39 % des paroisses excluent les femmes de services liturgiques. Premier bilan de notre cartographie.

Comité de la Jupe

Beaucoup d’entre nous connaissions personnellement des situations de discrimination sexuelle pendant les messes des paroisses catholiques que nous fréquentions : des jeunes filles et des femmes exclues de fonctions liturgiques ouvertes aux laïcs comme le service de l’autel (enfants de chœur), la distribution de la communion, voire les lectures de la Bible. Mais qu’en était-il au-delà de notre expérience personnelle ?

Pour répondre à cette question, le 24 mars 2012, le Comité de la Jupe lança une cartographie des pratiques d’accueil ou d’exclusion des femmes dans la liturgie dominicale des paroisses. Le but annoncé était triple : « donner une information aux femmes et aux hommes qui souhaitent rejoindre une communauté manifestant leur égale dignité ; rendre visible l’exclusion des femmes afin que les pratiques arbitraires et silencieuses de certains curés soient débattues ; faire prendre la mesure par nos évêques des exclusions non autorisées par le droit canonique concernant la distribution de la communion et les lectures. » La Croix et Témoignage Chrétien informèrent de l’initiative et très rapidement la carte reçut des milliers de visite.

Aujourd’hui nous dressons un premier bilan de l’initiative et alertons les responsables par une « lettre ouverte aux curés ».

Voici les principaux résultats de l’enquête, menée non pas à partir d’un échantillon représentatif mais à partir des informations recueillies localement par nos sympathisant.e.s, concernant à ce jour 325 paroisses et regroupements paroissiaux, principalement en France.

Dans 39 % des paroisses que nous avons recensées, les femmes sont exclues au minimum du service de l’autel. A cette exclusion 13,5 % des paroisses ajoutent celle des femmes de la distribution de la communion.

En plus de l’ampleur de la discrimination, nous avons aussi découvert que l’invention du service de « servantes de l’assemblée » n’est pas une bonne nouvelle pour la participation des femmes aux services liturgiques : leur existence aggrave le taux d’exclusion des femmes de la distribution de la communion ; en effet 44 % des paroisses où existe un « service de l’assemblée » excluent aussi les femmes de la distribution de la communion, contre 34 % des paroisses qui excluent purement et simplement les filles du service de l’autel.

Découvrez en détail les résultats de notre enquête en téléchargeant ici l’article complet (au format pdf).

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Commentaires

oui l'exclusion est sournoise .......... on laisse lire ou donner la communion aux mères de prêtres, aux femmes béni oui oui on met dans le conseil de pastorale des femmes qui ne font pas de vagues !! ma dernière colère noire........: mon vicaire général a donné à lire la seule lettre d'une femme théologienne au sujet de Vatican II dans la célébration diocésaine à une jeune femme très classique du conseil pastoral qui a dit : je l'ai lue mais je ne suis pas d'accord!! le témoignage était très fort et simple, pas révolutionnaire ..juste un mot à la fin le concile n'a pas réglé la place des femmes les servantes d'assemblée ont été crées pour leur barrer le chemin de l'autel la meilleure réponse serait de refuser à mon sens car cela n'a pas de sens ou il faut que cela soit dans les 2 ac un binôme garçon fille de même souvent aujourd'hui une célébration pour les divorcés remariés est faîte pour dire que l'on fait quelque chose pour eux et non pour les réintroduire en tant que baptisés adultes dans la communauté

Dans le même sens... J'ai demandé à ma paroisse, de mettre une annonce sur la feuille de semaine pour la conférence d'Anne Soupa, demain à Plaisir (Yvelines)... On m'a répondu qu'il n'y avait pas de place sur la feuille...alors qu'on en trouve pour tant d'autres choses... Exclusion sournoise, quand il s'agit de parler , de réfléchir sur la place des femmes...

Bonjour, je témoigne que dans ma paroisse, ce serait plutôt le contraire de l'exclusion des femmes de la liturgie catholique, je vous prie de bien vouloir m'en excuser, c'est mon constat depuis maintenant quelques années. Amicalement, Richard SUR

Alors, surtout, n'hésitez pas à aller l'indiquer sur la carte. Elle est faite pour donner des éléments quantifiables à ce qui pourrait n'être qu'un "ressenti". En fait, ce qu'on constate et qui nous est rapporté, c'est qu'il y a un mouvement d'exclusion en cours. Ici et là, alors que la question de la présence des femmes dans le choeur ne se posait pas il y a quelques années, on les voit petit à petit repoussées à "leur" place c'est-à-dire dans l'assemblée, alors que hommes et jeunes garçons qui peuvent prétendre à être effectivement "image" du Christ y sont admis. Un tel raisonnement tend à faire des femmes, jeunes filles et petite filles des humaines auxiliaires, dont le rôle est d'être les "aides" des hommes selon une lecture totalement fautive et fondamentaliste de l'un des textes de la Genèse.

Il me semble que le questionnaire permettant d'enrichir la carte n'est pas neutre par rapport aux genres. Il faudrait rajouter toutes les questions de nature à recenser les exclusions des hommes masculins du type : "exclusion pure et simple des hommes masculins de la fonction d'animation des chants". Il ne faut pas oublier que l'un des stéréotypes de la masculinité est que les garçons n'ont pas le droit de pleurer : le garçon doit rester stoïc en toute circonstance. Voir l'intervention de Georges Vigarello sur les stéréotypes de "virilité" aux semaines sociales de France 2012 dans la deuxième moitié de la vidéo http://www.dailymotion.com/video/xveul4_ssf2012-m-perrot-g-vigarello-le-masculin-et-le-feminin-dans-une-perspective-historique_news (en compagnie de Michelle Perrot qui intervient sur l'histoire de la "féminité") : l'homme doit manifester de la force, donc il ne doit pas manifester de la faiblesse, donc il n'a pas le droit de se dire victime.

Pour réduire le biais méthodologique, le questionnaire devrait avoir la forme d'un "observatoire de la parité" et non d'un "observatoire de l'exclusion des femmes". Ainsi Les questions pourraient être du type : Lectures de l'Ancien Testament (sauf psaume), épîtres, Actes, Apocalypse faites: a) systématiquement par des femmes b) le plus souvent par des femmes c) à parité entre hommes et femmes, ou presque à parité d) le plus souvent par des hommes masculins e) systématiquement par des hommes masculins Lecture ou chant des couplets du psaume : (mêmes questions) Animation des chants : (mêmes questions) Procession des offrandes : (mêmes questions) Quête : (mêmes questions) etc.

Le fait qu'une fonction soit assurée "le plus souvent" par des fidèles de l'un des deux sexes, ou même uniquement par eux (elles) ne signifie pas que ce soit "systématique". C'est toute la difficulté d'interpréter l'absence, que ce soit celle des hommes ou celle des femmes, celle des garçons ou celle des filles. Je suppose qu'une observation chiffrée montrerait que les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes dans la plupart des services d'Église, y compris dans les services liturgiques. Je pense que nous serons d'accord pour dire que cela n'est pas le résultat d'une exclusion, sauf peut-être d'une auto-exclusion par des hommes qui ne s'imaginent pas que faire le catéchisme (par exemple) puisse être de leur ressort. En sens inverse, l'absence des filles dans le service de l'autel ne signifie pas toujours que le prêtre responsable oppose un refus (sauf dans les paroisses où il y a eu précédemment des filles servantes d'autel, et où il n'y en a plus). Dans certains milieux (en famille, dans des collèges privés, ou dans les équipes liturgiques) l'idée que les filles puissent assurer ce service n'est venu à l'idée de personne; ce n'est pas que les gens soient contre, mais ça ne les effleure pas. Si le prêtre ou le responsable ne milite pas activement pour leur présence, il n'y en aura pas. De même pour les papas catéchistes, ou pour les messieurs responsables du fleurissement (chez nous, il y a un ancien directeur de jardinerie qui fait ça magnifiquement; et les équipes de nettoyage des églises sont systématiquement mixtes; nous ne sommes pas dans un quartier bobo, mais à la campagne!).

@ Martinus - Bonnes questions pour cet observatoire mais difficile mise en œuvre. - Quant à l'exclusion des hommes des chants, je n'en connais pas d'exemples. Oui il existe des stéréotypes qui font qu'on pense moins à demander aux hommes d'occuper cette fonction ou que des hommes y pensent moins pour eux-mêmes, mais il n'y a aucune consigne ou exclusion directe (ou alors hypothétiquement pour rattraper le fait que les femmes n'ont pas accès aux autres ministères). Ce n'est donc pas du même ordre.

Un article récent sur la cartographie et l'exclusion des femmes de la liturgie : "Quand l’Eglise se raidit, ce sont (encore) les femmes qui trinquent" http://blogs.rue89.com/religion/2012/12/28/quand-leglise-se-raidit-ce-sont-encore-les-femmes-qui-trinquent-229279

Dans beaucoup de paroisses rurales, les femmes assument tout et cherchent désespérément des laïcs hommes !!! Ouvrons les yeux sur toutes les réalités, pas seulement celles qui sont vécues par"ceux qui pensent"...

La carte a été mise à jour :-)

Florilège de récents commentaires envoyés par nos cartographes : - Le secteur pastorale du Cerizéen (diocèse de Poitiers) progresse à tout petits pas : "Après avoir été totalement exclues de la distribution de la communion, les femmes sont exclues de la distribution de la communion près du prêtre ! Elles ont le droit de distribuer la communion dans les transepts ou en bas de la nef !" - Exclusion silencieuse dans la paroisse de Salon Grans (Aix & Arles): "Il n'y a pas de filles ; en revanche, je n'ai pas vérifié si elles en sont exclues, ou si on ne trouve pas de volontaires filles. On peut rêver !" - L'étau se resserre à Saint-Léon (Paris) : "2013 : de plus en plus difficile de donner la communion pour une femme. Jeudi Saint : pas une seule femme ! // "Depuis quelque temps,on constate que les femmes ne sont plus bienvenues pour donner la communion, sans que ce soit explicitement dit." - A la paroisse Saint-Louis de Villemomble (Saint Denis en France)les filles ont de jolis habits : "Distribution de la communion et lectures liturgiques : les femmes sont de moins en moins associées. Animation des chants : bon partage. Les filles portent parfois un "joli" capulet bleu-ciel.....!!!! Elles distribuent parfois la feuille de messe à l'entrée et rarement elles quêtent." - Le Bon Pasteur à Armentières (Lille) prend soin de toutes ses brebis : "Une paroisse où les femmes sont traitées à l’égale des hommes". - A Pouilly en Auxois (Dijon) Jésus est-il aussi au service des femmes ? "Jusqu’à il y a deux ans, c'était les jeunes de l’aumônerie qui participaient au lavement des pieds. L'an dernier le ministre a demandé 12 HOMMES, juste au début de la célébration. Cette année on s'y est pris plus en avance et quelques jeunes GARÇONS avaient été "choisis" dans le groupe d'aumônerie... mais comme ils étaient en nombre insuffisant (car les filles sont plus nombreuses à fréquenter l'aumônerie...) on avait aussi appelé des HOMMES pour cette représentation. rien de choquant à ce mélange de générations, au contraire mais il était ainsi nettement mis en évidence que ce n'était pas une affaire de femmes !" - Dans les paroisses de la Miséricorde du Père et de Notre Dame des Apôtres (Lyon), on trace des frontières : "Exceptionnellement une religieuse peut donner la communion mais pas de laïque. Les petites filles enfants de cœur n'ont pas droit ni à l'aube mais à une cape, ni à la croix réservée au garçon!" - A Notre-Dame de Beauregard (Versailles) les filles ne montent plus à l'autel : "Ségrégation mise en place en septembre 2012 par notre nouveau curé". - A la cathédrale Saint-Christophe de Belfort, l'habitude permet d'exclure sans trompette : "Est ce une simple habitude qu'un homme distribue la communion ou une volonté d'exclusion je ne sais pas toujours est il que je n'ai jamais vu de femme en charge de ce geste." - A Notre-Dame de l'Assomption (Verrières le Buisson, Évry), on sépare : "Deux groupes bien séparés: enfants de chœur et servantes, celle-ci n'ayant pas accès à l'autel." - A Ste-Thérèse du Val d'Ornay on est vigilant : "L'exclusion des femmes/filles pour l'une ou l'autre des fonctions dans la Liturgie n'est pas envisageable pour l'ensemble des paroissiens qui, au contraire, souhaitent un rôle plus important dans l’Église en général."

Le cléricalisme conformiste progresse jusqu'au fond des campagnes comme en témoigne "Les échos Brionnais" d'avril 2014 (journal des chrétiens en pays roman et bords de Loire; far-west du dépt de Saône et Loire): - 2/3 de page consacrée aux servants d'autel. 3 photos de remise de cordons aux garçons: blanc, jaune, vert, rouge. - 1/6 de page aux servantes d'assemblée. Sans photos. - 1/6 de page sur fond couleur citant une exhortation de Benoit XVI aux servants d'autel.

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