Assemblée des déléguées de la Ligue suisse des femmes catholiques 2017

Hildegard Aepli et Simone Curau-Aepli
06/07/2017

Hildegard Aepli est l’initiatrice du projet Église avec les femmes. Née en 1963, aînée de sept enfants, elle a passé son enfance dans l’Oberland St-Gallois. Après une formation à l’enseignement et à la théologie, puis quelques années en tant qu’assistante pastorale au Toggenburg, elle a été appelée comme accompagnatrice spirituelle des étudiants en théologie à Fribourg. Parallèlement, elle s’est formée comme responsable de retraites spirituelles. En 2011, elle est partie à pied avec trois autres camarades de la maison de retraite Lassalle pour Jérusalem. Depuis son retour, elle est assistante pastorale dans la paroisse de la cathédrale de St-Gall et conseillère de l’évêque en matière de pastorale. Elle vit seule tout en ayant beaucoup de contacts avec ses nombreux neveux et nièces.

Simone Curau-Aepli est depuis 2016 Présidente de la Ligue suisse des femmes catholiques (SKF) qui compte 130 000 membres réparties en 19 cantons et près de 700 groupes locaux. Elle est née en 1961, dirige parallèlement une entreprise avec son mari, est spécialiste en communication et politiquement engagée au parti CVP (démocrate chrétien) de son canton. Simone est maman de 4 enfants adultes. Son mot d’ordre pour la Ligue suisse des femmes catholiques est « exiger la justice et promouvoir la solidarité ». Dès le début, Simone Curau Aepli s’est intéressée au projet Église avec les femmes et a organisé le voyage de son association à Rome pour célébrer la fin du pèlerinage.

Hildegarde à Simone : dès le départ, tu t’es intéressée au projet Église avec les femmes et tu as aussi organisé un voyage à Rome pour l’arrivée des pèlerins. À ton avis, comment ce projet peut-il arriver concrètement dans les groupes locaux de l’Église ? Quelles possibilités concrètes vois-tu ?

Simone : je vois trois différents angles d’approche :

  1. Ce qui m’est toujours une épine dans le pied et me fâche, c’est le langage lors de nos célébrations. La parole est l’expression de notre pensée et de notre foi, notre image d’homme et de femme et notre image de Dieu. Cette image n’est pas complète dans notre tradition chrétienne. Il y manque un aspect, la face féminine. C’est bien décrit dans la Genèse mais jusqu’à maintenant cet aspect n’a pas trouvé son expression dans les textes liturgiques, les prières et les chants.

    Pour moi, le Père au ciel est une face de Dieu, le côté puissant, masculin. Elle vient de la lumière, nous offre protection et bénédiction « d’en haut », elle représente la force et nous amène à la lumière.  La Mère Terre représente l’autre pôle du Père au ciel. Elle est la force féminine venue des profondeurs, donc « d’en bas ». Dans l’obscurité, dans la cavité de l’utérus, une nouvelle vie prend naissance ; nous sommes nourries et portées. Le profond enracinement nous tient de tuteur. La force divine de l’Esprit est la relation vivante entre ces deux pôles, la force en relation.

    Malheureusement, à nous femmes il nous manque le courage et l’expérience d’élargir les noms donnés à Dieu, que ce soit comme sagesse de Dieu, Mère Terre, force divine ou Ruach, la force divine de l’Esprit. Je souhaite que nous puissions nous en souvenir et que dans nos communautés d’église, les textes bibliques, les prières et les chants soient formulés à nouveau. Il ne suffit plus de compléter l’expression « frères » par « sœurs ». Il s’agit davantage que nous les femmes soyons le portrait, l’image de Dieu. À cause de ce manque, on argumente l’exclusion des femmes des différents ministères.

  2. Concernant ces différents ministères, nous avons encore besoin d’un grand souffle. Mais il est déjà possible d’exercer ces droits au niveau des instances officielles d’administration de l’Église. C’est la politique qui parle en moi. En Suisse, l’argent de l’Église va de bas en haut, ce qui constitue une particularité unique au monde. L’attribution des finances est donc gérée plus démocratiquement (par les catholiques élus) qu’au niveau du travail. Par contre, l’engagement dans un domaine pastoral ou à une fonction est décidé en haut et presque souvent uniquement par les hommes.

    Au niveau des instances officielles d’églises locales, nous avons beaucoup de droits et nous sommes actives. Par exemple, dans le canton de Thurgovie 47% des membres des instances de l’Église sont des femmes. Êtes-vous en relation avec les femmes de ces organes ? Sont-elles au courant de vos besoins locaux et vous représentent-elles dans le conseil de l’Église locale, du canton ou du synode ? Église avec les femmes au niveau local veut aussi dire renforcer les femmes dans les organes de décision, qu’elles puissent prendre des responsabilités à l’utilisation de l’argent dans l’Église.

  3. En tant qu’association féminine, nous devons intégrer les femmes d’autres cultures plus consciemment, c’est ce qui rendrait le « K de Katholisch » plus crédible : Katholisch dans le sens large, universel. Il s’agit ainsi d’une pluralité large : les femmes d’Italie, d’Espagne, d’Amérique du Sud, des Philippines ou d’Erythrée sont souvent éduquées dans la tradition chrétienne, les femmes du Proche Orient, Afrique du Nord, Sri Lanka ou Inde sont majoritairement d’autres traditions religieuses.

    De quoi ces femmes ont-elles besoin afin de pouvoir trouver chez nous un coin de vie ? Église avec les femmes pourrait dire que nous allons à leur rencontre et leur demandons ce qu’elles peuvent nous apporter. La plupart du temps, elles n’ont pas d’expérience d’une vie associative et elles ressentent l’association comme groupe fermé dans lequel elles ne sentent pas partie prenante. Église avec ces femmes voudrait dire les intégrer et les motiver à devenir actives dans la communauté, avec leur culture et leurs traditions.

    Traduction Mariette Mumenthaler et Claire Renggli – juin 2017

http://www.kirche-mit.ch/de/blogbeitrag/662.html

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