« Ce que j’ai promis, je vais le faire » (pape François) : une étude sur l’admission des femmes au diaconat

Comité de la Jupe
31 juillet 2016

Le jeudi 12 mai 2016, le pape François a reçu en audience les 870 Supérieures générales réunies à Rome pour participer au congrès triennal de l’Union Internationale des Supérieures générales (UISG). L’association rassemble les deux mille responsables de communautés regroupées en constellations formées sur la base d’un ou de plusieurs pays.

Une rencontre sur le mode de la conversation

Les reportages de la presse internationale ont mis l’accent sur la promesse du pape de commander une étude sur l’admission des femmes au diaconat permanent. Comme participante à ce rassemblement, je puis attester que ce point a été abordé, mais il s’inscrivait dans une conversation plus large, construite autour de quatre questions que la direction de l’UISG avait recueillies lors d’une consultation auprès des constellations. Ces quatre questions exprimaient des préoccupations théologiques et pastorales reliées à l’absence des femmes dans les lieux décisionnels et dans l’exercice du ministère, puisque les rôles et fonctions sont reliés à l’ordination presbytérale. La première à elle seule en traduit l’essentiel.

« En ce moment critique pour la mission de l’Église dans un monde inquiet et traversé par toutes sortes de déséquilibres, nous aurions besoin de pouvoir compter sur toutes les forces vives. Dans ce contexte, nous sommes préoccupées de voir les femmes exclues de toute fonction ministérielle.

Nous posons donc la question : “Le baptême des femmes les a identifiées au Christ Jésus de la même manière que celui des hommes ; il les a elles aussi transformées dans le Christ Jésus. Pourquoi alors la représentation du Christ dans le sacerdoce serait-elle impossible aux femmes ?ˮ

Et dans le même ordre d’idée : “Pourriez-vous nommer des avenues réalistes qui permettraient une plus grande insertion de la femme dans la vie de l’Église ?ˮ »

Si certaines participantes ont regretté que la rencontre ait porté quasi exclusivement sur la contribution des femmes, j’ai personnellement apprécié que la rencontre porte sur cet enjeu crucial pour la vie de l’Église et qu’elle se soit déroulée dans un climat de simplicité fraternelle favorisé par le mode question-réponse, bien que n’incluant pas un espace de réplique ou de débat.

Place au leadership et à la voix des femmes

« Il est vrai que les femmes sont exclues des processus de prise de décision dans l’Église : pas exclues, mais l’insertion des femmes dans les processus de prise de décision y est très faible. Nous devons aller de l’avant. » Cela, le pape François l’a exprimé à plusieurs reprises depuis son élection, et spécialement pendant cette rencontre avec des femmes habituées à l’exercice du leadership. Il établit une distinction entre autorité et leadership : à la pastorale des migrants, dans le service de justice et paix, il y a place au leadership des femmes, mais dans la liturgie eucharistique, la présidence est affaire d’autorité qui relève des ministres ordonnés. « Le prêtre ou l’évêque qui préside le fait dans la personne de Jésus-Christ. C’est une réalité théologique et liturgique. Dans cette situation, l’ordination des femmes n’existant pas, elles ne peuvent pas présider. » Voilà pourquoi, selon lui, les femmes ne peuvent prononcer l’homélie, bien qu’elles puissent prêcher lors des célébrations de la Parole. Sa référence à des questions dogmatiques et liturgiques ne m’est guère parue convaincante.

Plus il affirmait sa conviction que l’Église doit faire appel à la vision et à l’expérience des femmes dans les processus décisionnels, plus nous nous sentions invitées à participer à une certaine ouverture. Il a paru surpris, pour ne pas dire choqué, d’entendre une présentatrice demander : pourquoi des supérieures majeures de congrégations féminines ne sont-elles pas encore convoquées lors de l’assemblée générale de la Congrégation des Instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique ? (Rappelons en passant qu’il a fallu des tractations spéciales pour que trois membres de l’UISG, dont la présidente internationale, reçoivent une invitation à participer au Synode sur la famille, alors que les délégués de l’Union internationale des Supérieurs généraux y sont invités…)

Deux « tentations » à éviter

J’ai sursauté lorsque le pape nous a mis en garde « contre deux tentations : le féminisme et le cléricalisme ». Va pour la seconde, l’affaire est entendue. Mais pour le féminisme ? J’ai dû relire la transcription officielle et consulter une amie théologienne pour découvrir une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise est d’apprendre que ce mot de François est probablement relié à un courant existant parmi les théologiens de la libération en Amérique latine, qui considère le féminisme comme une version du machisme. Il faudra s’enquérir davantage de cette fâcheuse tendance auprès des théologiennes latino-américaines pour voir comment on en arrive là…

Mais la bonne nouvelle, c’est que, du même souffle, François affirme que « le rôle de la femme dans l’Église n’est pas du féminisme, c’est un droit ! C’est un droit de baptisée avec les charismes et les dons que l’Esprit a donnés. Il ne faut pas tomber dans le féminisme, parce que cela réduirait l’importance d’une femme ». Voici la perle dégagée de sa gangue. Il m’est immédiatement venu à l’esprit les mots de la théologienne allemande Ida Raming, entendue à Ottawa pendant un colloque du WOW : ce n’est pas sur la base d’un droit (au sens civil), mais sur la base du baptême que l’Église doit reconnaître l’admissibilité des femmes au ministère ordonné.

Est-ce que pour autant le pape François en déduirait que l’ordination est souhaitable ? Rien n’est moins sûr. En réponse à la question de sœur Teresina : « Quelle est, selon vous, la place de la vie religieuse apostolique féminine à l’intérieur de l’Église? Que manquerait-il à l’Église s’il n’y avait plus de religieuses ? », il a répondu : « Il manquerait Marie le jour de la Pentecôte ! Il n’y a pas d’Église sans Marie ! Il n’y a pas de Pentecôte sans Marie ! Mais Marie était là, elle ne parlait peut-être pas… Cela, je l’ai déjà dit, mais j’aime le répéter. La femme consacrée est une icône de l’Église, c’est une icône de Marie. Le prêtre n’est pas une icône de l’Église ; il n’est pas une icône de Marie : il est l’icône des apôtres, des disciples qui sont envoyés prêcher. Mais pas de l’Église ni de Marie. »

Le débat est enclenché dans les chaumières et dans les milieux féministes à savoir quelle sera la pertinence de participer à une commission d’étude sur le diaconat permanent. Ce serait l’objet d’un autre article qui pourrait explorer les avenues qui s’offrent, ainsi que cette référence symbolique à Marie et la manière de ne pas renforcer les écarts du cléricalisme dans nos pratiques ecclésiales.

Gisèle Turcot – Montréal, le 13 juillet 2016

Gisèle Turcot, sbc, est membre de l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal dont elle est la supérieure générale depuis juin 2015. Elle a participé à la fondation du réseau Femmes et Ministères et elle est associée aux Antennes de la paix, groupe montréalais membre de Pax Christi International

http://femmes-ministeres.org

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
anne
je suis une jeune femme bretonne et fier de safoi chrétienne je suis pour une grande intégration de la femme dans le ministere de la saint église

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