Égalité femmes-hommes dans l’espace religieux : que promettent les candidats à l’élection présidentielle ?

Anne SOUPA
30/11/2016

Anne Soupa, au nom du Comité de la jupe, a écrit aux sept candidat.e.s du premier tour de la primaire de la droite. Sa lettre sera adressée également aux candidat.e.s de la primaire de la gauche, aux candidat.e.s déjà déclaré.e.s, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélanchon, Marine Le Pen, et à celles et ceux qui le seront.

Paris, le 16 novembre 2016

Monsieur/Madame

Au nom du Comité de la jupe, association catholique de promotion de la place des femmes dans les espaces religieux, je souhaite connaître les engagements que vous êtes prêt.e à prendre afin d’assurer une véritable égalité (sur terre, pas au ciel !) entre les hommes et les femmes dans l’exercice serein de leur religion.

Il est devenu aujourd’hui impossible de soutenir que ce qui se passe à l’intérieur des lieux de culte ne concerne pas la République. Et contrairement aux idées trop simples, l’islam est loin d’être le seul concerné : tous les monothéismes « ont un problème avec les femmes ». Or, ce déni est dangereux pour le vivre ensemble car il est le signe annonciateur de dérives totalitaristes. La matière est donc importante pour l’ensemble de notre pays.

Je rappelle que l’inégalité dans l’Église catholique est grave et persistante. Les femmes ne sont ni prêtres, ni diacres, ni admises à assurer une homélie. De plus en plus, elles sont mêmes écartées du service d’enfants de chœur pour se voir attribuer un rôle de « servantes d’assemblée » qui les exclut de l’autel.

Ces exclusions sont aggravées par le fait que la gouvernance de l’Église catholique est réservée aux prêtres. Les femmes sont donc structurellement ses petites mains, exclues de décisions qui les concernent. Et jamais l’État ne dialogue avec elles.

Par ailleurs, apparaissent des courants d’opinion « dits catholiques » qui professent un « masculinisme » fondé sur les qualités agressives et combattives des hommes en réduisant les femmes à être leur faire valoir (http://campoptimum.com/, inspirés par John Eldredge auteur du livre Indomptable).

Jusqu’à ces derniers mois, la République tenait, au nom de la loi sur la laïcité, qu’elle n’avait pas à intervenir dans l’organisation interne des Églises. La jurisprudence considère que, l’adhésion à une religion étant libre, les pratiquant.e.s sont consentant.e.s et que la République n’a pas à en connaître.

Pourtant, j’insiste pour dire que cette discrimination est suffisamment préjudiciable pour être combattue : elle entrave l’exercice libre et serein du culte que la loi de 1905 est précisément chargée de faire respecter. La République ferme ainsi les yeux sur une discrimination qu’elle s’est donné pour tâche de faire cesser. Elle tolère une surprenante zone de non droit : les religions, toutes les religions, Église catholique incluse !

Comment installerez-vous l’État de droit dans l’espace religieux ?

Je joins à ce courrier le lien vers le tout récent rapport d’information (n° 101) de la Délégation aux droits des femmes du Sénat : « La laïcité garantit-elle l'égalité femmes/hommes ? » Aux pages 244-246, vous trouverez le texte de l’intervention que j’ai été invitée à prononcer sur le sujet. http://www.senat.fr/rap/r16-101/r16-1011.pdf

Je vous remercie de l’intérêt que vous porterez à cette question.

Très cordialement,

Anne Soupa, présidente du Comité de la jupe

www.comitedelajupe.fr  

 

 

 

 

 

 

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