Bluff sur le genre !

Comité de la Jupe

La récente agitation autour des manuels scolaires de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) des lycées, ferait rire si elle ne levait pas le voile sur la volonté de censure d’une partie de l’Église –institution-. « La censure limite la somme de nos savoirs », a dit un philosophe. Or, il s’agit là d’une velléité de limitation des savoirs, non à l’intérieur du monde catholique lui-même, mais dans l’espace public, celui de la diffusion de l’enseignement par l’Éducation Nationale.
De quoi s’agit-il ? Simplement de l’affirmation que genre et sexualité ne sont pas obligatoirement liés et que, si le genre est une donnée publique (il est inscrit dans l’acte de naissance), l’orientation sexuelle, quant-à-elle, relève d’un choix privé. Par ailleurs, il est observé que certaines personnes ont un genre biologique qui ne correspond pas à leur identité psychique.
Faits empiriques qui peuvent être constatés chaque jour. Ces variations ne constituent pas des anomalies, mais sont des composantes de l’humanité des sujets, existant depuis des millénaires.
Des exemples anthropologiques sont donnés, sur des cultures où il est possible d’avoir un genre social qui ne correspond pas à son genre biologique. On pourrait ajouter que dans certaines régions d’Afrique, une femme veuve et ménopausée peut avoir accès au Conseil des Sages en tant que personne devenue du genre social masculin ; et qu’elle peut aussi avoir une « épouse », qui l’aide et se trouve sous sa protection, mais avec laquelle elle n’entretient aucune relation sexuelle.
Nous sommes dans l’étude des réalités humaines. Il est donc absurde de dire que ces données nient les différences sexuelles.
Les fameuses « théories du genre » mises en accusation sont tout à fait autre chose.
Tout d’abord, il s’agit de théories SUR le genre, questionnements diffusés
par des philosophes majoritairement nord-américaines.
Les « gender studies » font suite aux « women studies ». Si ces études ont été accueillies avec enthousiasme par les personnes gay et lesbiennes, c’est simplement qu’elles les aidaient à comprendre et combattre les discriminations dont elles font l’objet et qui, dans certains pays, vont jusqu’à la peine de mort. Les philosophes et les chercheuses qui étudient ces questions sont féministes et ont souvent commencé par se pencher sur les discriminations de genre. Leurs recherches s’appuient sur les écrits des auteures féministes du 20e siècle : Simone de Beauvoir, Luce Irigaray, Christine Delphy, Catharine Mc Kinnon, Andrea Dworkin ; pour ne citer qu’elles.
La philosophe la plus connue en Europe est Judith Butler, Américaine qui a publié en 1990 « Trouble dans le Genre ».
Butler s’inscrit dans la continuité de Michel Foucault, dont l’œuvre l’a, à ses dires, passionnée. C’est à dire qu’elle questionne la politique des normes et qu’elle donne des outils pour réfléchir à ce qu’elle nomme « l’évidence perdue des normes ». Une partie de l’œuvre de Foucault examine en effet comment un sujet se situe par rapport à un ensemble de prescriptions normatives et comment il peut se structurer à travers sa relation à ces normes. Il étudie leur effet coercitif et interroge la situation de ceux et celles qui ne rentrent pas dans le cadre des alternatives proposées.
Butler continue ce travail.
Elle a été reçue en France à l’École Normale Supérieure, et à Sciences Po.
Si l’on visionne des extraits de ses interventions, on voit qu’elle parle un langage clair et simple, émaillé d’exemples concrets pour bien faire comprendre son questionnement.
Un des faits qu’elle relate m’a frappée : il s’agit d’un jeune garçon jeté du haut d’un pont par d’autres jeunes gens. Ils le harcelaient parce qu’il avait depuis plusieurs années une démarche de plus en plus chaloupée et « féminine ». Il en est mort. Donc, explique Butler, si ne pas se conformer aux normes de genre de sa culture conduit à la mort, il y a urgence à s’interroger. Qu’est ce qui est ressenti comme si intolérable ?
On peut citer des cas de transgressions inverses sévèrement réprimées dans le monde oriental. La grande Oum Kalthoum a dû se déguiser en homme pour débuter dans la musique, et seul son talent l’a sauvée de la punition.
Mais en Europe, les femmes qui affichent des caractéristiques dites masculines et de la combativité, sont férocement sanctionnées.
Des jeunes femmes à l’allure « masculine » sont régulièrement harcelées, battues, et insultées.
C’est de l’angoisse sur le genre que traitent ces philosophes et de ses conséquences néfastes pour la dignité humaine.
Que leurs travaux aient inspiré les rédacteurs du manuel, c’est possible.
En tout cas, je doute que l’épiscopat possède la moindre compétence pour donner un avis autorisé. Ses déclarations sur les « lobbies gay », et ses raccourcis sur ce qu’il nomme  « la théorie du genre » montrent que ces auteurs n’ont rien compris des enjeux qui sont posés.

Michelle. C. Drouault

La photo de notre excellent ami le cardinal Burke en pèlerinage à Rocamadour, n'est-elle pas à elle seule une illustration du fameux "trouble dans le genre"?

Eh, oui, ce sont ces messieurs qui tels de nouveaux Don Quichotte partent en guerre contre les Gender Studies!

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