Des "cathos de l'intérieur" expriment une parole critique au sein de l'Eglise

Comité de la Jupe

Article de Stéphanie Le Bars publié dans Le Monde du 10 octobre 2009

Anne et Christine 150L'affaire a commencé comme une de ces mauvaises blagues qui ne font rire que leur auteur. Elle continue un an plus tard, dans la rue, à Paris et en province, où des fidèles catholiques devaient participer à une marche, samedi 10 et dimanche 11 octobre, pour témoigner de leur malaise face aux orientations actuelles de l'Eglise.

"Encourager la participation intellectuelle des catholiques à la vie publique ", telle est l'ambition de la toute nouvelle Académie catholique de France, présidée par le père Philippe Capelle-Dumont, doyen honoraire de l'Institut catholique de Paris. Alors que le monde catholique a, ces derniers mois, été soumis à de forts débats internes et à des mises en cause diverses, cette nouvelle institution, composée d'un corps académique de 70 universitaires laïcs et religieux, entend "promouvoir une articulation entre la foi chrétienne, la vie intellectuelle et artistique, et les différentes rationalités ". L'Académie ambitionne de "rendre utile à tous l'intelligence catholique des choses humaines ", estimant que " la vitalité intellectuelle du catholicisme mérite une plus grande visibilité et une meilleure communication ". Sa conférence inaugurale, intitulée "Dieu, le temps, la vie", aura lieu de 23 octobre au collège des Bernardins à Paris, et abordera notamment la pensée de Darwin.

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Retour sur ces quelques mois où l'on vit des "cathos de l'intérieur" manifester des signes de ras-le-bol et de contestation. En novembre 2008, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France et archevêque de Paris, interrogé sur la place des femmes dans l'Eglise, répond en ces termes : "Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête."

La phrase de trop pour Anne Soupa et Christine Pedotti, deux catholiques "centristes" engagées de longue date dans l'Eglise. Déterminées à "ne pas laisser passer ça", mais toutes pétries de culture catholique, elles déposent plainte devant... le tribunal ecclésiastique, au nom de l'association créée pour l'occasion, le "Comité de la jupe".

L'affaire n'ira pas plus loin, l'archevêque ayant apporté des nuances à son propos. En revanche, elle suscite de nombreuses réactions, qui se greffent sur le trouble des catholiques français qui s'est exprimé début 2009. Ils ont été secoués par la décision du pape Benoît XVI de tendre la main aux intégristes et par l'excommunication, décidée par un évêque brésilien, de médecins qui pratiqué un avortement sur une fillette violée.

Avec ses 500 sympathisants, le Comité de la jupe ambitionne de représenter ceux qui ne veulent "ni partir ni se taire" afin d'empêcher le "schisme silencieux" qui parcourt l'Eglise. "Nous ne sommes pas des militantes féministes, se défendent les deux intellectuelles, posées, âgées de 52 et 62 ans. Mais c'est vrai que la place des femmes dans l'Eglise est emblématique de beaucoup de problèmes actuels : la non-représentation des laïcs, la discrimination envers certains groupes, la privation de parole."

Au nom de ces "sans voix", Anne Soupa et Christine Pedotti ne mâchent pas leurs mots. "La parole est verrouillée, les fidèles n'osent pas parler de peur d'être accusés de "tirer sur une ambulance". Les religieux sont contraints au double langage et les laïcs qui font tourner l'Eglise sont considérés comme des supplétifs..." Relayant un grief récurrent dans certaines paroisses, elles contestent aussi le virage "clérical" de l'institution, avec la prééminence accordée aux prêtres. "Pour faire face à la crise des vocations, l'Eglise considère qu'il faut redonner aux prêtres une situation d'autorité, faire de la prêtrise un job gratifiant, quitte à marginaliser les laïcs engagés, qui de fait sont surtout des femmes."

Dans ce contexte, elles défendent "bien sûr" l'accès à la prêtrise pour les hommes mariés et pour les femmes, tout en reconnaissant que "la question n'est pas mûre". "Quand on voit que, dans leur obsession de "pureté", certains prêtres interdisent aux petites filles d'être enfants de choeur à part entière", s'emporte Christine Pedotti.

"Le risque actuel, c'est que l'Eglise ne soit plus catholique, c'est-à-dire ouverte et universelle, mais qu'elle apparaisse fermée à la souffrance humaine, moralisatrice, empreinte de juridisme", juge sans hargne Anne Soupa, sept ans de théologie à son actif. Le pontificat de Benoît XVI s'inscrit dans cette évolution "réactionnaire" qui "risque de transformer l'Eglise en une secte, en un groupement de clones", analysent les deux femmes. "Sous Jean Paul II aussi cette tendance existait, mais elle était masquée par son charisme."

Le Comité de la jupe "pose de vraies questions", reconnaît un évêque, qui souligne que, "justement", la prochaine assemblée des évêques, en novembre, devrait lancer une réflexion sur "la mission des laïcs dans l'Eglise". Mais globalement, l'institution ne goûte guère une critique interne qui se veut pourtant plus réformiste que révolutionnaire.

Au sein du clergé, des voix singulières partagent toutefois le diagnostic. Dans l'ouvrage qu'il vient de publier, J'aimerais vous dire (éd. Bayard 2009), l'une des figures de l'épiscopat français, l'archevêque de Poitiers, Albert Rouet, reconnaît : "On ne peut pas faire des chrétiens des mineurs irresponsables dans l'Eglise. Je pense très profondément que la manière de vivre en Eglise n'est pas adaptée au monde dans lequel nous vivons." Il appelle l'institution à "repenser sa manière d'être ".

De l'eau au moulin du Comité de la jupe, qui, quel que soit le succès des "marches catho-citoyennes", espère contribuer au réveil d'une opinion publique dans l'Eglise.

Stéphanie Le Bars
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Commentaires

un commentaire Sur la forme: nous pouvons voir les dernieres résuregences de 68 (pur constat : age,jesuite et une parties des dominicains.. ) chez les catholiques de la à dire qu'il y a un malaise des cathos de l'interieur . Un fossé que l'auteur de l'article voudrait enjamber tant bien que mal sans pour autant le voir. Quel(le)s jeunes cathos se reconnaissent dans ce discours, tres peu, parce que ce mouvement est dépassé! je dois etre trop réac...si jeune.. si reac

@ Louis de Lo Je ne crois pas qu'il y ait à voir une résurgence de 68 dans le fait d'aimer son Eglise. Que les jeunes de ma génération (celle des JMJ et JPII) ne se retrouve pas dans les Eglises est un fait, qu'ils souffrent de la situation est un fait, qu'ils n'aient plus la foi ou soient tous réac' est totalement faux. S'ils ne sont pas investis dans leurs paroisses on nous trouve dans des groupes de réflexion ou d'action: MCC, Jeunes Pros, DCC, etc.... Je ne crois pas qu'aimer son Eglise et la faire avancer plutôt que la crisper sur des pseudos sacralités soit un mouvement dépassé. Ou alors c'est bien dommage. je me souviens d'un Pape qui en 97 nous a dit "n'ayez pas peur!". En 2000 il nous a dit à Rome "Qui êtes-vous venu chercher?" et en 2002 à Toronto, je l'ai entendu dire que ma génération était "sel de la terre et lumière du monde". Vous y voyez des encouragements à garder une attitude prostrée et statique dans l'Eglise? Vous trouvez que ces mots d'encouragements de JPII sont réac'? Pas moi. La Conférence des Baptisés de France est ma réaction à ces appels entendus de Jean-Paul II

Je tiens a souligner que je comprends que vous ayez en quelque sortes des revendications , en revanche je ne comprends pas la mauvaise publicité qui en est faite qui tendrait à dire que votre "combat" à le soutien des Catholiques engagés dans L'eglise!

Bonjour à tous et toutes, Je ne souhaite pas ici parler au nom de l'association que j'ai créée, mais c'est plus simple ainsi. Je suis issu de cette génération JPII qui a crevé de chaleur à Longchamp un certain dimanche d'août 1997. Je suis parti parce que c'était trop grand, trop immense, trop lourd, il y avait trop de choses que nous ne pouvions assimiler en même temps. JPII fut un très grand pape et je ne peux l'évoquer sans émotion. Sont nés de multiples groupes, de nombreuses associations après son passage à Paris. Les JMJ furent un coup d'envoi à un regain incroyable de la foi en France. Mais pour certains, dont je fus, elles ont marqué un retrait. Je ne suis plus de cette Eglise-là, grouillante, fourmillante, débordée, presque. Nous avions trop de choix. Peut-être est-ce paradoxal, mais je ne pense pas être un cas. D'autres avec moi sont partis. Aujourd'hui, nous sommes trentenaires pour la plupart, parfois quarantenaires et revenons, parce qu'il nous semble que l'Église est apaisée, plus sereine, plus calme. Pour certains, quand la surface revient à celle d'un lac, cela est insupportable. Il faut du clapotis, absolument. Or, je ne le crois pas. Nous avons besoin de calme. Nous avons besoin de traverser notre société de consommation à outrance, nous avons besoin de sérénité, de paix. Je pense à ces centres d'appel qui sont devenus les nouvelles usines de notre temps. Quand on appelle un "téléopérateur", on entend un grondement et on est pris d'effroi. Comment peut-on faire travailler des personnes dans un tel environnement ? Nous vivons dans une société où le sens se perd. L'Église, quelles que soient ses imperfections, et elles peuvent être nombreuses, est aujourd'hui pour moi un repère, un cap. Un endroit où je me rends pour rencontrer le Christ. Il est là qui nous regarde, avec bienveillance et amour. Ne s'en tenir qu'aux formes institutionnelles est méconnaître la force intérieure dont l'Homme est capable. Je, vous, nous sommes capables de passer par-dessus ces désagréments, pour autant qu'ils en fussent. Je ne crois pas personnellement que l'Église se "droitise". Elle redonne du sens, elle redonne aux prêtres la place qu'ils ont perdue. La société devrait s'inspirer de ce mouvement. Pourquoi les médecins ont-ils perdu leur aura ? Pensons-nous qu'un homme qui possède cet immense savoir au service du bien de l'homme et de la femme ne doit plus être considéré que comme un dispensateur de services ? Comme le prêtre dispenserait le sacrement de réconciliation, à la chaîne ? Toute hiérarchie est difficile à admettre pour ceux et celles qui se veulent libres. Mais de quelle liberté parlons-nous ? La liberté d'acheter ses victuailles le dimanche à Carrefour ou celle de prier le Seigneur notre Dieu dans des conditions correctes, même dans les campagnes les plus reculées de France ? Car c'est aussi de cela qu'il s'agit. Quand je viens dans le temple du Christ, j'ai le droit de dire non. J'ai le droit de dire non. J'ai aussi le droit de dire oui, la liberté de dire oui, et cela engendre peut-être certaines contraintes. Comme dans tout contrat, comme dans le mariage. Ne nous excommunions pas entre nous, respectons-nous. Les mots du Cardinal Vingt-Trois furent malheureux. C'est un homme, avec ses faiblesses. Soyons miséricordieux, comme le Christ le fut pour Lazare. Comme nous le sommes chacun dans nos familles lorsque quelqu'un que nous aimons a fauté. Nous lui gardons notre amour, au-delà des conventions. C'est cela aussi, être chrétien et catholique.

Cher Petrus, Les mots du cardinal Vingt-Trois nous ont certes mis-e-s en route, mais il y a longtemps, qu'ils sont derrière lui et derrière nous. Nous lui devons de nous être réveillé-e-s. Pour le reste, l'Église pour l'avenir ne trouvera aucun bien ni aucun gain à se retourner vers un passé idéalisé. Elle risque surtout le torticolis. Ceux qui vivent dans la frustration de la perte de ce qui fut, et rêvent de "rendre", "redonner", "retrouver", se bercent d'illusions. L'avenir n'a jamais les couleurs du passé, il faut l'inventer non avec des regrets mais avec de la lucidité, de l'intelligence et de l'imagination. C'est à quoi nous avons l'ambition de contribuer. Christine pour le Comité.

Je voudrai rappeler un extrait de l'appel lancé dans le journal La Croix vendredi dernier : "Nous constatons avec tristesse que trop nombreux sont les hommes et les femmes, nos contemporains, qui n’ont pas accès à cette bonne nouvelle. Nous refusons de croire que cette situation serait exclusivement imputable à ceux qui n’entendent pas cette nouvelle et dont le cœur serait égaré par le péché, obscurci par le matérialisme et dépravé par l’immoralité. Quand la voix de Dieu devient inaudible, c’est notre responsabilité, celle de chaque baptisé, celle de l’Église du Christ, qui est engagée." Oui, nous sommes responsables du fait que nos églises se vident ! Nous, baptisés, c'est à dire évêques, prêtres, diacres, laïcs (religieux ou non). Je crois profondément que c'est l'Esprit Saint qui nous demande de ne pas accepter cette platitude et cette désertification de notre Eglise. Il nous demande de nous réveiller et de secouer le cocotier, car il y en a grand besoin. Il suffit de lire la vie de St François, de Ste Thérèse d'Avila, de St Ignace, et de bien d'autres saints, pour voir qu'ils ont grandement dérangé l'institution à l'époque. Pas pour le plaisir de la déranger, mais parce qu'ils en avaient l'impérieuse nécessité. Nous ne sommes pas des saints, mais ce qui est sûr, c'est que l'impérieuse nécessité est là. Et les temps ont changé ; les laïcs aussi sont devenus compétents ; eux aussi suivent des formations, font des retraites spirituelles, etc... Oui, il faut accepter que la donne a changé. Alors, vivent les Etats Généraux !

Le mot des etats generaux est a mon avis assez malheureux, parce que sans aucun rapport. Vous semblez decouvrir que l'Eglise ne suit pas le monde ou à contre temps et vous vous en ettonnez presque alors que cela a toujours été le cas. Oui des saint ont "fait bouger les institutions" mais dans quel mesure remmettent ils autant en cause certains des fondements de la religion catholique romaine je veux dire par la de L'Insttution en elle meme? Sur le fait que les eglises se vident, oui elle se vident, au fond ils ne restent que ceux qui prennent le temps d'y aller parce qu'aujourd'hui, il est dépassé d'etre catholique, mais c'est le propre de toutes les religions de perdre ses "pratiquants" des qu'on laisse la liberté? appuyons nous sur des stats si vous le voulez bien, pour eclairer votre constat! je reconnais que vous avez de belles intentions evangelisatrices mais je pense et je peux rassembler au moins autant de personnes qui pensent que votre orientation est completement dépassé! Mais voila ce que vous allez repondre : Nous sommes des precurseurs nous perceront, nous allons reveiller les chretiens. J'attends parce qu'au fond ce sont des themes recurents dans un certain millieu catholique plutot orrienté à Gauche(ah sacrilege que n'ai je dit...)

louis de lo est un bon exemple de ce qui me peine au sein de notre communauté. Genre de phrase "mais c'est le lot de toutes les religions de perdre ses pratiquants dès qu'on laisse la liberté" - franchement, louis de lo, êtes-vous sûr de bien rapporter les paroles du Christ ??? à mon avis, à l'époque, vous auriez sans doute été le premier à jeter la pierre ... "oups, zut, j'ai agit avant d'entendre sa parole" - je préfère en rire - et je prierai pour vous et vos comparses si malheureux - oui, je sens en vous une grande tristesse, une grande douleur - souriez ! riez ! L'Amour est en vous, mais vous ne semblez pas l'avoir encore ressenti

A Louis de Lo, Permettez-moi très modestement, avec toute l'humilité dont le Seigneur nous enseigne qu'elle est matrice de notre savoir, de vous sussurer que les églises redeviennent des lieux de rassemblement. Je n'ai aucun chiffre à ma disposition, je ne suis pas porteur de science en ce domaine. Cependant qu'il vous faut prendre en considération le Comité de la Jupe, Petrus-Ensemble, les Équipes Notre-Dame, Notre-Dame de l'Écoute du Père Luc Ravel pour les célibataires catholiques, partout en France, même très timidement, à pas bien comptés, gagnant la grève, la marée remonte. Oh, bien entendu, elle ne gagne pas la baie comme au Mont Saint-Michel. Elle va à la vitesse de l'escargot à fond sur les freins. C'est vrai. C'est tout de même un signe. Je suis en confiance, parce que Dieu sait. Je mets en lui toute ma foi, Il saura me guider, nous guider, tous, au-delà de nos divergences d'idées, de cœur, d'intelligence. Nous sommes ensemble porteurs de l'Espérance divine. Gardons cela précieusement dans notre cœur. Evidemment, l'on pourrait me rétorquer que je débite un discours pré-formé, que cela ne dépasse finalement pas le cadre d'une certaine bourgeoisie bien-pensante, car après tout, n'est-ce point cela, la matrice de ces mouvements divers... Je dis non. Vous avez le droit à la parole, vous prouvez par toutes les opérations que le Saint-Esprit a inscrites en nos âmes que l'Église est vivante, qu'Elle suscite l'intérêt, les passions, l'Amour. Je veux retenir cela, oui, cela. Les sourires qu'on voit aux sorties des messes. Tous, à des degrés divers, nous aimons notre Dieu et l'Église qui permet son culte. C'est magnifique. Personne n'aurait raison sur l'un ou sur l'autre. Nous restons fidèles à son enseignement, nous sommes ouverts à ses faiblesses, nous aimons sa force, parce que nous savons qu'elle est issue de Jésus-Christ le Seigneur, Curé d'entre les Curés, Abbé d'entre les Abbés, Rabbin d'entre les Rabbanim. Oui, je suis heureux d'être catholique, d'être chrétien, je suis heureux d'être fils de famille, de cette famille rassemblée tous les dimanches dans nos maisons éparpillées de par le monde pour porter la Nouvelle et la Parole. Nous sommes ensemble sur cette route et nous nous retrouverons. Comme sur le chemin de Compostelle.

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