Chère Thérèse d’Avila

Comité de la Jupe
Notre amie Claude Plettner inaugure une nouvelle manière d’écrire une biographie. Ingrédients nécessaires : fréquenter depuis longtemps le personnage, avoir lu et relu ses écrits, se sentir en affinité et en même temps parfois agacé… bref avoir envie d’entamer un dialogue. C’est ce que fait Claude Plettner en écrivant 20 lettres à Thérèse d’Avila. Des lettres piquantes, vivantes, drôles parfois, toujours enlevées qui, mine de rien conduisent le lecteur dans les principales étapes de la vie de la Madre. Il est clair que Claude en fait une alliée dans sa propre quête d’une Eglise vraiment disciple du Christ et qui donne toute sa place aux femmes. Ainsi elle lui écrit dans le Préambule : « Parfois, aux jours où trop de bouillie spirituelle accable, où la raideur institutionnelle immobilise, je reviens vers toi ma contemporaine riche et vivante. » Ou encore, dans une lettre intitulée « garde-fous et fous furieux » : «… quand on est spirituel et qui plus est femme, il faut en passer par ces détenteurs masculins du savoir, en ces jours où les inquisiteurs veillent au grain. Tu l’as appris à tes dépens : ces renards de clercs t’ont à l’œil et tous ceux qui, comme toi, ont le goût de l’aventure intérieure. » Pour Claude, Thérèse est une « compagne de voyage » en ces jours où l’on sent que notre expérience spirituelle personnelle ou notre lecture de l’Ecriture ne sont pas reçues et provoquent même le rejet. Mais cela ne fait pas rendre les armes à Teresa ! « Pas de goût pour les soumissions aux médiocres. Je suis au regret de t’apprendre que plus de cinq siècles plus tard, ce n’est pas encore gagné pour les théologiennes ». Les « médiocres », ce sont pas mal de théologiens, ces confesseurs qui hantent les couvents et ordonnent n’importe quoi sans respect de la personne… et bien sûr les « Anges », ces redoutables inquisiteurs ! Heureusement dans ce « panier de crabes », Thérèse a un complice : Jean de la Croix. Aussi transportée au 7ème ciel soit-elle, la Madre est bien incarnée et avoue son besoin d’avoir de amis ; cela touche Claude qui lui écrit : « Seul Dieu suffit », lances-tu dans un poème. Ah oui ? Mais à condition d’avoir des amis et quelques coups de foudre ! On est bien d’accord. » L’auteur admire aussi cette modernité de Teresa qui, avant Zundel (mais après Saint Augustin), a expérimenté que connaissance de soi et connaissance de Dieu peuvent n’être qu’un ! Terminons par une véritable déclaration : « J’aime chez toi que l’âme ait un corps, que la foi ne soit pas sans l’écoute de ton corps de femme tout entier engagé dans la relation à Dieu. J’aime ta foi voluptueuse et réfléchie… » Vous l’avez compris, Claude est sous le charme de la grande Thérèse et elle y entraîne irrésistiblement le lecteur. Mille mercis, Claude, pour les délices de ces pages qui ne pouvaient s’écrire que dans une de ces merveilles complicité entre femmes ! Monique Hébrard Chère Thérèse d’Avila. Claude Plettner. Bayard 127p. 14, 90 €
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