Échange entre Christine Pedotti et Laurent Villemin

Comité de la Jupe

Échange entre Christine Pedotti et Laurent Villemin
après sa réaction publiée dans La Croix daté du 13 octobre.

villemainC.P. : Laurent, bonjour,

Tu as publié mardi dans La Croix un article intitulé « Quelle place peuvent revendiquer les laïcs dans l’Église », qui est apparu à beaucoup, comme une charge contre la création de la Conférence des Baptisé-e-s de France.

Moi-même, j’ai été très étonnée de cette prise de position de ta part. Peux-tu nous dire ce qui la justifie ?

L.V. : J’ai été contacté par téléphone lundi par un journaliste de La Croix me demandant si j’étais d’accord pour répondre à la « question du jour » ainsi formulée : « Quelle place peuvent « revendiquer » les laïcs dans l’Eglise ? ». Il m’a dit que la Marche de dimanche dernier organisée par le Comité de la Jupe en constituait le contexte mais que la question se voulait beaucoup plus vaste. On m’a donc demandé de réagir comme ecclésiologue au téléphone à cette question et non à la marche organisée par le Comité de la Jupe.

Les termes de la question ne viennent pas de moi. Résultat : quand je commence l’article en disant que « cela me gêne que la question soit posée en termes de revendication », je n’ai pas en tête les textes du Comité de la jupe ou son action mais la formulation de la question du journaliste. Il en va de même lorsque j’affirme que « Cette formulation induit immédiatement une problématique de droits et de pouvoirs à réclamer ». Cependant le journal a introduit entre la question posée et ma réponse un paragraphe relatant la marche du Comité de la Jupe. Du coup mes propos ont été lus immédiatement en rapport avec celle-ci et non en rapport avec la question qui était beaucoup plus vaste. D’ailleurs à plusieurs reprises dans l’article je souligne l’intérêt de la démarche du Comité de la Jupe.

Quand je dis : « De même, la participation des baptisés dans l’Église suppose une formation théologique, une pratique habituelle des sacrements et de la Parole de Dieu, ainsi qu’un engagement ecclésial », ce que je veux dire, c’est que ce sont les fondamentaux de la vie de tout baptisé, trois bonnes façons de participer à la vie de l’Église, et de vivre pleinement sa vocation de baptisé.

Bien sûr, je n’accusais pas les membres du Comité de la Jupe et ceux qui ont participé à la marche de manquer de formation ou d’engagement dans la vie de l’Église. J’en connais suffisamment pour savoir que ce n’est pas la réalité. Et bien sûr, je ne voulais pas dire non plus que les baptisés doivent être des experts et des théologiens pour que leur parole soit légitime. Si ces paroles ont pu blesser certains, je les prie de m’en excuser. D’ailleurs, je ne comprends pas mon rôle de théologien comme celui d’un censeur.

C.P. : J’entends bien tes explications, et j’aimerais que La Croix les répercute, mais tes réticences sur le nom que nous avons choisi, Conférences des Baptisé-e-s de France sont intactes ?

L.V. : Oui ces réticences demeurent et je trouve que cette appellation de « Conférence des Baptisé-e-s de France » n’est ecclésiologiquement pas heureuse. D’une part, je le trouve trop calquée sur « Conférence des Evêques de France » et donc induisant d’emblée une polémique ou laissant croire qu’il y a, d’un côté, les évêques et, de l’autre, les baptisé-e-s, chacun ayant sa Conférence, comme s’il y avait deux structures parallèles. Cela est dangereux et ne permet pas de comprendre que c’est le propre de l’Eglise catholique de tenir à la fois l’égale dignité de tous les baptisés et la mission spécifique de quelques-uns comme ministres. D’autre part, la « Conférence des baptisés de France » a déjà un nom : il s’agit de l’Eglise de France dont font parti tous les baptisés. De quel droit un mouvement particulier — ce que reste à mes yeux le Comité de la Jupe — s’attribuerait-il cette identité ecclésiale large ?

C.P. : Selon toi, avec la Conférence des baptisé-e-s de France, courrons-nous un risque de nous aventurer en dehors de l’ecclésiologie catholique ? Quels sont les critères auxquels nous devons être attentif-ve-s ?

L.V. : Susciter le débat ne situe pas en dehors de l’ecclésiologie catholique, bien au contraire, de plus l’ecclésiologie catholique a aussi évolué au cours des siècles et il faut en avoir une conception dynamique. Il y a cependant des principes fondateurs à prendre en compte dans toute réflexion et toute créativité. Sans prétendre en établir une liste exhaustive, on peut citer : le fondement pneumatologique de l’Eglise, c’est-à-dire le fait qu’elle repose sur l’Esprit de Dieu. Cela invite au débat : l’Esprit parle aussi par ce biais et pas seulement dans les conciles ou les synodes.

Je pense qu’il faut également faire attention lorsqu’on fait entrer une notion dans l’Eglise que l’on emprunte à la société. Non pas que cela soit interdit : cela s’est toujours fait. Mais il faut la situer dans l’ensemble de la foi catholique pour voir ce qui peut en être gardé et ce qui doit en être rejeté. Je vous dis cela en pensant au terme de « parité » que vous employez. A lui seul je ne pense pas qu’il soit susceptible de bien poser la nécessaire participation des femmes aux instances de responsabilité dans l’Eglise, ou d’approfondir la théologie du ministère presbytéral. Si on l’emploie, il faut mener une réflexion pour opérer une mutation catholique de son sens. Cela se fait à la fois par un recours à la Tradition de l’Eglise qui est à voir comme le trésor des expériences que l’Eglise a dans son histoire, par des apprentissages nouveaux, par des débats et des dialogues où chacun ne joue pas le même rôle, les ministres ordonnés ayant un rôle particulier de discernement.

De même, je ne suis pas contre le fait de parler de pouvoir dans l’Eglise, mais c’est moins la science politique qui nous aidera à discerner ce dont il s’agit qu’un approfondissement de ce qu’est l’auctoritas du Christ ; « Il parlait avec autorité » (Marc 2, 22). C’est de cela dont notre monde et notre Eglise ont besoin. C’est-à-dire une parole qui donne du sens, qui fait vivre et apporte le salut.

C.P. : La question du rapport entre le sacerdoce commun des baptisés et le sacerdoce ordonné donne lieu à toutes sortes d’interprétations, et chacun invoque Lumen Gentium. Toi, que dirais-tu ?

L.V. : Je dirais qu’en théologie c’est une question compliquée ! Effectivement elle vient de Lumen Gentium 10, où il n’est d’ailleurs pas question pour les prêtres et les évêques de sacerdoce ordonné mais de sacerdoce ministériel ou hiérarchique. Le texte lui-même ne va pas très loin dans l’articulation des deux, si ce n’est pour dire qu’il ne s’agit pas de la même chose et qu’ils sont ordonnés l’un à l’autre.

Je pense qu’il vaut mieux parler de ministère presbytéral pour désigner les prêtres comme le fait par ailleurs le concile Vatican II et des baptisés pour désigner le sacerdoce commun. On évite ainsi de tout mélanger et surtout d’opposer l’un et l’autre sacerdoce. Ce qui n’a aucun sens.

Mais ici, comme dans beaucoup d’autres domaines, la théologie est nécessaire mais ne suffit pas. Il faut des apprentissages pour que la responsabilité de chacun puisse s’exercer et des institutions pour la mettre en œuvre… le tout en conformité avec l’Evangile. Sur ces points, il y a encore du travail à faire dans notre Eglise catholique.

C.P. : Est-ce que tu crois qu’il est possible de dire que nous sommes en train d’écrire une page (ou une ligne) de la Tradition catholique ?

Je n’en sais rien ! On sera en mesure de répondre à cette question dans trois cents ans ! Ce que je peux dire c’est qu’il n’y aurait pas de Tradition catholique si des hommes et des femmes n’avaient pas mené à chaque époque des expériences pour vivre leur foi et être ainsi fidèles à l’appel de Dieu. Les formes en sont très heureusement variées dans cette même Tradition catholique. C’est d’ailleurs à mon avis ce qui en fait la richesse et — n’ayons pas peur du mot — la vérité.

Share

Commentaires

D'accord avec Laurent Villemin : ne prétendons pas être la conférence des baptisé(e)s ; bien d'autres baptisé(e)s ont une conception différente de la nôtre ! Mieux vaut convenir vite que le terme choisi (que j'avais pour ma part bien aimé) est à la réflexion une erreur et revenir sur notre originalité que le terme comité de la jupe traduit bien. Nous ne voulons pas traiter de la modernisation de l'église en général (je n'ai probablement pas la même opinion sur ce sujet que tel ou telle autre membre du comité) mais de la place des femmes dans l'Eglise du XXIème siècle. Je comprends parfaitement le poids de l'histoire. Il y a 70 ans les femmes en France ne votaient pas, ne pouvaient pas travailler ou aller à la banque sans l'accord de leurs maris. Mais les choses ont changé et l'Eglise doit progressivement en tenir compte. Rien ne me fait autant rire que ceux qui disent qu'il faut que les prêtres se marient au moment même où les PACS sont plus nombreux que les mariages et où l'on divorce à tour de bras. Que veut-on ? des prêtres divorcés, remariés ? Les prêtres sont au niveau humain des hommes comme les autres et croire que le mariage serait la clé absolue de leur bonheur est une utopie romantique. Il y a en plus (quand on gratte) un léger relent de machisme : la servante du curé est onéreuse, l'épouse dévouée est gratuite. Mais je ne suis pas sûr qu'on puisse comme au XIXème siècle trouver tant de femmes de pasteur qui se consacrent exclusivement au presbytère. Que l'Eglise de France réponde : il est encore trop tôt pour la prêtrise des femmes, je le comprendrais si elle ajoutait "en attendant,nous(les évéques de France) avons décidé de confier la gestion du denier du culte à des comités où les femmes seront majoritaires" ou toute autre proposition manifestant une volonté d'oeuvrer pour un rééquilibrage des responsabilités.

@Vincent Rassurez-vous,Vincent, le Comité de la Jupe ne disparaît pas. Bien au contraire, et il se "spécialise", si j'ose dire, dans la lutte contre les discriminations à l'égard des femmes dans l'Église catholique. La Conférence des baptisé-e-s de France se crée par ailleurs. Vous y êtes le bienvenu, y compris si vous avez une position critique, nous sommes dans un phase constituante, rien n'est fixé, c'est le moment de s'exprimer. Christine pour le Comité et la Conférence à peine naissante

@Christine Vous avez dit : « Je vous les rappelle rapidement: fidélité indéfectible à la grande Tradition catholique, attachement au concile de Vatican II, parité des hommes et des femmes.» Ce n’est pas votre fidélité à l’Eglise que j’ai mis en cause mais le risque de ressembler dans votre association tous les courants catholique mécontents de Rome. Le message d’AMDG en une preuve. D’où l’amalgame qui pourrait être fait en associant le nom que vous avez choisi à tout baptisé de France. Il faut quand même avouer que tous les baptisés de France sont de loin de partager vos inquiétudes sur ce que vous appelez « la parité » homme et femme dans l’Eglise, terme que je ne comprends d’ailleurs pas le sens. Alors pourquoi choisir un tel nom si vous ne représentez pas tous les opinions des baptisés de France.

Je suis devenu membre du Comité de la Jupe pour que la place et le rôle des femmes dans l'Eglise soit modifiés. J'ai découvert le soir du 11 octobre que l'ambition des fondatrices couvrait un champ beaucoup plus vaste...... Disons que cela m'a surpris et que j'ai eu un peu, beaucoup, l'impression d'avoir été "manipulé".....

@Pierre, Vous n'êtes pas manipulé, la preuve, vous avez conservé tout votre esprit critique. Je vous rassure, le Comité de la Jupe ne s'est pas transformé. Il demeure ce qu'il est, et même, d'une certaine façon, il se spécialise clairement dans la lutte ardente contre les discriminations à l'égard des femmes. Ce qui nous à conduit-e-s à l'idée de la Conférence des baptisé-e-e-s, c'est la parole de beaucoup de celles et ceux qui nous ont rejoints au cours des derniers mois et en particulier de beaucoup d'hommes qui souhaitaient que la question soit élargie. Votre participation, à la réflexion du Comité de la Jupe nous est utile, mais il est parfaitement légitime que vous ne souhaitiez pas vous engager dans la mise au monde d'une "Conférence des baptisé-e-s de France. Christine pour le Comité et la Conférence en train de naître

Votre démarche m'est à priori sympathique. Tant il est vrai que notre Eglise - je devrais dire la hiérarchie - supporte de moins en moins tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une position libre. Faut-il pour autant créer une Conférence des baptisés de France? Je m'interroge... Car je pense que les critiques constructives, la liberté de pensée et d'action doivent d'abord se manifester et se vivre dans nos paroisses, nos mouvements, nos associations. Cette Conférence, par son nom même, se positionne trop ouvertement en contre-pouvoir de la Conférence des Evêques de France. Mission impossible? Imaginons un instant ce qui se passerait si tous les laïcs abandonnaient les fonctions et missions qui sont les leurs dans l'Eglise de France: plus de catéchisme, plus d'aumôneries de collèges et lycées, d'hôpital, plus de conseils économiques, plus de célébration d'obsèques, plus de préparation au baptême ou au mariage... Plus rien! C'est à nous, les laïcs engagés dans l'action, de développer un dialogue ouvert et fructueux avec nos prêtres et nos évêques. Tous n'y sont certes pas prêts, tant est encore grande dans notre Eglise, le réflexe de la tête baissée et de la bouche cousue de la part des laïcs, de la "tentation du cléricalisme" de la part du Clergé. Mais c'est dans un dialogue ouvert, libre, courageux et responsable dans nos mouvements et missions que nous pourrons faire avancer les choses. Je crains qu'un mouvement comme celui que vous avez créé ne contribue à crisper la hiérarchie dans un réflexe d'autodéfense, et à fermer un peu plus encore les portes. Allez-vous imposer des quotas de femmes dans les conseils pastoraux ou diocésains? Elles sont déjà le plus souvent majoritaires! Prenons nos responsabilités là où nous sommes, sans nous lancer dans une croisade pour ce qui ressemble quand même trop à une volonté de prise de pouvoir... Et souvenons-nous que dans l'Evangile, le pouvoir est avant tout service...

@Claude La Conférence des Baptisé-e-s de France n'a pas la moindre intention de se substituer aux engagements des laïcs. Et d'ailleurs, elle n'est pas destinée à accueillir exclusivement les laïcs, mais les baptisés, et je crois savoir que diacres prêtres et évêques sont aussi des baptisés. Quant à la parité, dont nous parlons, elle concerne la Conférence. Et puisque la Conférence est initiée par le Comité de la Jupe, la question de la parité aujourd'hui, pour nous, c'est l'ouverture aux hommes. Voyez, nous sommes déjà deux co-fondatrices… Christine pour le Comité et la Conférence en train de naître

@ AMDG Ton commentaire est représentatif de toute la méfiance que peut susciter cette Conférence dite des baptisés de France. J'ignore si tu es un adhérent mais j'ai comme l'impression que cette conférence ressemble tous les catholiques mécontents et opposants à Rome. Alors la question qu'il faut se poser est de savoir si elle est représentative de tous les catholique de France pour mériter un tel nom et si non pourquoi alors prendre un tel nom ? Si demain cette conférence dite des baptisés de France organise une manifestation contre une position de Rome les journaux titreront" les baptisés de France s'opposent au pape " ce qui sera évidement faux .

@Fred Eh, Fred, il faut arrêter la paranoïa! Allez relire les fondamentaux de la création de la Conférence des baptisé-e-s de France dans le discours d'Anne Soupa, prononcé place Saint Sulpice dimanche 11 octobre. Je vous les rappelle rapidement: fidélité indéfectible à la grande Tradition catholique, attachement au concile de Vatican II, parité des hommes et des femmes. Je ne vois pas bien comment sur ces bases, on va faire une "manif" contre Rome! Quand aux missions de la Conférence, elle sont au nombre de trois, l'écoute, la bénédiction et l'annonce de l'Espérance. Là non plus, je ne vois pas que ça va nous dresser contre le pape. Christine pour le Comité et la Conférence en train de naître.

Merci à Laurent Villemin pour ces explications. Sur la posture de fond, avant les réserves nécessaires de la part des pasteurs et les corrections fraternelles, je crois que mon Église, au nom de son unité et de sa mission de témoigner du Christ, devrait accueillir avec gratitude et bienveillance l'initiative de laïques et de laïcs qui prennent leurs responsabilités de baptisé-e-s, engagent le dialogue et souhaitent s'associer pleinement à la mission de l'Église.

très bonne interview et excellentes réponses de Laurent Villemin. Je retiendrais deux phrases dans cette interview 1°) " la « Conférence des baptisés de France » a déjà un nom : il s’agit de l’Eglise de France dont font parti tous les baptisés." 2°)"Je pense qu’il faut également faire attention lorsqu’on fait entrer une notion dans l’Eglise que l’on emprunte à la société. Non pas que cela soit interdit : cela s’est toujours fait. Mais il faut la situer dans l’ensemble de la foi catholique pour voir ce qui peut en être gardé et ce qui doit en être rejeté. Je vous dis cela en pensant au terme de « parité » que vous employez. A lui seul je ne pense pas qu’il soit susceptible de bien poser la nécessaire participation des femmes aux instances de responsabilité dans l’Eglise, ou d’approfondir la théologie du ministère presbytéral" cela m'amène à poser une question : - j'ai vraiment du mal à comprendre clairement le but du comité de la jupe ? Je côtoie des nombreuse femmes engagent dans l'Église et j'ai du mal à voir en eux un mal être dans l'Église au contraire . - Je demande par conséquent si c'est possible qu'on me dise ce que le comité de la jupe propose à l'Église pour donner une place honorable au femme

Bonjour , à la place de conférence qui concurrence un peu la superstructure des évêques, j'emploierai plus volontiers le mot Concertation des baptisé(e)s de france, qui signifie échange, coordination, compréhension et aussi l'harmonie qu'il y a dans un concert qui peut être symphonique. Car ce qui manque, c'est finalement un lieu où entrer en synergie, ne plus se sentir isolé, s'écouter et partager entre frères et soeurs dans une volonté commune d'apporter sa pierre à l'édifice de l'opinion publique, du sensus fidelium au sens du canon 209, pour rompre la passivité et la non communication au sein du peuple des fidèles catholiques de 2009 en France, charge à l'Esprit de nous entrainer où il voudra ...

Merci pour cette distinction, devenue nécessaire, entre "comité de la jupe" et "conférence des baptisé(e)s". Apparait alors une nouvelle question: A quoi sert cette nouvelle entité (la seconde) ? Les objectifs semblent très flous. Il me semble qu'il s'agit d'une bande de copains qui a décidé qu'ils étaient représentatifs de l'ensemble des chrétiens français et qui lance un "bidule flou" afin d'attirer le maximum d'adhésions et de pouvoir s'imposer politiquement face au magistère. Ca fait très "agit prop" à la Gramsci. Mais quel est le projet en fait ?

De toutes façons, à moins que Villemin dise le contraire, la CEF n'a pas de réalité juridique civile et un très faible niveau d'autorité du point de vue canonique. Donc le terme conférence des baptisés est pas mal trouvé (mieux que "nous sommes l'Eglise" !), il répond à une certaine hypocrisie qui fait croire à une quelconque collégialité épiscopale - au moins en France - qui n'a aucune réalité concrète d'un point de vue opérationnel (à la différence des italiens par exemple). Le grand œuvre de l'ancien nonce a été de diviser pour régner à travers les nominations qu'il a gérées, rendant impossible parmi les évêques français la moindre initiative concertée. En ce sens, la reprise un peu carnavalesque du terme de conférence est amusant. Comme l'histoire de la plainte devant les tribunaux ecclésistiques pour la saillie de Vingt Trois. La façon dont il s'est excusé était très intéressante à observer, quand on connait le personnage ! Ça leur met un peu la pression et contrairement à ce que l'on croit l'Eglise est une organisation très fragile par rapport à ce genre d'initiatives vu l'affaiblissement de la structure d'autorité clerciale (voir les groupuscules tradis qui ont obtenu tout ce qu'il voulaient, et c'est pas fini !) PS : il existe aussi une conférence des présidents d'université... c'est pour dire !

Je partage entièrement vos initiatives mais vous allez avoir à faire à forte partie dans notre pays. Car même de jeunes évêques sont encore d'un conservatisme ahurissant n'acceptant non pas des remises en cause mais des approfondissements de questions fondamentales de notre Foi sans oublier ce machisme inconscient(?) qui les empêche d'évoluer sur le fond vis à vis des laïcs et surtout des femmes comme l'a montré brillamment le cardinal de Paris... Soyez les "Judith" dont l'Eglise a besoin. Il serait bien utile que les mêmes démarches se manifestent dns l'ensemble des pays musulmans chacun avec ses spécificités l'union pouvant se faire sur la "Femme" bien souvent toute autre que celle que l'on voit trop souvent décrite dans nos médias et les excès de nos politiciens. amicalement à vous. NP

Bonjour, Je me permets de réagir à la création de la "Conférence des Baptisé-e-s", bien que, d'après les conditions mises par certains spécialistes en ecclésiologie, je n'y soit pas autorisé, car je ne réponds pas aux 3 critères établis par ce professeur, point de vue que je mettrai sur le compte d'une certaine "déformation professionnelle". A ce compte là, ni PEGUY, ni BERNANOS n'auraient été chrétiens. Quant à Simone WEIL... Baptisé catholique (il y a des baptisés hors de cette institution), je ne fais pas partie de ceux qui partent sur la pointe des pieds, au contraire, je reviens sur le pas de la porte (un peu comme Jean-Claude GUILLEBAUT qui se demande "comment je suis redevenu chrétien"), mais les cailloux et les marches inégales me font trébucher sur le chemin qui mène à la porte (les impératifs écclésiologiques mentionnés ci-dessus sont un bon exemple de ces cailloux...). Je fréquente l'institution dans la mesure où elle me propose une initiation théologique, des groupes de travail sur la Bible, mais ces témoignages sont-ils Parole de Dieu pour moi ? je serais bien prétentieux de l'affirmer, la seule chose que je puis dire est que le mystère de Dieu - mystère de l'homme continue de m'interroger. Votre démarche semble intéressante, mais je me demande si elle ne passe pas à coté, ou plutôt en-dessous des enjeux véritables. - Premier point, "Conférence des Baptisés" fait référence à TOUS les baptisés, je suppose donc aussi bien les orthodoxes que les protestants, première ambiguïté d'une démarche qui concerne, semble-t-il, l'institution catholique . - Plus important, il semble y avoir dans tous les textes que j'ai lus, confusion - volontaire ? - entre l'église catholique, institution religieuse, mais institution quand même, et l'Église de Jésus-Christ. Comme le dit une théologienne : "il existe des églises chrétiennes qui tendent à refléter l'Église du Christ". Je sais bien qu'on ne peut les dissocier complétement, mais les confondre ne peut conduire qu'à des malentendus, voire à des comportement cléricaux (de la part de clercs comme de laïcs). - Enfin et le plus important à mes yeux, la référence constante à Vatican II brandie par les uns pour "faire barrage" à d'autres (qui?) , ne remplace pas un sérieux réexamen de notre théologie au sens de notre vision de Dieu . Pourquoi ? . Essayez de relire les constitutions de Vatican II, et vous vous apercevez assez rapidement, que ces textes sont "composites", et que l'on y trouve le résultat de compromis (nécessaires provisoirement) qui portent la marque d'une époque (n'oublions pas que peu d'années avant le concile, les CONGAR, CHENU et autres de LUBAC étaient interdits de parole par les instances du Vatican, lesquelles n'ont pas désarmé pendant le concile). Ces compromis deviennent - déjà et pour partie - illisibles aujourd'hui : ils ne concernent pas une soi-disant opposition progressistes/ conservateurs, mais des visions théologiques parfois incompatibles : quid du salut - réservé aux catholiques ? -, quid de la vie éternelle confondue avec une vie après la mort, quid du Royaume confondu avec le ciel ? quid de la liberté de l'homme au coeur du projet divin - "appelés à la liberté" dit St Paul, "la vérité vous rendra libre", dit St-Jean et je n'ai pas trouvé les mots "libre" et "liberté" dans vos textes ... . La théologie chrétienne a fait d'énormes avancées au cours du 20ème siècle (le concile en est un résultat partiel), mais les recherches ne se sont pas interrompues avec Vatican II, une théologie "confessante" a poursuivi son chemin, pas forcément au sein des centres universitaires. Est-ce qu'en réduisant ces avancées à Vatican II, on porte l'espérance des hommes et femmes du 21° siècle ?. Et puis, même s'il y a évidemment des sous-entendus théologiques dans les textes de Vatican II, ce concile a -t-il été un concile théologique au sens où l'ont été les conciles de Nicée - Constantinople ?. Les constitutions Lumen Gentium sur l'Eglise, Dei Verbum sur les Ecritures, Sacrosanctum concilium sur la liturgie, Gaudium et Spes sur les rapports de l'Église et du monde , sont centrées sur l'Église, les Ecritures saintes et la liturgie, elles ne disent pas grand-chose sur la question essentielle : qui est le Dieu des chrétiens ? qui est le Dieu en qui nous mettons notre confiance ? en un mot, quel est notre foi? . J'ajouterai qu'un certain vocabulaire qui ne disait plus grand-chose aux contemporains de Vatican II est totalement "fossilisé" aujourd'hui : il nous faut faire un gros effort de revitalisation du vocabulaire théologique pour qu'il soit compris...au moins des chrétiens ! En résumé, ces questions ne sont-elles pas un préalable aux problèmes que vous soulevez ? Cordialement.

@Pierre Locher, Le préalable, c'est la circulation de la parole. Le préalable, c'est de se mettre en route sans forcément savoir le chemin. Le préalable, c'est de considérer les questions avant de fournir les réponses. Il y a des éclaireurs, ils marchent devant. (Ils prennent aussi le risque de se perdre, mais il le font avec une conscience éclairée). Peut-être en êtes-vous, il en faut. Nous, nous entendons les voix de gens plus ordinaires, qui ne voient pas forcément loin devant, mais qui voient bien que partis comme on est, on n'ira pas loin. Parmi ceux qui nous rejoignent, il y a des prophètes, mais il y a aussi beaucoup de gens ordinaires, qui font auprès de nous une dernière halte avant de partir vraiment, en espérant s'arrêter là et ne pas partir. Quant à votre objection précise sur Vatican II, je crois qu'endésignant des chantiers à ouvrir, vous vous situez dans la fidélité à l'esprit de Vatican II. S'attacher à la lettre du concile, c'est me semble-t-il trahir tout le travail des pères conciliaires. Je crois que sur le fond de votre pensée, nous pourrions trouver bien des accords. Il se peut que vous nous trouviez timoré-e-s, nous ne sommes peut-être que lucides.

Ajouter un commentaire