aquin sur la faiblesse des femmes).

Qui aujourd’hui oserait prétendre que les femmes ne sont pas dignes ou capables ? Certainement pas notre frère cardinal archevêque de Paris, André Vingt-Trois, qui s’en est expliqué. Alors, que reste-t-il ? Le fameux symbole des douze fils de Jacob figurant les douze tribus, si puissant pour les contemporains du Christ nous parle-t-il ? Non. Il ne reste que des arguments oiseux sur la « nature » des hommes et des femmes sur la fameuse égale dignité dans la différence qui me font toujours penser à cette réplique de Coluche, « et certains seront plus égaux que d’autres ! »… par nature !

Allez, je ne suis pas une pétroleuse, je suis patiente le fruit tombera quand il sera mûr. Mais de temps en temps, secouons l’arbre.

Christine Pedotti

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