35 ans déjà – Lettre pastorale de Mgr Bernard Hubert, évêque de Saint-Jean-Longueuil

Réseau Femmes et Ministères
29/12/2016

Le 7 décembre 1981, Mgr Bernard Hubert, évêque de St-Jean-Longueuil, publiait une lettre pastorale sous le titre Une complémentarité réciproque. Nul doute que ces quelques extraits vous pousseront à découvrir l’ensemble de cette lettre et à savourer cette parole libre, mutatis mutandis, car nous sommes au Québec, et en 1983…

[…] Il est évident que la recherche d’un nouvel équilibre entre femmes et hommes dans l’Église et la société constitue aujourd’hui un « point chaud ». Dans un monde sensible aux droits humains, l’égalité entre femmes et hommes est perçue comme une exigence fondamentale de la vie en société. Pour les chrétiens, il va de soi que le Royaume de Dieu abolit toute domination d’un groupe sur un autre puisque dans l’unité vécue en Jésus-Christ : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme. » (Gal. 3, 28) Pourtant, cette recherche est réalisée dans l’ambiguïté et le conflit. Pour certains, elle menace inutilement l’ordre existant et la sécurité des familles. Pour d’autres, elle est promesse de renouveau social et source d’espérance pour l’Église. Un chrétien ne peut rester indifférent à la dynamique sociale exprimée sous le nom de « la condition féminine » car le Règne de Dieu y est impliqué.

1- La situation des femmes dans nos milieux social et ecclésial

[Il n’y a pas lieu de pavoiser : l’accession des femmes à des postes de commande est perçue comme un privilège ou une exception, y compris dans l’Église.]

[…] Le malaise éprouvé par plusieurs femmes dans l’Église s’étend au-delà de la participation à des activités pastorales. Plusieurs chrétiennes, tout en refusant de signer le réquisitoire de certains groupes féministes contre le magistère de l’Église touchant les questions morales de la contraception et de l’avortement, mettent en question le rôle exclusif des ministres ordonnés, et donc de quelques hommes, dans l’élaboration du discours officiel de l’Église. Ces femmes sont très sensibles à la dimension du « pouvoir » qui est réservé aux ministres ordonnés. Elles se sentent exclues des lieux décisionnels de leur communauté ecclésiale. Cela est vrai de femmes laïques qui désirent réagir devant l’enseignement du magistère mais aussi de religieuses qui ayant donné leur vie au Seigneur veulent décider elles-mêmes de leurs affaires communautaires et servir l’évangile dans une participation aux diverses responsabilités pastorales.

2- Une réflexion sur la condition des femmes

[…] La volonté d’amener au centre de la communauté chrétienne la discussion sur la place de la femme dans l’Église risque de « faire des vagues ». Si l’on veut préserver la paix et favoriser l’évangélisation, il importe de manifester les enjeux chrétiens de ce sujet et de proposer un éclairage théologique sur le rapport homme-femme dans la société et dans l’Église.

[Rappel de la Genèse qui donne l’homme et la femme comme également responsables avec Dieu de la création. Un Dieu présent dans l’histoire, au cœur des luttes des hommes comme des femmes pour la libération.] La théologie du Peuple de Dieu élaborée à Vatican II met en lumière que tous les baptisés, hommes et femmes, prêtres et laïcs, sont égaux dans le rassemblement des croyants. Si les uns et les autres ont reçu des fonctions différentes dans l’Église, cela n’est pas pour établir une supériorité des premiers sur les seconds, mais pour donner au Corps du Christ une structure d’autorité apte à maintenir la cohésion de l’ensemble et l’harmonie entre les membres. Il se pose parfois des problèmes de pouvoir dans les communautés chrétiennes. Cela est dû, non pas à l’organisation de l’Église, mais à des attitudes de gens concernés qui s’inspirent inconsciemment des modèles profanes de pouvoir plutôt que de l’enseignement de Jésus. « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. » (Mt 20, 25-27)

Le ministère dans l’Église est un service. Longtemps, les prêtres ont assumé la plupart des actions ministérielles. À ce point que notre perception en était arrivée à considérer que seuls les évêques, les prêtres et les diacres étaient des ministres. Depuis quelques années, la participation de laïcs au ministère nous a amenés à distinguer les ministres ordonnés et les non ordonnés. L’expérience pastorale continue à évoluer. De plus en plus, le service ministériel est identifié à la responsabilité de tous les baptisés. Sans confondre les rôles et réduire le caractère vital du ministère ordonné, les chrétiens assument une part des responsabilités jadis dévolues aux prêtres. Il en résulte un rapport dont l’accent est moins mis sur le couple prêtre-laïc que sur la dynamique ministres-communauté. Les questions soulevées par des femmes sur leur accessibilité à l’ordination se trouvent posées dans un contexte bien différent de celui qui a prévalu jusqu’ici. […]

3- Quelques orientations pastorales pour la vie diocésaine

[…] Évidemment, tout ne peut pas être prioritaire dans une communauté chrétienne. La condition féminine ne remplacera sûrement pas l’initiation sacramentelle des enfants ou la mise en place de la coresponsabilité dans des équipes pastorales. Ce qui importe, c’est que quelqu’un, dans la communauté, s’occupe de la sensibilisation de tous, à la juste revendication des femmes à l’égalité dans l’Église et la société. Pour ce faire, l’attitude du pasteur aura un poids considérable. S’il considère que tout cela est de la foutaise, il va écraser le projet. S’il est indifférent ou neutre, l’action du groupe porteur demeurera marginale et inefficace. J’attends des pasteurs qu’ils appuient le travail des personnes intéressées à la sensibilisation et qu’ils leur facilitent la communication avec l’ensemble des chrétiens.

[…] Il restera toujours une tension au cœur des engagements dont on vient de parler. Les luttes humaines ne sont pas la pleine libération en Jésus Christ. Celles-là sont marquées par l’ambiguïté. Elles peuvent même être teintées de volonté de puissance et de domination. […] Il n’empêche que l’Évangile invite à mener les luttes humaines de libération et de justice.

[…] Concernant la condition féminine, la présente lettre ne dit pas tout. Loin de là. C’est à nous maintenant, vous et moi, d’apporter les compléments utiles et de mettre en œuvre les projets opportuns. C’est pourquoi la solidarité des femmes entre elles et avec l’Église vivifie le contenu de notre espérance.

Bernard Hubert – Réseau Femmes et Ministères – le 7 décembre 2016

Pour lire l’article dans son intégralité : http://femmes-ministeres.org/?p=824

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