Des femmes diacres. Pourquoi? Pour quoi?

Comité de la Jupe
23 mai 2015

En réponse à une question des supérieures majeures des Congrégations féminines, le pape François a déclaré qu’il serait bon de « constituer une commission pour étudier la question ¹ ». Depuis plusieurs décennies, on ne compte plus les évêques et les théologiens qui se disent favorables à l’ordination des femmes au ministère diaconal. Il est heureux qu’il ne s’agisse plus d’une question « taboue », même si elle demeure complexe par elle-même. Déjà en janvier 2003, la prudente Commission internationale de théologie concluait ses recherches par ces mots : « Il reviendra au ministère de discernement de se prononcer avec autorité sur la question. »

L’ordre des Diaconesses a bel et bien existé dans l’Église, principalement en Orient aux IV et Ve siècles. Leurs fonctions étaient moins étendues que celles des diacres en ce qui concerne l’eucharistie ; elles concernaient le baptême des femmes (à l’époque par immersion), la catéchèse, la visite aux malades, l’accueil à l’église…

Le diaconat féminin pose plusieurs questions qu’on ne peut ici qu’évoquer, avec toute la modestie qui s’impose : l’une est historique, l’autre théologique, la troisième pastorale.

La question historique concerne le caractère sacramentel du diaconat féminin. Dans l’Église primitive, l’imposition des mains par l’évêque correspond-elle à une « ordination » qui relève du sacrement de l’Ordre ou s’agit-il uniquement de « l’institution » d’un ministère à des tâches précises ?

La question théologique consiste à se demander si les obstacles que l’on peut relever à propos de l’ordination des femmes au ministère presbytéral ne valent pas aussi pour le diaconat. Plus précisément s’agit-il d’un ministère réellement différent de celui de « pasteur » au service de la communion du peuple des baptisés ?

Les questions pastorales sont multiples. Alors que la place des diacres (hommes) se cherche encore et prend des visages bien différents, que l’articulation des fonctions et des ministères dans l’Église ne va pas sans difficultés, est-il opportun de s’interroger sur l’éventualité du diaconat féminin ? Certains ne manqueront pas de rappeler qu’une formation spécifique s’impose, mais là n’est pas le problème ! Beaucoup de femmes aujourd’hui ont une compétence théologique et pastorale qui le démontre amplement.

Deux autres points méritent, semble-t-il, la plus grande attention. Si une commission est constituée pour approfondir la question du diaconat féminin, quelles seront ses compétences, et plus exactement sa composition, son autorité et même plus directement son statut ? Est-ce que les femmes y auront leur place alors qu’il s’agit de dire ce qu’elles peuvent apporter à l’Église ? Le pape François n’a-t-il pas écrit : « Il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus affirmée dans l’Église » ?² En second lieu, une question qui paraît fondamentale : des femmes-diacres, pourquoi pas ? – Mais pour quoi ? Pour quel ministère d’Église, au service de sa mission, dans le contexte évolutif et complexe qui est le nôtre ? Toutefois, on ne peut attendre que tout soit clair pour prendre des décisions. Une bonne occasion de vivre le rapport entre « la primauté, la collégialité et la synodalité » !

Jean Rigal

¹ Voir La Croix du 13 mai, page 13.

² Exhortation apostolique « La joie de l’Évangile », n°103.

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
Mauve
Pour quel ministère de L'Eglise des femmes diacres ? Il me semble évident que les aumôniers d'hôpitaux (hommes et femmes) rentrent tout à fait dans le cadre du diaconnat. En effet, il est tout à fait préjudiciable que ces personnes soient obligées de faire appel à un prêtre pour donner "les derniers sacrments", alors qu'elles ont accompagné jusqu'au bout les personnes qui le demandent. Quant à moi, il y a six années et demies, j'ai été nommée "aumônier funéraire diocésain" (ce qui a été remis en cause aussitôt par certains prêtres du diocèse : seuls, les ordonnés pouvaient être aumôniers !). Je me présente donc comme responsable de l'aumônerie funéraire diocésaine. Mon rôle est d'accompagner les familles pour la préparation des funérailles de leur défunt et de célébrer hors du bâtiment église. Principalement, au crématorium, mais aussi dans les funérariums et les cimetières. Je rencontre les familles, comme en paroisse, mais en utiliant un livret créé spécialement pour ces familles qui sont loin de l'Eglise, voire athées. Nous préparons la cérémonie, avec plus de liberté que dans une église mais aussi pour tenir compte de leurs demandes. Puis je célèbre les funérailles. Là, je parle au nom de L'Eglise ; je la représente. Je ne demande pas l'ordination diaconale. Je n'ai pas besoin d'un sacrement ou d'un titre pour remplir ma mission qui est d'abord une mission d'accueil, d'écoute et de compassion. Mais j'estime qu'il serait bon de se poser la question pour tous ceux qui remplisse une mission "officielle", de représentation. Mauve

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