Commission pour l’étude du diaconat féminin

Joce-Lyne BIRON
05/12/2016

Deux mois après l’annonce du pape François, on ne connaît toujours pas la teneur exacte du mandat qu’il a confié à la Commission pour l’étude du diaconat féminin. Femmes et ministères souhaite qu’il soit rendu public le plus tôt possible, sans quoi il sera difficile d’apporter une contribution aux délibérations inhérentes à cette question irrésolue depuis le concile Vatican II.

L’initiative, connue depuis le 2 août 2016, donne à prime abord un signal concret qui pointe en direction de la participation des femmes à la vie de l’Église catholique. La composition mixte de la commission est significative : présidée par un évêque, elle compte un nombre égal de femmes et d’hommes reconnu-e-s pour leur compétence. Voilà un autre indice encourageant pour la suite du dialogue à instaurer dans ce milieu institutionnel.

Il est cependant trop tôt pour applaudir inconditionnellement cette initiative. Les commissaires devront-ils se limiter à tirer au clair les données historiques qui attestent que des femmes ont été ou non ordonnées diacres durant le premier millénaire du christianisme ? Cette orientation pourrait certes dissiper certains obstacles touchant le passé, mais ne conduirait pas nécessairement à baliser l’avenir. S’agirait-il plutôt d’examiner la pertinence d’ouvrir maintenant le diaconat aux femmes et de clarifier les fonctions qui pourraient relever de ce ministère ? Alors les commissaires auraient reçu un tout autre mandat.

Puisque la commission est composée en majorité d’universitaires, il est permis de penser que le mandat penche surtout du côté d’une étude historique. La conclusion de leurs travaux serait-elle sensiblement différente de l’avis partagé que donnait la Commission théologique internationale en 2003 à la question : « Dans l’Église primitive l’imposition des mains par l’évêque correspond-elle à une “ordinationˮ qui relève du sacrement de l’Ordre ou s’agit-il uniquement de “l’institutionˮ d’un ministère à des tâches ? »

Rappelons-nous aussi que la Commission d’étude créée par le pape Paul VI, en 1973, avait été chargée d’explorer la mission et le rôle de la femme dans l’Église, mais en excluant la question de l’accès à l’ordination presbytérale, une « question réservée » au Pape. Semblable restriction sera-t-elle énoncée dans le mandat de la nouvelle commission ?

Le réseau Femmes et Ministères s’interroge en outre sur les méthodes de travail que les membres de la Commission choisiront : une démarche participative ou une conversation entre spécialistes ? Des groupes qui ont étudié la question des ministères au service de la communauté ecclésiale seront-ils consultés, invités à présenter des mémoires ?

Par ailleurs, le réseau canadien Femmes et ministères a été surpris d’apprendre qu’un Symposium sur le rôle des femmes dans l’Église a été organisé par la Congrégation pour la doctrine de la foi, à Rome, du 26 au 28 septembre 2016, et attribué à la volonté du Pape, selon le secrétaire de la Congrégation qui préside aussi la Commission pour l’étude du diaconat.  

Depuis 35 ans, Femmes et ministères travaille à obtenir la reconnaissance officielle des ministères (services) pastoraux exercés par les femmes dans l’Église d’aujourd’hui. Il reste donc aux aguets pour contribuer à la réflexion sur le diaconat dès que la Commission d’étude aura divulgué ce que le Vatican attend d’elle et son mode d’emploi.

Joce-Lyne Biron – Secrétaire pour le réseau Femmes et Ministères – Québec, le 18 octobre 2016

 

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