Combien de femmes représenteront l'Église aux États généraux de la bioéthique? zéro!

Comité de la Jupe

La bioéthique, c'est important, grave, complexe, bref, ça fait trembler. Aux Etats généraux de la bioéthique ouverts le 4 février dernier, on parlera de tas de choses fort complexes, dont même l'intitulé m'intimide, mais qui tournent toutes autour de la vie, à sa naissance et à son terme.

L'Eglise s'y prépare. Avec courage, elle essaie de contenir les strictes ambitions scientifiques, dont chacun sait que, si rien ne les tempère, elles peuvent devenir "folles", masquer une volonté d'emprise, une inextinguible soif de pouvoir, ou plus simplement être portées par cette idéologie primaire que tout découverte serait un "progrès", donc bonne et à mettre en pratique.

Pour faire entendre sa voix, la Conférence des évêques a donc institué une commission de six évêques (Messeigneurs P. d'Ornellas, H. Brincard, G. Defois,  M. Fréchard, G. Thomazeau, N. Turini.) et a beaucoup travaillé (voir le site de la conférence). Vaste et profonde mobilisation, tant mieux.

Après le fond, la forme. Modeste, réaliste, Monseigneur Carré reconnaît que : "nous ne sommes pas des spécialistes". Et Mgr d'Ornellas de poursuivre, (février 08, session à La Hublais) :

« Notre travail consiste pour le moment à écouter de nombreuses personnes du monde scientifique, médical, juridique, politique....».

Dans un second temps, les évêques se sont entourés d’experts, (3ou 4) au sein de chaque diocèse. A former, pour qu'ensuite, ils forment. Réunis à Paris le 13 décembre pour se connaître et se former. Bon, "c'est du sérieux"!

Mais j'en viens à ce dont personne, absolument personne ne parle, à la question que personne, absolument personne ne soulève, tellement on ne la voit pas, tellement elle est comme le nez au milieu de la figure : où sont les femmes? Six évêques, cela ne fait pas beaucoup de femmes…

Et pourtant… Souvenez-vous, ces vibrantes et flatteuses homélies sur la présence "de grand prix" des femmes lors de la Passion de Jésus, au tombeau le matin de la Résurrection, de ces femmes dont les clercs aiment nous dire qu'elles sont "au plus près de la vie", qu'elles en sont les "gardiennes" lorsqu'elle est naissante, fragile ou menacée.

Alors? N'est-ce pas la vie, dans ses marges, précisément, qui est ici en débat?

Eh bien, fini! Les femmes ont disparu de la scène… Mesdames, ne confondez pas tout : dans l'Evangile, d'accord, il y a des femmes qui agissent, mais dans nos commissions, non, c'est une affaire sérieuse, une affaire d'hommes.

"Mais non", dit cependant une petite voix en moi, tout n'est pas aussi tranché : Monseigneur Daucourt de Nanterre (et peut-être d'autres) donne la parole à une femme, médecin et théologienne, pour mener des conférences sur le sujet.

Peut-être aussi la plupart des membres de cette commission sont-ils prudents, modestes, prêts à écouter "même" des femmes. Peut-être même voudraient-ils être "épaulés", par elles, ou même encore les laisser monter sur le devant de la scène? Pourquoi ne le font-ils pas?

Pourquoi s'exposent-ils à ce contresens, à cette distorsion de la réalité humaine et du message évangélique en confisquant une décision qui ne les concerne souvent qu'indirectement, alors qu'elle touche souvent directement des femmes qui, elles… ne sont ni entendues en tant que femmes, ni décisionnaires!

N'ont-ils pas peur du ridicule à engager ainsi la responsabilité morale de toute l'Eglise catholique du simple fait de leur masculinité, alors que la bioéthique est à mille lieues du souvenir de l'institution de l'eucharistie qui, selon la discipline en vigueur, rend la masculinité décisive?

Ministère ordonné et gouvernement de l'Eglise sont deux réalités dont la connexion est aujourd'hui périlleuse pour l'Evangile lui-même. S'y ajoute le fait que l'image donnée par ces tribunes exclusivement masculines est désastreuse et contre productive : ces hommes peuvent-ils témoigner de ce que c'est que de s'allonger sur un lit gynécologique? Que d'y attendre un don de sperme (Je souhaiterais qu'il aient donné le leur, peut-être l'ont-ils fait, au moins pour partager le sort de ces hommes) ? Que de sentir bouger un enfant en soi? Que de souffrir de stérilité (qui est la première souffrance exaucée par Dieu dans la Bible, lorsque, au chapitre 18 du livre de la Genèse, les trois envoyés de Dieu promettent à Sara un fils) ? Que de mettre au monde un enfant meurtri pour la vie? Que savent-ils des sentiments d'une femme? Peuvent-ils débattre du sentiment maternel : inné ou acquis?

Pour moi, j'ai choisi, comme, hélas, la plupart de mes contemporains : je voudrais les écouter, mais ils font tout pour que je ne les écoute plus.

Parce que, de deux choses l'une : ou bien la bioéthique est une affaire de spécialistes et alors les évêques ne sont pas, a priori, compétents.

Ou bien elle est un sujet de société, à débattre avec sagesse, et alors elle est celle de tous, hommes et femmes.

Et la plus élémentaire des sagesses (mais non la seule!) n'est-elle pas la représentativité du collège qui débat?

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