Au milieu de la vie, Quel avenir après cinquante ans.

Comité de la Jupe

par Margot Kässmann, Labor et fides, 19, 50 €, 2012

Margot Kässmann est l’exemple de ce que ne peut pas connaître une femme catholique. Elle a fait le choix d’être pasteur et l’est devenue ; plus tard a été ordonnée évêque d’Hanovre, au sein de l’Église luthérienne, fonction qu’elle a exercé dix ans, puis, en octobre 2009, elle a été nommée présidente du Conseil de l’Église protestante allemande, instance qui regroupe les grandes Églises protestantes allemandes. Cette même année, elle avait publié le livre qui vient de paraître en France sous ce titre et qui a connu un grand succès puisqu’il est resté plus d’un an parmi les meilleures ventes en Allemagne. Mais quatre mois après sa dernière promotion, elle est verbalisée pour conduite en état d’ivresse et démissionne aussitôt. Le coup est rude pour cette théologienne à qui tout semblait réussir ! Pourtant à lire ce livre, on mesure que sa décision, si elle a dû lui coûter, a été prise sous le regard de Dieu et dans la conscience de sa responsabilité. Elle montre que Margot Kässmann n’a pas cherché à fuir, ni sa faute, ni sa faiblesse. De plus, elle met bien en valeur que cette faiblesse, partagée avec beaucoup d’entre nous, est bien l’un des maux de notre temps,.

Et tout, dans ce livre d’une lecture très vivante, ramène son auteur au souci de notre humanité commune : comment bien vivre ce que nous avons à vivre ? En s’installant sur cette ligne de partage qu’est la cinquantaine, l’auteur nous offre une belle leçon de foi et d’espérance. Les unes après les autres, elle aborde toutes les réalités vécues qui peuvent typer ces années charnière : la fin de la jeunesse, l’usure du corps, les enfants qui partent, les crises des couples, la solitude, subie, mais parfois choisie, la maladie grave (pour elle un cancer), le prix des joies simples, la difficulté à aborder la vieillesse, la mort des amis, le sentiment croissant que la fin est en marche…

L’intérêt, c’est que tous ces sujets suscitent et aussi renouvellent notre réflexion sur la plupart des grandes questions de la vie : aimer, se lier, se séparer, chercher la vérité de sa vie, devenir fraternel… Tous les moments de rupture, de recomposition, de quête, d’errance, parfois, de ces années délicates, sont racontés, traversés, exorcisés, rendus familiers, humains, en somme. C’est un bien de l’avoir fait avec autant de simplicité. L’expérience, aussi, est au rendez-vous : de par sa fonction, Margot Kässmann a rencontré quantité de personnes confrontées à des situations inédites ou problématiques, quantité de personnes, aussi, prêtes à apporter leur expérience et la richesse de leur regard. Tout ceci fait parfois du livre une conversation à plusieurs voix, qui toutes enrichissent le propos.

Ce livre est aussi un observatoire privilégié pour comparer l’approche protestante de la vie et l’approche catholique. La différence essentielle me paraît être la moindre pression de l’idéal chez les protestants. Sauf dans des Églises marginales, le protestantisme ne connaît pas la tentation ascétique, typiquement catholique, même si elle remonte aux Pères du désert, qui pousse à la fuite du monde et à son dénigrement pour nourrir un idéal de pureté et de perfection. Chez Margot Kässmann, le monde moderne n’est pas le loup à abattre…. Est-ce parce que constamment, il est rapproché de la parole biblique qui sonde les reins et les cœurs ? Incontestablement, ces Écritures qui racontent l’histoire d’une alliance, qui suivent la vie d’un peuple dans son bonheur comme dans son malheur, qui ne jugent pas mais rappellent l’amour indéfectible de Dieu, sont précieuses pour envisager notre rapport au monde et l’enrichir, le rendre moins brutal, car précédé de l’expérience spirituelle du peuple juif. Margot Kässmann cite beaucoup la Bible et ses citations sont toujours en résonnance forte à des expériences vécues. Tout cela fait du bien et nous enrichit tous. De fait, il y a vraiment plusieurs demeures dans la maison du Seigneur ! Aujourd’hui, Margot Kässmann est chargée de préparer l’Église luthérienne à la célébration du 500e anniversaire des 95 propositions de Luther. Souhaitons-lui un heureux retour.

Anne Soupa

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Commentaires

Bonjour les vivants, vous propagez la Vie. Merci d'être vivante. Michel

Bonsoir et Bonne Année 2013 à toutes et à tous ! Grâce à vous j'ai découvert ce livre ! J ai eu un peu de mal à me le procurer. Mais en m'adressant à la librairie protestante rue de Clichy à Paris, ça n a posé aucun problème ! Ce livre devrait être lu par toute femme approchant de la cinquantaine. Moi qui en ai 75 je m'y retrouve dans plusieurs chapitres. D autre part, voilà une responsable d’Église qui parle sans fards et surtout qui sait de quoi elle parle quand il s'agit des femmes, de la famille. C est ça la grande différence entre la majorité des pasteurs masculins ou féminins qui ont une famille, et les clercs qui dirigent l’Église Romaine dont beaucoup sont carrément misogynes !

Je n'ai pas lu ce livre mais je l'ai commandé. Ce qui m'a attiré le regard, c'est « De plus, elle met bien en valeur que cette faiblesse (l'alcoolisme) partagée avec beaucoup d'entre nous, est bien l'un des maux de notre temps.» Ayant cheminé pendant plus de 20 ans, en tant que médecin d'une consultation d'alcoologie, avec mes patient-e-s, je peux vous affirmer qu'il ne faut jamais perdre espoir . Que ce soit de l'alcool à 90°, de l'eau de Cologne, une bouteille de Champagne, un verre bien rempli de whisky ou d'un petit vin doux, le problème est le même: une impossibilité de s'abstenir de boire et de combler un manque. Arriver à le reconnaître, chercher à en parler, trouver un lieu d'écoute (médecin,A.S.,psy, un groupe d'anciens buveurs...), est une bonne voie pour devenir abstinent-e et plus heureux-se ensuite.

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